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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2202253

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2202253

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2202253
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL BLANC-TARDIVEL-BOCOGNANO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 21 juillet et 25 novembre 2022, 17 janvier et 13 septembre 2023 et 12 septembre 2024, la SC Holding GC, représentée par Me Coque, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du maire de Saint-Gervais du 22 juin 2022 portant opposition à déclaration préalable ;

2°) d'enjoindre au maire de Saint-Gervais de lui délivrer une décision de non-opposition à déclaration préalable dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, ou à défaut de réexaminer sa déclaration préalable dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Gervais la somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- l'avis défavorable émis par le préfet du Gard est entaché d'incompétence ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- le projet litigieux ne méconnaît pas les prescriptions du porter à connaissance établi par le préfet du Gard concernant le risque d'incendie ; il ne crée pas de risque pour la sécurité publique au regard du risque d'inondation affectant le terrain ; aucun risque relatif au phénomène de retrait-gonflement d'argiles n'est évoqué dans l'arrêté en litige ; l'avis défavorable du préfet est entaché d'illégalité sur ces points ;

- le projet n'a pas pour effet d'étendre les parties urbanisées de la commune ; l'avis défavorable du préfet est entaché d'illégalité à cet égard.

Par des mémoires en défense enregistrés les 11 août 2022, 10 janvier et 29 mars 2023, la commune de Saint-Gervais, représentée par la SELARL Blanc-Tardivel-Bocognano, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société requérante en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le maire était, au regard de l'avis défavorable émis par le préfet du Gard sur le projet, tenu de s'opposer à la déclaration préalable en cause ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 septembre 2024, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lahmar,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- les observations de Me Coque pour la SCI Paloma, celles de Me Rouault pour la commune de Saint-Gervais et celles de Mme A pour le préfet du Gard.

Considérant ce qui suit :

1. Le 23 mai 2022, la SC Holding GC a déposé auprès des services de la commune de Saint-Gervais, dont le territoire n'est pas couvert par un document d'urbanisme, une déclaration préalable en vue de la division en cinq lots destinés à être bâtis d'un terrain situé chemin de la Jasse, parcelle cadastrée section B n° 1 545. Le 22 juin 2022, le préfet du Gard, saisi dans les conditions définies à l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme, a émis un avis défavorable au projet. La SC Holding GC demande au tribunal de prononcer l'annulation de l'arrêté du 22 juin 2022 par lequel le maire de Saint-Gervais s'est opposé à sa déclaration préalable.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme : " Lorsque le maire () est compétent, il recueille l'avis conforme du préfet si le projet est situé : / a) Sur une partie du territoire communal non couverte par une carte communale, un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu () ".

3. L'article L. 111-3 du code de l'urbanisme dispose que : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune ". Ces dispositions interdisent en principe, en l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions implantées " en dehors des parties urbanisées de la commune ", c'est-à-dire des parties du territoire communal qui comportent déjà un nombre et une densité significatifs de constructions. Il en résulte qu'en dehors du cas où elles relèvent des exceptions expressément et limitativement prévues par l'article L. 111-4 du même code, les constructions ne peuvent être autorisées dès lors que leur réalisation a pour effet d'étendre la partie urbanisée de la commune. Pour apprécier si un projet a pour effet d'étendre une partie urbanisée de la commune, il est notamment tenu compte de la géographie des lieux, de la desserte par des voies d'accès, de la proximité avec les constructions existantes situées dans les parties urbanisées de la commune, du nombre et de la densité des constructions projetées, du sens du développement de l'urbanisation, ainsi que de l'existence de coupures d'urbanisation, qu'elles soient naturelles ou artificielles.

4. Le préfet du Gard a estimé, dans son avis conforme défavorable du 22 juin 2022, que la réalisation du lotissement projeté aurait pour effet d'étendre l'une des parties urbanisées de la commune au sens de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme et que le projet litigieux ne relevait pas de l'une des exceptions prévues par l'article L. 111-4 du même code. Pour s'opposer à la déclaration préalable sollicitée, le maire de Saint-Gervais s'est uniquement fondé sur cet avis conforme dont la SC Holding GC excipe de l'illégalité.

5. Il ressort des pièces du dossier que le projet vise à diviser en cinq lots à bâtir, d'une superficie allant de 705 à 1 300 mètres-carrés, une parcelle d'une superficie de 4 245 mètres-carrés. Les parcelles situées au nord du terrain sont bâties, de même que la majorité de celles se trouvant à l'est, et si les trois parcelles bordant le terrain au sud sont cultivées, elles jouxtent elles-mêmes des terrains construits. Par ailleurs, la parcelle est séparée de l'espace naturel situé à l'ouest du secteur par une frange de terrains bâtis. Elle doit, au regard de ces éléments, être regardée comme étant située dans une des parties urbanisées de la commune que le projet, compte tenu de la densité de constructions qu'il implique et qui vient d'être rappelée, n'aura pas pour effet d'étendre. Il s'ensuit que l'avis défavorable émis par le préfet du Gard est entaché d'erreur d'appréciation. Par suite, la société requérante est fondée à exciper de l'illégalité de cet avis défavorable sur lequel le maire de Saint-Gervais s'est fondé, à tort, pour s'opposer à la déclaration préalable en cause.

6. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, les autres moyens de la requête ne sont, en l'état de l'instruction, pas susceptibles de fonder l'annulation de la décision attaquée.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la SC Holding GC est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Saint-Gervais du 22 juin 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Il résulte des dispositions des articles L. 424-3 et L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, ainsi que de celles de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, que, lorsque le juge annule un refus d'autorisation d'urbanisme après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de cet article L. 424-3 ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à cette autorité de délivrer l'autorisation. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

9. Il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de l'arrêté annulé interdiraient la délivrance d'une décision de non-opposition à la déclaration préalable déposée par la SC Holding GC, ni que la situation de fait existant à la date du présent jugement y ferait obstacle. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre au maire de Saint-Gervais de délivrer à la société requérante une décision de non-opposition à déclaration préalable dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société requérante, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Saint-Gervais la somme de 1 200 euros à verser à la SC Holding GC.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de Saint-Gervais du 22 juin 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Saint-Gervais de délivrer à la SC Holding GC une décision de non-opposition à déclaration préalable dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Saint-Gervais versera à la SC Holding GC une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Gervais au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SC Holding GC et à la commune de Saint-Gervais.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024 où siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- Mme Lahmar, conseillère,

- Mme Hoenen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.

La rapporteure,

L. LAHMAR

La présidente,

C. BOYERLa greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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