mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2202155 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP LESAGE BERGUET GOUARD-ROBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 12 juillet 2022, 23 mai 2023, 8 mars et 5 avril 2024, M. E A et Mme B D, représentés par Me Baillon-Passe, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le maire de Cavaillon, agissant au nom de l'Etat, a rejeté leur demande du 10 janvier 2022 tendant à ce qu'il fasse dresser procès-verbal constatant les infractions commises par M. F C sur la parcelle cadastrée section BO n° 601 et de le transmettre sans délai aux autorités administratives ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Cavaillon, agissant au nom de l'État, de dresser un procès-verbal, en application de l'article L.480-1 du code de l'urbanisme, sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard et d'en transmettre copie au procureur de la République près le Tribunal judiciaire de Nîmes ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable ;
- le refus implicite du maire est illégal, à défaut de réponse à sa demande de communication de motifs dans le délai d'un mois ;
- le maire était en situation de compétence liée pour faire dresser un procès-verbal, en vertu des dispositions de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme.
Par un mémoire, enregistré le 21 mars 2023, la commune de Cavaillon, représentée par la SCP Lesage Berguet Gouard-Robert a présenté ses observations aux termes desquelles elle conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les conclusions dirigées contre le refus de dresser un procès-verbal d'infraction sont sans objet dès lors qu'un rapport d'infraction a été dressé le 9 février 2024.
La procédure a été communiquée au préfet de Vaucluse qui n'a pas produit de mémoire dans le cadre de la présente instance.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Hoenen,
- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,
- et les observations de Me Baillon-Passe, représentant les requérants.
Considérant ce qui suit :
1. Par courrier du 10 janvier 2022, M. A et Mme D ont mis en demeure le maire de Cavaillon de dresser, sur le fondement de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme, un procès-verbal constatant les infractions commises par M. C, sur la parcelle cadastrée section BO n° 601 et de transmette cet acte au procureur de la République. Ils demandent l'annulation de la décision implicite par laquelle le maire de Cavaillon a rejeté leur demande.
2. Aux termes de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme : " Les infractions aux dispositions des titres Ier, II, III, IV et VI du présent livre sont constatées par tous officiers ou agents de police judiciaire ainsi que par tous les fonctionnaires et agents de l'Etat et des collectivités publiques commissionnés à cet effet par le maire ou le ministre chargé de l'urbanisme suivant l'autorité dont ils relèvent et assermentés. Les procès-verbaux dressés par ces agents font foi jusqu'à preuve du contraire. / Lorsque l'autorité administrative et, au cas où il est compétent pour délivrer les autorisations, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ont connaissance d'une infraction de la nature de celles que prévoient les articles L. 480-4 et L. 610-1, ils sont tenus d'en faire dresser procès-verbal. / Copie du procès-verbal constatant une infraction est transmise sans délai au ministère public. () ". Selon l'article L. 480-2 de ce code : " () Dès qu'un procès-verbal relevant l'une des infractions prévues à l'article L. 480-4 a été dressé, le maire peut également, si l'autorité judiciaire ne s'est pas encore prononcée, ordonner par arrêté motivé l'interruption des travaux. Copie de cet arrêté est transmise sans délai au ministère public. () Dans le cas de constructions sans permis de construire ou d'aménagement sans permis d'aménager, ou de constructions ou d'aménagement poursuivis malgré une décision de la juridiction administrative suspendant le permis de construire ou le permis d'aménager, le maire prescrira par arrêté l'interruption des travaux ainsi que, le cas échéant, l'exécution, aux frais du constructeur, des mesures nécessaires à la sécurité des personnes ou des biens ; copie de l'arrêté du maire est transmise sans délai au ministère public. () " L'article L. 480-4 du même code dispose que : " Le fait d'exécuter des travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-5 en méconnaissance des obligations imposées par les titres Ier à VII du présent livre et les règlements pris pour leur application ou en méconnaissance des prescriptions imposées par un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou par la décision prise sur une déclaration préalable est puni d'une amende comprise entre 1 200 euros et un montant qui ne peut excéder, soit, dans le cas de construction d'une surface de plancher, une somme égale à 6 000 euros par mètre carré de surface construite, démolie ou rendue inutilisable au sens de l'article L. 430-2, soit, dans les autres cas, un montant de 300 000 euros. En cas de récidive, outre la peine d'amende ainsi définie un emprisonnement de six mois pourra être prononcé. () " En application de l'article L. 610-1 de ce code : " En cas d'infraction aux dispositions des plans locaux d'urbanisme, les articles L. 480-1 à L. 480-9 sont applicables, les obligations mentionnées à l'article L. 480-4 s'entendant également de celles résultant des plans locaux d'urbanisme. ()
3. Il résulte de ces dispositions que le maire est tenu de dresser un procès-verbal lorsqu'il a connaissance d'une infraction mentionnée aux articles L. 480-4 et L. 610-1 du code de l'urbanisme, résultant de la méconnaissance des dispositions du plan local d'urbanisme. Par ailleurs, alors même que le procès-verbal d'infraction dressé en application de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme a le caractère d'un acte de procédure pénale dont la régularité ne peut être appréciée que par les juridictions judiciaires, il appartient à la juridiction administrative de connaître des litiges qui peuvent naître du refus du maire de faire usage des pouvoirs qui lui sont conférés en sa qualité d'autorité administrative par les dispositions précitées et, le cas échéant, l'enjoindre à dresser procès-verbal d'infraction.
Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée par la commune de Cavaillon :
4. Il ressort des pièces du dossier que, le 9 février 2024, la police municipale de Cavaillon s'est transportée sur la parcelle litigieuse. Suite à cette visite, les agents de police municipale ont rédigé un rapport d'information à destination notamment du maire de la commune. Ce rapport qui n'est pas un procès-verbal d'infraction mais un constat de situation, n'a pas été suivi de la rédaction d'un tel procès-verbal par le maire de la commune. De sorte que, la requête tendant à l'annulation de la décision par laquelle le maire a refusé de dresser un procès-verbal d'infraction n'a pas perdu son objet. L'exception de non-lieu à statuer opposée par la commune de Cavaillon doit être rejetée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / 2° Infligent une sanction ; / 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; / 5° Opposent une prescription, une forclusion ou une déchéance ; / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; / 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; / 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. ".
6. La décision par laquelle le maire refuse de faire droit à une demande tendant à ce qu'il dresse un procès-verbal en application de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme ne figure pas au nombre des décisions devant être obligatoirement motivées aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de communication des motifs du refus implicite litigieux doit être écarté.
7. En deuxième lieu, d'une part, les requérants font état de la présence d'épaves de véhicules sur la parcelle en litige. Cependant en l'absence de précisions quant à la règle du code de l'urbanisme ou du plan local d'urbanisme méconnue, aucune infraction ne peut être retenue sur ce point.
8. D'autre part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de l'urbanisme : " Les constructions nouvelles doivent être précédées de la délivrance d'un permis de construire, à l'exception : a) Des constructions mentionnées aux articles R. 421-2 à R. 421-8-2 qui sont dispensées de toute formalité au titre du code de l'urbanisme ; / b) Des constructions mentionnées aux articles R. 421-9 à R. 421-12 qui doivent faire l'objet d'une déclaration préalable. ". Aux termes de l'article R. 421-9 du code de l'urbanisme : " () les constructions nouvelles suivantes doivent être précédées d'une déclaration préalable, () : / () g) Les châssis et serres dont la hauteur au-dessus du sol est comprise entre un mètre quatre-vingts et quatre mètres, et dont la surface au sol n'excède pas deux mille mètres carrés sur une même unité foncière ; () ". Les châssis et serres prévus à l'article R. 421-9 du code de l'urbanisme doivent être entendus comme des installations comportant une structure transparente permettant la maîtrise et l'exploitation d'un cycle végétal.
9. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport d'information du 9 février 2024, que, sur une même unité foncière, ont été installés plusieurs tunnels constitués d'arceaux métalliques recouverts de bâches plastiques translucides destinés au maraichage. Eu égard à leurs caractéristiques et à leur destination, les tunnels et les plateformes installés constituent des serres au sens de l'article R. 421-9 du code de l'urbanisme. Les agents de la police municipale ont dénombré six serres de 80 mètres de long, de 6 mètres de large et de 3 mètres de hauteur. Leur installation nécessite, au regard des dispositions citées au point précédent, une autorisation d'urbanisme. Or il ressort du mémoire de la commune, que M. C n'a pas sollicité une telle autorisation avant d'installer ces serres et n'a pas régularisé la situation malgré une demande faite en ce sens par la commune. Ainsi, M. C a exécuté des travaux sans les autorisations prescrites par le livre IV du code de l'urbanisme. Dans ces conditions, le maire de la commune de Cavaillon était tenu, en application des dispositions précitées de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme, de dresser le procès-verbal d'infraction prévu par ces dispositions. Les requérants sont donc fondés à soutenir que le maire de Cavaillon a méconnu les dispositions citées au point 2 en refusant implicitement d'édicter un procès-verbal constatant cette infraction et d'en transmettre une copie au procureur de la République.
10. Il résulte de ce qui précède que les requérants sont fondés à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le maire de Cavaillon, agissant au nom de l'Etat, a rejeté leur demande du 10 janvier 2022 tendant à ce qu'il fasse dresser procès-verbal constatant les infractions commises par M. F C.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
11. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de la décision attaquée implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'il soit enjoint au maire de la commune de Cavaillon, ou en cas de carence de ce dernier, le préfet de Vaucluse, de dresser un procès-verbal des infractions commises par le M. C et d'en transmette sans délai copie au procureur de la République près le tribunal judiciaire d'Avignon dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a, en revanche, pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "
13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser aux requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Enfin, la présente instance ne comportant aucuns dépens, les conclusions présentées à ce titre par les requérants ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite par laquelle le maire de Cavaillon a refusé de dresser un procès-verbal constatant les infractions au code de l'urbanisme commises par M. C et d'en transmettre une copie au procureur de la République est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Cavaillon de dresser un procès-verbal des infractions commises par M. C sur la parcelle cadastrée section BO n° 601 et d'en adresser une copie au ministère public dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera aux requérants une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, premier dénommé dans la requête, à la commune de Cavaillon et au préfet de Vaucluse.
Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire d'Avignon en application de l'article R. 522-14 du code de justice administrative.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Boyer, présidente,
- Mme Lahmar, conseillère,
- Mme Hoenen, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.
La rapporteure,
A-S. HOENEN
La présidente,
C. BOYERLa greffière,
N. LASNIER
La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026