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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2202264

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2202264

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2202264
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDUCROUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 juillet 2022, Mme B A, représentée par la SCP Lemoine Clabeaut, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 mai 2022 par lequel le maire de Bourdic a refusé de lui délivrer un permis de construire ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Bourdic la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article L. 111-23 du code de l'urbanisme ;

- le maire ne pouvait légalement fonder sa décision sur les dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme ;

- le projet est conforme à l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) ;

- les dispositions des articles L. 332 et L. 111-11 du code de l'urbanisme ne pouvaient lui être opposées ;

- en l'absence de demande de pièces complémentaires, le dossier de demande de permis de construire était réputé complet, de sorte que son incomplétude ne pouvait fonder le refus litigieux.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 juillet 2024, la commune de Bourdic, représentée par Me Mouakil, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la requérante en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés ;

- à titre subsidiaire, le projet méconnaît l'article L. 111-23 du code de l'urbanisme.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lahmar,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- les observations de Me Lorion pour Mme A et celles de Me Mouakil pour la commune de Bourdic.

Considérant ce qui suit :

1. Le 4 mars 2022, Mme A a déposé auprès des services de la commune de Bourdic une demande de permis de construire portant sur la réhabilitation d'un bâtiment édifié sur un terrain situé 7, chemin Le Ponteil, parcelle cadastrée section AD n° 218, classée en zone agricole du PLU. Mme A demande au tribunal de prononcer l'annulation de l'arrêté du 23 mai 2022 par lequel le maire de Bourdic a refusé de lui délivrer le permis de construire sollicité.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés. ". Ces dispositions poursuivent notamment le but d'intérêt général d'éviter à la collectivité publique ou au concessionnaire d'être contraints, par le seul effet d'une initiative privée, de réaliser des travaux d'extension ou de renforcement des réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou d'électricité et de garantir leur cohérence et leur bon fonctionnement, en prenant en compte les perspectives d'urbanisation et de développement de la collectivité. Il en résulte qu'un permis de construire doit être refusé lorsque, d'une part, des travaux d'extension ou de renforcement de la capacité des réseaux publics sont nécessaires à la desserte de la construction projetée et, d'autre part, l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux pourraient être exécutés, après avoir, le cas échéant, accompli les diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation.

3. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier de l'avis émis le 20 avril 2022 sur le projet par Enedis, gestionnaire du réseau public d'électricité, que sa réalisation nécessite une extension du réseau électrique de 620 mètres impliquant une contribution due par la commune à hauteur de 44 028 euros. Pour refuser de délivrer le permis de construire en litige, le maire de Bourdic s'est notamment fondé sur l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme précité et a exposé que la commune n'était " pas en mesure ni tenue de faire réaliser les travaux d'extension du réseau électrique en zone agricole ". En se bornant à faire valoir que l'impossibilité pour la collectivité de supporter les travaux d'extension en question n'est pas établie, la requérante ne conteste pas utilement que son projet méconnaît l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme. Il en résulte que c'est à bon droit que le maire de Bourdic a refusé de lui délivrer le permis de construire en cause pour ce motif.

4. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que le maire de Bourdic aurait pris la même décision de refus s'il s'était exclusivement fondé sur le motif tiré de la violation de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme. Les moyens de la requête dirigés contre les autres motifs de refus sont, par suite, sans influence sur la légalité de l'arrêté attaqué et doivent être écartés.

5. En dernier lieu, l'article L. 111-23 du code de l'urbanisme dispose que : " La restauration d'un bâtiment dont il reste l'essentiel des murs porteurs peut être autorisée, sauf dispositions contraires des documents d'urbanisme et sous réserve des dispositions de l'article L. 111-11, lorsque son intérêt architectural ou patrimonial en justifie le maintien et sous réserve de respecter les principales caractéristiques de ce bâtiment. "

6. Il ressort de ce qui a été dit précédemment que le projet litigieux méconnaît les dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme. Cette circonstance suffit, au regard de la rédaction de l'article L. 111-23 du code de l'urbanisme elle-même, à faire obstacle au bénéfice des dispositions de cet article. Au surplus, à supposer que le bâtiment projeté ait conservé l'essentiel de ses murs porteurs comme le soutient la requérante et que le projet puisse être regardé comme visant à sa restauration, Mme A ne démontre pas que cette opération répondrait à un intérêt architectural ou patrimonial au sens de cet article. Elle n'est, dès lors, pas fondée à se prévaloir des dispositions de l'article L. 111-23 du code de l'urbanisme. Le moyen tiré de leur méconnaissance doit, par suite, être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Bourdic du 23 mai 2022.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Bourdic, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Bourdic sur le même fondement.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Bourdic au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Bourdic.

Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024 où siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- Mme Lahmar, conseillère,

- Mme Hoenen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 3 décembre 2024.

La rapporteure,

L. LAHMAR

La présidente,

C. BOYERLa greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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