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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2201957

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2201957

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2201957
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantAARPI HORTUS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes a rejeté la requête de Mme A, agent du centre hospitalier universitaire de Nîmes, qui contestait son placement en disponibilité d'office sans traitement et le refus implicite de lui accorder un congé de longue maladie. Le tribunal a jugé que la décision de disponibilité était régulière, notamment car elle était fondée sur l'avis du comité médical et que l'administration n'était pas tenue de saisir à nouveau ce comité après la demande de congé de longue maladie. Concernant le refus de congé de longue maladie, le tribunal a estimé que la procédure avait été respectée et que l'administration n'avait pas commis d'erreur d'appréciation, la pathologie de Mme A ne remplissant pas les conditions pour bénéficier de ce congé. La demande d'expertise médicale a également été rejetée comme inutile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 28 juin 2022, 28 mars 2023, 17 avril 2023 et 9 mai 2023, Mme B A, représentée par Me Allegret-Dimanche, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 7 janvier 2022 par laquelle le centre hospitalier universitaire de Nîmes l'a placée en disponibilité d'office sans traitement du 7 octobre 2021 au 6 octobre 2022 ainsi que la décision portant rejet de son recours gracieux ;

2°) d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande de congé de longue maladie ;

3°) de prononcer avant-dire droit une mesure d'expertise judiciaire médicale ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Nîmes la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision du 7 janvier 2022 portant mise en disponibilité d'office sans traitement :

- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été prise par une autorité habilitée ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que la demande de congé de longue maladie du 2 décembre 2021 impliquait une nouvelle saisine du comité médical ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le centre hospitalier s'est senti lié par l'avis du comité médical ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions des articles 14 et suivants du décret n° 88-386 du 19 avril 1988 relatifs aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière en ce que le centre hospitalier ne lui a pas proposé une période de reclassement ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle aurait dû bénéficier d'un congé de longue maladie ;

En ce qui concerne la décision implicite refusant le bénéfice du congé de longue maladie :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration en l'absence de réponse à sa demande de communication des motifs du refus ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été précédée de la saisine du comité médical ;

- le centre hospitalier ne justifie pas de la convocation en vue du conseil médical du 6 janvier 2022 ;

- il n'est pas justifié de la composition régulière du conseil médical et notamment de la présence d'un médecin spécialiste et du médecin de prévention ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle justifie du caractère invalidant de sa maladie et de la nécessité de soins prolongés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 3 avril 2023, 26 avril 2023 et 22 mai 2023, le centre hospitalier universitaire de Nîmes, représenté par Me Moreau, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- les moyens de la requête sont infondés ;

- la décision attaquée a été rendue au visa de l'avis du comité médical départemental du 6 janvier 2022 et non du 7 octobre 2021 et demande qu'il soit procédé à une substitution de motifs ;

- la mesure d'expertise est inutile.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;

- le décret n° 89-376 du 8 juin 1989 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sarac-Deleigne,

- les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique,

- les observations de Me Allegret-Dimanche, représentant Mme A, et celles de Me Lancray, représentant le centre hospitalier universitaire de Nîmes.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, recrutée en 2007 par le centre hospitalier universitaire de Nîmes a été titularisée le 20 juillet 2010 dans le grade d'agent des services hospitalier (ASH). Elle a développé en décembre 2010 une tendinopathie de l'épaule droite, reconnue comme maladie professionnelle n° 57A. L'intéressée a transmis plusieurs arrêts de travail relatifs à " une rechute " de sa maladie professionnelle qui a été reconnue imputable au service pour la période du 25 juin 2012 jusqu'à la date de consolidation fixée au 30 novembre 2012 avec un taux d'incapacité permanente partielle de 15 %. Le 16 septembre 2013, le comité médical l'a reconnue inapte de façon définitive et absolue à ses fonctions d'ASH et a préconisé un reclassement professionnel hors service de soins. Le 1er novembre 2013, Mme A a été détachée pour raison de santé dans le grade d'adjoint administratif et a été affectée temporairement et en sureffectif à compter du 2 novembre 2013 au bureau des entrées dans l'attente d'un poste vacant. Après plusieurs périodes d'arrêts de travail, elle a été placée en disponibilité d'office pour raison de santé du 13 février 2018 au 12 août 2018. Le 15 juillet 2019, suivant l'avis du comité médical supérieur, le centre hospitalier a refusé l'octroi d'un congé de longue maladie et l'a maintenue en disponibilité d'office dans l'attente de sa réintégration. Par décision du 3 février 2020, elle a été réintégrée sur le poste d'agent administratif au bureau des entrées de l'établissement du Grau-du-Roi. L'intéressée placée en congé de maladie à compter du 7 octobre 2020 a sollicité, par un courrier du 2 décembre 2021, un congé de longue maladie. Par une décision du 7 janvier 2022, le directeur du centre hospitalier l'a placée en disponibilité d'office sans traitement du 7 octobre 2021 au 6 octobre 2022. Mme A demande au tribunal d'annuler d'une part, la décision du 7 janvier 2022 par laquelle le directeur du centre hospitalier l'a placée en disponibilité d'office pour raison de santé ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux formée le 24 février 2022 et d'autre part, la décision implicite de rejet de sa demande présentée le 2 décembre 2021 tendant à l'octroi d'un congé de longue maladie.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision implicite de rejet de la demande de congé de longue maladie :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par sa décision du 7 janvier 2022, le centre hospitalier universitaire de Nîmes a placé Mme A en disponibilité d'office sans traitement pour raison de santé après épuisement de ses droits à congé de maladie. Ce faisant, le centre hospitalier doit être regardé comme ayant implicitement mais nécessairement rejeté la demande de congé de longue maladie que l'agent avait présentée par un courrier recommandé du 2 décembre 2021 reçu le 8, et au demeurant réitérée dans le cadre de son recours gracieux reçu le 28 février 2022.

3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 41 de loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière alors applicable : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 3° A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaires un traitement et des soins prolongés et présente un caractère invalidant et de gravité confirmée () ". Et aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Il résulte de ces dispositions que le refus d'octroi d'un congé de longue maladie est au nombre des décisions qui refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir et qui doivent être motivées.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiquées dans le mois de cette demande. () ". Il résulte de ces dispositions que le silence gardé sur une demande de communication des motifs d'une décision implicite de rejet est susceptible d'entacher cette décision d'illégalité, lorsqu'elle est intervenue dans un cas où une décision expresse aurait dû être motivée.

5. Par un courrier du 24 février 2022, reçu le 28 février suivant, Mme A a demandé au centre hospitalier la communication des motifs de la décision implicite refusant le bénéfice du congé de longue maladie. Il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est pas soutenu que le centre hospitalier aurait répondu à cette demande. Dans ces conditions, Mme A est fondée à soutenir que la décision implicite de rejet de sa demande de congé de longue maladie est entachée d'un défaut de motivation. Il y a dès lors lieu, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, d'annuler cette décision pour ce motif.

En ce qui concerne la décision du 7 janvier 2022 portant placement en disponibilité d'office sans traitement :

6. Aux termes de l'article 7 du décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière, dans sa rédaction applicable au litige : " Les comités médicaux sont chargés de donner un avis à l'autorité compétente sur les contestations d'ordre médical qui peuvent s'élever à propos de l'admission des candidats aux emplois de la fonction publique hospitalière, de l'octroi et du renouvellement des congés de maladie et de la réintégration à l'issue de ces congés. / Ils sont consultés obligatoirement en ce qui concerne : / () / 2. L'octroi des congés de longue maladie et de longue durée ; () / 6. La mise en disponibilité d'office pour raisons de santé () ".

7. Le centre hospitalier fait valoir que, pour prendre la décision attaquée du 7 janvier 2022, il s'est fondé non pas sur l'avis du comité médical départemental du 7 octobre 2021 visé par erreur dans cette décision mais sur l'avis de cette même instance du 6 janvier 2022 et demande qu'il soit procédé à une substitution de motifs. Il ressort de ce dernier avis que le comité médical départemental saisi sur l'aptitude de la requérante à l'exercice de ses fonctions s'est prononcé en faveur de la mise en disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 7 octobre 2021 pour une durée de 12 mois et a indiqué qu'au regard de l'expertise médicale réalisée le 1er décembre 2021, l'état de santé de l'agente ne relevait pas de l'attribution d'un congé de maladie. Il ressort des pièces du dossier que cet avis du 6 janvier 2022 a dûment été transmis au centre hospitalier par courriel du même jour et avant l'édiction de la décision attaquée. Dans ces conditions, la substitution de motif demandée par l'administration n'étant pas de nature à priver le requérant d'une garantie procédurale, il y a lieu d'y procéder.

8. Aux termes de l'article 71 de la loi du 9 janvier 1986 alors en vigueur : " Lorsque les fonctionnaires sont reconnus, par suite d'altération de leur état physique, inaptes à l'exercice de leurs fonctions, le poste de travail auquel ils sont affectés est adapté à leur état physique. Lorsque l'adaptation du poste de travail n'est pas possible, ces fonctionnaires peuvent être reclassés dans des emplois d'un autre corps, s'ils ont été déclarés en mesure de remplir les fonctions correspondantes. () ". Aux termes de l'article 1er du décret du 8 juin 1989 pris pour l'application de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière et relatif au reclassement des fonctionnaires pour raisons de santé, dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsqu'un fonctionnaire n'est plus en mesure d'exercer ses fonctions, de façon temporaire ou permanente, et si les nécessités du service ne permettent pas un aménagement des conditions de travail, l'autorité investie du pouvoir de nomination, après avis du médecin du travail, dans l'hypothèse où l'état du fonctionnaire n'a pas nécessité l'octroi d'un congé de maladie, ou du comité médical, si un tel congé a été accordé, peut affecter ce fonctionnaire dans un poste de travail correspondant à son grade dans lequel les conditions de service sont de nature à permettre à l'intéressé d'assurer ses fonctions ". Aux termes de l'article 17 du décret du 19 avril 1988, dans sa rédaction alors applicable : " () Lorsqu'un fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service qu'après l'avis favorable du comité médical. / Si l'avis du comité médical est défavorable, le fonctionnaire est soit mis en disponibilité, soit, s'il le demande, reclassé dans un autre emploi, soit, s'il est reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, admis à la retraite après avis de la commission de réforme des agents des collectivités locales. () ". Aux termes du premier alinéa de l'article 36 du même décret : " La mise en disponibilité prévue aux articles 17 et 35 du présent décret est prononcée après avis du comité médical ou de la commission départementale de réforme sur l'inaptitude du fonctionnaire à reprendre ses fonctions ".

9. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que lorsqu'un fonctionnaire a été, à l'issue de ses droits statutaires à congé de maladie, reconnu inapte à la reprise des fonctions qu'il occupait antérieurement et alors que le comité médical ne s'est pas prononcé sur sa capacité à occuper, par voie de réaffectation, de détachement ou de reclassement, un autre emploi, éventuellement dans un autre corps ou un autre grade, l'autorité hiérarchique ne peut placer cet agent en disponibilité d'office, sans l'avoir préalablement invité à présenter, s'il le souhaite, une demande de reclassement. La mise en disponibilité d'office peut ensuite être prononcée soit en l'absence d'une telle demande, soit si cette dernière ne peut être immédiatement satisfaite.

10. Il ressort de l'avis du 6 janvier 2022 que le comité médical, appelé à se prononcer sur l'aptitude de la requérante à l'exercice de ses fonctions, s'est prononcé en faveur d'une mise en disponibilité d'office pour raison de santé pour une durée de 12 mois à compter du 7 octobre 2021. En se prononçant en faveur d'une disponibilité d'office pour 12 mois, le comité médical a nécessairement estimé que Mme A était inapte à l'exercice de ses fonctions à l'expiration de ses droits à congés de maladie. Il n'a cependant pas précisé que l'intéressée était inapte à toutes fonctions. Il appartenait alors au centre hospitalier universitaire de Nîmes d'inviter Mme A à présenter une demande de reclassement. En s'abstenant de le faire, le centre hospitalier a méconnu les dispositions précitées. Il y a dès lors lieu, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, d'annuler cette décision pour ce motif.

11. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'ordonner une mesure d'expertise médicale, que la décision du 7 janvier 2022 ainsi que la décision portant rejet du recours gracieux doivent être annulées en tant d'une part, qu'elles placent Mme A en disponibilité d'office, et d'autre part, qu'elles lui refusent implicitement le bénéfice du congé de longue maladie.

Sur les frais liés au litige :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Nîmes la somme de 1 200 euros à verser à Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 7 janvier 2022 ainsi que la décision portant rejet du recours gracieux sont annulées en tant d'une part, qu'elles placent Mme A en disponibilité d'office, et d'autre part, qu'elles lui refusent implicitement le bénéfice du congé de longue maladie.

Article 2 : Le centre hospitalier universitaire de Nîmes versera à Mme A la somme de 1200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier universitaire de Nîmes.

Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chamot, présidente,

Mme Sarac-Deleigne, première conseillère,

M. Cambrezy, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La rapporteure

B. SARAC-DELEIGNE

La présidente,

C. CHAMOTLa greffière,

B. MAS-JAY

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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