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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2202307

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2202307

mercredi 18 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2202307
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre magistrat statuant seul

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 juillet 2022, M. C A, représenté par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " du 30 juin 2022 portant notification d'un retrait de point sur son titre de conduite ainsi que l'ensemble des retraits de points antérieurs et l'informant de la perte de validité de son permis de conduire pour défaut de points ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés s'agissant des infractions des 13 décembre 2019, et 12 juin, 25 septembre, et 29 novembre 2021 ainsi que son titre de conduite, sous huitaine à compter de la signification de la présente décision à venir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement de la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administratif.

Il soutient que :

- les décisions de retraits de points ne lui ont pas été notifiées ;

- il n'a pas reçu les informations prévues aux articles L.223-3 et R.223-3 du code de la route ;

- la décision référencée " 48 SI " contestée est illégale dès lors qu'il a contesté différents avis de contravention auprès de l'officier du ministère public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Peretti, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Le permis de conduire de M. A a été réduit à zéro point compte tenu notamment de quatre infractions au code de la route, commises les 13 décembre 2019, 12 juin 2021, 25 septembre 2021, et 29 novembre 2021. M. A demande l'annulation de ces décisions de retrait de points, l'annulation de la décision référencée " 48 SI " du 30 juin 2022 l'informant de la perte de validité de son permis de conduire et de la perte de son droit de conduire pour solde de point nul, à ce qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de lui restituer les points irrégulièrement retirés de son permis de conduire et à ce que soit mis à la charge du ministre de l'intérieur le paiement d'une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Sur l'absence de notification :

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article L.223-3 du code de la route : " Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ".

3. M. A soutient que les décisions de retrait de points mentionnées par la décision référencée " 48 SI " ne lui ont jamais été notifiées par courrier. Toutefois, les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions précitées, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont dispose celui-ci pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par conséquent, la circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. Au surplus, il était loisible à l'intéressé de consulter son relevé d'information intégral et de suivre, s'il l'estimait utile, un stage de sensibilisation à la sécurité routière. Par suite, le moyen tiré de l'absence de notification des différents retraits de points est inopérant et doit être écarté.

Sur le défaut d'information préalable au retrait de points :

4. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation préalable d'information.

S'agissant de l'infraction du 13 décembre 2019

5. Il résulte du relevé d'information intégral établi le 13 septembre 2022 concernant la situation de M. A que l'infraction d'un excès de vitesse d'au moins 30 km/h et inférieur à 40 km/h a été relevée par un procès-verbal électronique. Il résulte des dispositions portant application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment celles de ses articles A. 37-10 à A. 37-13 dans leur rédaction issue de l'arrêté du 2 juin 2009 que lorsqu'une infraction au code de la route est constatée au moyen d'un procès-verbal dématérialisé, le service verbalisateur adresse au domicile du contrevenant ou à celui du titulaire du certificat d'immatriculation, un avis de contravention, une notice de paiement et un formulaire de requête en exonération comportant les informations requises par la loi. S'il résulte de l'instruction qu'en application des dispositions de l'article 529-2 du code de procédure pénale, à défaut du paiement de l'amende forfaitaire ou du dépôt régulier d'une requête tendant à son exonération, ces infractions ont fait l'objet de l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée devenu définitif lequel établit la réalité de l'infraction en application des dispositions du quatrième alinéa de l'article L. 223-1 du code la route, cette circonstance n'est toutefois pas de nature à démontrer que M. A aurait reçu l'information prévue à l'article L. 223-3 du même code. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. Il ressort des pièces du dossier que l'infraction du 13 décembre 2019, constatée par l'établissement d'un procès-verbal électronique, a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Le ministre de l'intérieur produit le procès-verbal électronique dressé à la suite de cette infraction, toutefois, ce document n'est revêtu ni de la signature du requérant ni de la mention " refus de signer ", de sorte que l'information requise par les articles L.223-3 et R.223-3 du code la route ne peut être regardée comme ayant été portée à la connaissance de M. A. La production d'un historique des documents émis, mentionnant une notification de l'avis de contravention afférent à l'infraction du 13 décembre 2019, remis à la poste le 20 décembre suivant et indiquant " Retour NPAI Non " ne saurait justifier de la réception de cet avis de contravention, ni davantage établir que M. A a eu connaissance des informations requises avant la décision de retrait de points contestée. Par suite, M. A est fondé à soutenir que ce retrait de trois points afférent à l'infraction commise le 13 décembre 2019 est intervenu au terme d'une procédure irrégulière et à en demander l'annulation.

S'agissant des infractions commises les 12 juin, 25 septembre, et 29 novembre 2021

6. Il ressort du relevé d'information intégral de la situation du permis de conduire de M. A, que les infractions commises les 12 juin, 25 septembre, et 29 novembre 2021, ont été verbalisées aux moyens d'un radar automatique, ainsi que le prouve la mention " tribunal d'instance ou de police de CNT-CSA (centre national de traitement - contrôle sanction automatisé) ", et ont donné lieu à l'émission de titres exécutoires de l'amende forfaitaire majorée. Le ministre produit à cet égard des attestations du trésorier du centre de contrôle automatisé pour attester du paiement des amendes forfaitaires majorées afférentes à ces infractions. Eu égard aux mentions dont les titres exécutoires des amendes forfaitaires sont réputés être revêtus, l'administration doit ainsi être regardée comme s'étant acquittée de son obligation d'information préalable, dès lors que le requérant ne produit pas les titres qu'ils a reçus afin de démontrer qu'il serait incomplet ou inexact. M. A, qui a payé les amendes forfaitaires majorées afférentes aux infractions du 12 juin, 25 septembre et 29 novembre 2021, doit en conséquence être regardé comme ayant été destinataire de l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, le moyen tiré du défaut de délivrance de l'information préalable doit être écarté.

Sur les conclusions en injonction :

7. Le présent jugement implique que le ministre de l'intérieur restitue au requérant trois points sur son permis de conduire. Il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à cette restitution dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 500 euros à verser à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du ministre de l'intérieur portant retrait de trois points consécutive à l'infraction du 13 décembre 2019 et la decision référencée "48S I" du 30 juin 2022 du ministre de l'intérieur en tant qu'elle prononce l'invalidation du permis de conduire de M. A sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer à M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du present jugement, les trois points illégalement retirés par la decision annulée à l'article 1, dans la limite du capital de point affecté à son permis de conduire, sans prejudice des decisions de retrait de points ultérieurement prises à la suite de la commission de nouvelles infractions routières.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

P. BLe greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-Mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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