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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2202270

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2202270

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2202270
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantJAKUBOWICZ MALLET-GUY & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 juillet 2022, le cabinet Bernard Mathieu Immofice, représenté par Me Chareun, demande au tribunal :

1°) d'une part, d'annuler les titres exécutoires émis à son encontre le 18 décembre 2019 pour un montant de 3 523,48 euros, le 11 juin 2020 pour un montant de 0,01 euros, le 11 juin 2020 pour un montant de 1 370 euros, le 11 juin 2020 pour un montant de 1 032,25 euros au titre de la participation pour le financement de l'assainissement collectif ainsi que le titre exécutoire émis le 6 juillet 2021 pour un montant de 19 821,21 euros correspondant à la majoration de la redevance concernant l'assainissement collectif pour absence de raccordement; d'autre part, d'annuler l'avis de saisie administrative à tiers détenteur, émis à son encontre en vue du recouvrement de la somme de 25 746,95 euros et notifié le 12 mars 2022 à l'établissement détenteur de son compte bancaire par le comptable public de la trésorerie d'Apt, ensemble la décision du 12 avril 2022 par laquelle la communauté de communes Pays d'Apt Lubéron a rejeté son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la saisie administrative à tiers détenteur ;

2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 25 746,95 euros ;

3°) de mettre à la charge de la communauté de communes Pays d'Apt Luberon la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la juridiction administrative est compétente pour connaître de sa requête ;

- sa requête n'est pas tardive ;

- il ne peut être débiteur des sommes réclamées, n'étant pas propriétaire des immeubles en cause ;

- l'avis de saisie à tiers détenteur ainsi que les titres exécutoires ne précisent pas de manière suffisamment précise les bases de liquidation de la créance.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 25 janvier 2024, le directeur départemental des finances publiques de Vaucluse, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions dirigées contre la saisie administrative à tiers détenteur relèvent de la compétence du juge judiciaire ;

- seul l'ordonnateur est compétent en matière de contestation du bien-fondé de la créance.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 21 mai 2024, la communauté de communes Pays d'Apt Lubéron, représentée par la SC Jakubowicz et Associés, conclut au non-lieu à statuer le juge de l'exécution ayant annulé les actes de poursuites et ordonné la mainlevée, la communauté de commune a annulé le titre correspondant aux majorations et, en outre, à ce que le cabinet Bernard Mathieu Immofice lui verse une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les conclusions dirigées contre les titres exécutoires " assainissement " et la saisie administrative à tiers détenteur relèvent de la compétence du juge judiciaire

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la santé publique ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hoenen,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- et les observations de Me Chareun, représentant le cabinet Bernard Mathieu Immofice.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 28 juin 2012, le conseil communautaire de la communauté de communes Pays d'Apt Lubéron, a institué, sur le fondement des dispositions de l'article L. 1331-7 du code de la santé publique une participation pour le financement de l'assainissement collectif. Les 18 décembre 2019 et 11 juin 2020, le président de la communauté de communes Pays d'Apt Lubéron a émis à l'encontre du Cabinet Bernard Mathieu, quatre titres exécutoires respectivement d'un montant de 3 523,48 euros, 0,01 euros, 1 370 euros et 1 032, 25 euros en vue du recouvrement de la participation pour le financement de l'assainissement collectif ainsi qu'un titre exécutoire émis le 6 juillet 2021 d'un montant de 19 821,21 euros correspondant à la majoration de la contribution pour défaut de raccordement au réseau de collecte des eaux usées. Le 12 mars 2022, un avis de saisie administrative à tiers détenteur, émis par le comptable public de la trésorerie d'Apt en vue du recouvrement de la somme de 25 746,95 euros a été notifié à l'établissement teneur du compte bancaire du Cabinet Bernard Mathieu Immofice. Ce dernier demande l'annulation de ces titres exécutoires et de cet avis de saisie administrative à tiers détenteur, ensemble la décision du 12 avril 2022 par laquelle la communauté de communes Pays d'Apt Lubéron a rejeté son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la saisie administrative à tiers détenteur

Sur les conclusions dirigées contre les titres exécutoires émis les 18 décembre 2019 et 11 juin 2020 et 6 juillet 2021 :

2. Aux termes de l'article L. 2224-11 du code général des collectivités territoriales dispose que : " Les services publics d'eau et d'assainissement sont financièrement gérés comme des services à caractère industriel et commercial. ". Les litiges nés des rapports entre un service public industriel et commercial et ses usagers, qui sont des rapports de droit privé, relèvent de la compétence des juridictions judiciaires. Ainsi, il n'appartient qu'au juge judiciaire de connaître les litiges individuels relatifs au paiement des participations au raccordement à l'assainissement collectif émises à l'encontre d'un usager.

3. Les conclusions du requérant tendant à l'annulation des titres exécutoires émis par la communauté de communes Pays d'Apt Lubéron pour le recouvrement de la redevance d'assainissement collectif, service public industriel et commercial, relèvent de la compétence des juridictions de l'ordre judiciaire. De telles conclusions ainsi que celles relatives à la décharge de l'obligation de payer doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent.

Sur les conclusions relatives à l'avis de saisie administrative à tiers détenteur :

4. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / () / L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. / 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales () ".

5. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / () / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / () c) Pour les créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution ".

6. Il résulte de ces dispositions que l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales relève de la compétence du juge de l'exécution.

7. La participation pour le financement de l'assainissement collectif prévue par l'article L. 1331-7 du code de la santé publique ne présente pas un caractère fiscal. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la juridiction administrative n'est pas compétente pour connaître des conclusions du Cabinet Bernard Mathieu Immofice tendant à l'annulation de l'avis de saisie administrative à tiers détenteur émis à son encontre et notifié le 12 mars 2022 à l'établissement teneur de son compte bancaire par le comptable public de la trésorerie de la commune de communes Pays d'Apt Lubéron. Par suite, ces conclusions relatives à cette saisie, doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions formulées par le Cabinet Bernard Mathieu Immofice tendant à l'annulation des titres exécutoires pour le règlement de la redevance d'assainissement collectif émis les 18 décembre 2019, 11 juin 2020 et 6 juillet 2021 ainsi que l'avis de saisie administrative à tiers détenteur en date du 12 mars 2022, et les conclusions tendant à la décharge de l'obligation de payer les sommes mises à sa charge doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant la somme que la communauté de communes Pays d'Apt Lubéron demande au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête du Cabinet Bernard Mathieu Immofice est rejetée comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Article 2 : Les conclusions de la communauté de communes Pays d'Apt Lubéron formulées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au Cabinet Bernard Mathieu Immofice, à la communauté de communes Pays d'Apt Lubéron et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera adressée pour information au directeur départemental des finances publiques de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Boyer, présidente,

Mme Lahmar, conseillère,

Mme Hoenen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.

La rapporteure,

A-S. HOENEN

La présidente,

C. BOYERLa greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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