jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2202107 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée 11 juillet 2022, M. B A A, représenté par Me Deleau agissant pour la SELARL Rivière et Gault Associés, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de Vaucluse a implicitement rejeté la demande d'admission exceptionnelle au séjour qu'il a présenté le 10 mars 2022 ;
2°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compte du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
4°) de condamner l'Etat aux entiers dépens de l'instance.
Il soutient que :
- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
La requête a été communiquée à la préfète de Vaucluse qui n'a pas produit de mémoire en défense avant la clôture de l'instruction prononcée le 27 octobre 2023, malgré une mise en demeure de produire dans le délai d'un mois notifiée le 26 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Aucune partie n'étant présente, ni représentée, après avoir entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Chevillard.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant ghanéen né le 5 mai 1982, a, par un courrier du 10 mars 2022, présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par la présente requête, l'intéressé demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de Vaucluse sur sa demande.
Sur la légalité de la décision attaquée :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire de la carte de résident de longue durée-UE, définie par les dispositions de la directive 2003/109/ CE du Conseil du 25 novembre 2003 relative au statut des ressortissants de pays tiers résidents de longue durée, accordée dans un autre Etat membre de l'Union européenne, et qui justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir à ses besoins et, le cas échéant, à ceux de sa famille, ainsi que d'une assurance maladie obtient, sous réserve qu'il en fasse la demande dans les trois mois qui suivent son entrée en France, et sans que la condition prévue à l'article L. 412-1 soit opposable : / 1° La carte de séjour temporaire portant la mention portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " entrepreneur/ profession libérale " s'il remplit les conditions prévues aux articles L. 421-1, L. 421-3 ou L. 421-5 () ". L'article R. 426-4 du même code dispose que : " Lorsqu'il sollicite la délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle dans les conditions mentionnées à l'article L. 426-11, l'étranger titulaire de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " accordée dans un autre Etat membre de l'Union européenne doit présenter sa demande dans les trois mois qui suivent son entrée en France ".
3. En l'espèce, le requérant soutient qu'il bénéfice d'un titre de séjour délivré par un Etat de l'Union européenne, d'un logement et d'un salaire d'environ 1 700 euros qui lui permettent d'assumer seul l'ensemble de sa famille présente sur le territoire français, composée de son épouse et de ses trois enfants, dont deux sont nés en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le titre de séjour italien qu'il produit a expiré le 4 juin 2020, antérieurement à la décision attaquée. Ainsi, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Vaucluse aurait méconnu les dispositions citées au point précédent.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (). ".
5. Le requérant soutient qu'il réside et travaille en France depuis 2017. Toutefois, il produit des bulletins de salaires pour l'année 2020 ainsi qu'un contrat à durée indéterminée signé en septembre 2020, sans pour autant justifier de sa situation professionnelle et de ses revenus à la date de la décision attaquée implicitement née en 2022. M. A ne justifie ainsi d'aucune circonstance exceptionnelle et n'invoque aucune considération humanitaire. Il n'est donc, en tout état de cause, pas fondé à soutenir que l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aurait été méconnu.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. En se bornant à produire les actes de naissance de deux de ses enfants nés en France, le requérant ne démontre pas qu'en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, le préfet de Vaucluse a porté à son droit à une vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de ce refus ou des buts qu'il a poursuivis. Le moyen tiré de ce que cette autorité aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
8. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ". Son article 9 précise que, sauf exceptions ici non applicables : " Les Etats parties veillent à ce que l'enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré () ".
9. Il résulte de ces stipulations que le préfet, comme d'ailleurs le tribunal, doit, lorsqu'il est informé de ce qu'une personne est parent d'au moins un enfant vivant en France et qu'elle est susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ou d'une interdiction du territoire français, apprécier les conséquences de ces décisions au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant, en particulier lorsque sa décision implique nécessairement la séparation d'un enfant de l'un ou de l'autre de ses parents.
10. La décision portant refus de séjour en litige n'ayant ni pour objet, ni pour effet, de séparer les enfants mineurs de leur père, il n'est pas établi qu'elle serait contraire à l'intérêt supérieur de ces enfants. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de la convention de New-York doit être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il conteste.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint, sous astreinte, au préfet de Vaucluse de réexaminer la situation de M. A doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761 du code de justice administrative :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas en l'espèce la partie perdante à l'instance, une somme quelconque au titre des frais engagés par le requérant et non compris dans les dépens. Par suite ses conclusions tendant à l'application de ces dispositions doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A A et au préfet de Vaucluse.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Roux, président,
M. Chaussard, premier conseiller,
M. Chevillard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2014.
Le rapporteur,
F. CHEVILLARD
Le président,
G. ROUX
La greffière,
F. DESMOULIÈRES
La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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