mardi 25 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2202229 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2022, M. A E, représenté par Me Bruna-Rosso, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 mars 2022 par lequel le préfet de Vaucluse a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de soixante jours et a fixé le pays de l'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse de lui délivrer un certificat de résidence d'une durée de dix ans dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travail, dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 460 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision de refus d'admission au séjour :
- elle n'est pas signée par une autorité habilitée ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en raison de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 7 bis et 6-2 de l'accord franco-algérien ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation familiale.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi :
- elles doivent être annulées en raison de l'illégalité de la décision de refus d'admission au séjour ;
- elles ont été prises en méconnaissance du pouvoir d'appréciation dont dispose le préfet ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elles ne sont pas signées par une autorité habilitée ;
- elles sont entachées d'un défaut de motivation.
La procédure a été communiquée au préfet de Vaucluse, qui n'a pas produit de mémoire.
M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant algérien né le 31 mai 1976, est entré en France le 26 décembre 2017 sous couvert d'un visa C à entrées multiples de 30 jours valable du 25 octobre 2017 au 21 janvier 2018. Après avoir épousé le 26 mai 2018 Mme B F, ressortissante française née le 27 novembre 1990, M. E s'est vu délivrer un certificat de résidence algérien valable du 13 septembre 2019 au 12 septembre 2020 en qualité de conjoint de Français. L'intéressé ayant sollicité le 8 décembre 2020 le renouvellement de son certificat de résidence, le préfet de Vaucluse a rejeté cette demande par un arrêté du 2 mars 2022, le préfet ayant assorti le refus d'admission au séjour d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de soixante jours et de la décision fixant le pays de renvoi. M. E demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 2 mars 2022.
Sur le refus de délivrance de certificat de résidence :
2. En premier lieu, la décision contestée a été signée par M. Christian Guyard, secrétaire général de la préfecture de Vaucluse. Ce dernier a reçu délégation à cet effet par arrêté du préfet de Vaucluse du 23 février 2022 régulièrement publié le 25 février 2022 au recueil des actes administratifs de la préfecture de Vaucluse. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet de Vaucluse s'est fondé pour prononcer à l'encontre de M. E le refus contesté de délivrance de certificat de résidence. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; / () / Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2) ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux. ". Aux termes de l'article 7 bis de cet accord : " () Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit () a) Au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 nouveau 2) et au dernier alinéa de ce même article ; / () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que, pour rejeter la demande de renouvellement de certificat de résidence présentée par M. E, le préfet de Vaucluse s'est fondé sur l'absence de communauté de vie effective entre M. E et son épouse, Mme F. L'arrêté en litige mentionne, à cet égard, qu'un officier de police judiciaire s'est rendu le 15 février 2021 au domicile des époux, et détaille le contenu du procès-verbal établi à cette occasion. Celui-ci souligne que Mme F est la mère d'une enfant née le 10 mars 2020 d'une relation hors mariage, que Mme F a indiqué avoir engagé en novembre 2020 une procédure tendant à l'annulation du mariage et au divorce, après s'être rendu compte que M. E l'avait épousée dans le seul but d'obtenir des papiers d'identité en France, que Mme F a ajouté que M. E ne vivait plus au domicile conjugal depuis septembre 2018 et qu'elle ne lui avait pas fourni sa pièce d'identité ou une attestation de déclaration de communauté de vie pour ses démarches auprès de la préfecture et précise, enfin, que l'inspection du logement démontrait l'absence d'affaires appartenant à M. E.
6. Le requérant conteste le motif opposé par le préfet de Vaucluse et soutient que les affirmations du préfet de Vaucluse sont dépourvues de fondement. Pour justifier de la réalité de sa vie commune avec Mme F, le requérant se borne à produire à l'instance, d'une part, le résultat des démarches de son conseil relatives à l'identification des procédures judiciaires en cours concernant Mme F devant le tribunal judiciaire d'Avignon, ces démarches démontrant selon lui l'absence d'engagement d'une procédure de divorce, d'autre part, quelques factures d'électricité et de téléphonie libellées aux noms de M. E et de Mme F ainsi qu'une attestation d'hébergement établie par cette dernière. De telles pièces sont toutefois insuffisamment probantes pour établir la réalité de la vie commune que M. E soutient avoir poursuivie depuis son mariage. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à contester le motif tiré de l'absence de communauté de vie effective entre M. E et son épouse, Mme F, que le préfet de Vaucluse a retenu. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations des articles 6-2 et 7 bis et de l'accord franco-algérien doit être écarté.
7. En quatrième lieu, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés et leur durée de validité. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vertu de son article L. 110-1, s'appliquent " sous réserve () des conventions internationales () ". Il résulte de ce qui précède que M. E ne peut pas utilement se prévaloir des dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est inopérant et ne peut qu'être écarté.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
9. En l'espèce, ainsi qu'il a été dit précédemment, le requérant ne justifie pas, tout d'abord, de la réalité de la communauté de vie effective avec son épouse de nationalité française, étant précisé qu'aucun enfant n'est issu de ce mariage conclu le 26 mai 2018, l'enfant née le 10 mars 2020 à laquelle Mme F a donné naissance n'ayant pas été reconnue par M. E, mais par M. D. Ensuite, le requérant ne justifie pas de la réalité de son séjour habituel en France du 26 décembre 2017 à la date de la décision attaquée, ni d'une insertion socio-professionnelle notable. Enfin, le requérant n'établit pas être dépourvu d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. E une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle du requérant doit également être écarté.
10. En sixième et dernier lieu, le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour, prévue à l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions pour obtenir de plein droit un titre de séjour et auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité. Par suite, et dès lors que le requérant ne démontre pas pouvoir bénéficier d'un titre de séjour de plein droit, le préfet de Vaucluse n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour de la situation de M. E.
11. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de délivrance de certificat de résidence qu'il conteste.
Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi :
12. En premier lieu, les décisions contestées ont été signées par M. Christian Guyard, secrétaire général de la préfecture de Vaucluse. Ce dernier a reçu délégation à cet effet par arrêté du préfet de Vaucluse du 23 février 2022 régulièrement publié le 25 février 2022 au recueil des actes administratifs de la préfecture de Vaucluse. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.
13. En deuxième lieu, l'arrêté en litige comporte, pour chacune des décisions attaquées, les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet de Vaucluse s'est fondé pour prendre ces décisions. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées doit être écarté.
14. En troisième lieu, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision portant refus d'admission au séjour étant rejetées, le requérant ne saurait utilement se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision pour soutenir que les décisions l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi seraient privées de base légale.
15. En quatrième lieu, il ne ressort pas de l'arrêté en litige que le préfet de Vaucluse aurait méconnu l'étendue de son pouvoir d'appréciation, ni ne se serait estimé en situation de compétence liée.
16. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 6° L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un conjoint de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage et que le conjoint ait conservé la nationalité française ; / () ".
17. En l'espèce, ainsi qu'il a été dit précédemment, le requérant ne justifie pas de la réalité de la communauté de vie effective avec son épouse de nationalité française. Par suite, alors que la communauté de vie des deux époux doit être regardée comme ayant cessé depuis leur mariage, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les dispositions du 6° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
18. En sixième lieu, pour les motifs mentionnés au point 9, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
19. En septième et dernier lieu, pour les motifs mentionnés au point 7, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
20. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi qu'il conteste.
21. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté pris à son encontre le 2 mars 2022 par le préfet de Vaucluse. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées, de même que celles formées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, l'Etat n'étant pas partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et à la préfète de Vaucluse.
Délibéré après l'audience du 11 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Brossier, président,
Mme Chamot, première conseillère,
M. Aymard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2022.
Le rapporteur,
F. C
Le président,
J. B. BROSSIER
La greffière,
F. BELKAÏD
La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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