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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2202353

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2202353

mardi 4 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2202353
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantAVRIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 1er août 2022, le 19 septembre 2022, le 20 décembre 2022, le 23 janvier 2024 et le 6 février 2024, M. B A et Mme C A, représentés par Me Gontard, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 août 2021 par lequel le maire de Vedène a délivré à M. D un permis de construire une piscine, un pool house et une dépendance ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 juin 2022 par lequel le maire de Vedène a délivré à M. D un permis de construire modificatif ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Vedène la somme de 2 000 euros au profit de leur conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils justifient d'un intérêt leur donnant qualité pour agir ;

- ils ont respecté les formalités de notification prévues par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- ils sont fondés à agir à l'encontre des permis de construire initial et modificatif dès lors que le permis de construire n'a jamais été affiché correctement ;

- le maire de la commune de Vedène a méconnu les dispositions de l'article UD 4 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) dès lors que l'emprise au sol des constructions est supérieure aux limites fixées et que l'implantation de la construction ne respecte par le recul minimum de deux mètres des voies ou emprises publiques ;

- il a méconnu les dispositions de l'article UD 5 du règlement du PLU et de l'article R.111-27 du code de l'urbanisme dès lors que la construction porte atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants ;

- l'annulation du permis de construire initial entrainera l'annulation du permis de construire modificatif.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 7 octobre 2022 et le 17 janvier 2024, la commune de Vedène, représentée par Me Avril, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir ;

- les formalités de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme n'ont pas été effectuées à l'égard du recours gracieux comme à l'égard du recours contentieux ;

- la requête en tant qu'elle est dirigée contre le permis de construire initial est tardive ;

- les moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Boyer, présidente rapporteure,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- et les observations de Me Bounnong substituant Me Avril, représentant la commune de Vedène.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 3 août 2021, le maire de la commune de Vedène a délivré à M. D un permis de construire une piscine, un pool house et une dépendance de 12 mètres carrés, sur un terrain situé rue du Levant, classé en zone UDb du PLU de cette commune. M. et Mme A ont exercé un recours gracieux contre cet arrêté, rejeté par le maire de la commune le 10 juillet 2021. Par un arrêté du 9 juin 2022, le maire de Vedène a accordé à M. D un permis de construire modificatif prévoyant que la dépendance serait constituée en un container maritime enduit. M. et Mme A demandent au tribunal de prononcer l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation du permis de construire initial :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. Cette notification doit également être effectuée dans les mêmes conditions en cas de demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant un certificat d'urbanisme, ou une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code. L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours. La notification du recours à l'auteur de la décision et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation est réputée accomplie à la date d'envoi de la lettre recommandée avec accusé de réception. Cette date est établie par le certificat de dépôt de la lettre recommandée auprès des services postaux. Les dispositions du présent article ne sont pas applicables en cas de contestation d'un permis modificatif, d'une décision modificative ou d'une mesure de régularisation dans les conditions prévues par l'article L. 600-5-2 ".

3. D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, le recours formé contre une décision administrative doit être présenté dans le délai de deux mois à compter de sa notification ou de sa publication. Aux termes de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre () d'un permis de construire () court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15 ". L'article R. 424-15 du même code dispose que : " Mention du permis explicite () doit être affichée sur le terrain, de manière visible de l'extérieur, par les soins de son bénéficiaire, dès la notification de l'arrêté () et pendant toute la durée du chantier () ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'affichage du permis de construire sur le terrain d'assiette de la construction autorisée doit être effectué de telle façon que les mentions qu'il comporte soient lisibles de la voie publique ou, lorsque le terrain n'est pas desservi par une voie publique, d'un espace ouvert au public. Aux termes de l'article A. 424-17 de ce code : " Le panneau d'affichage comprend la mention suivante : "Droit de recours : Le délai de recours contentieux est de deux mois à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain du présent panneau (art. R. 600-2 du code de l'urbanisme)." Tout recours administratif ou tout recours contentieux doit, à peine d'irrecevabilité, être notifié à l'auteur de la décision et au bénéficiaire du permis ou de la décision prise sur la déclaration préalable. Cette notification doit être adressée par lettre recommandée avec accusé de réception dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du recours (art. R. 600-1 du code de l'urbanisme) ".

4. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que l'exercice par un tiers d'un recours administratif ou contentieux contre un permis de construire montre qu'il a connaissance de cette décision et a, en conséquence, pour effet de faire courir à son égard le délai de recours contentieux, alors même que la publicité concernant ce permis n'aurait pas satisfait aux exigences prévues par l'article A. 424-17 du code de l'urbanisme, d'autre part, que si l'absence de mention dans l'affichage de l'obligation de notification du recours n'empêche pas le déclenchement du délai de recours contentieux mentionné à l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme, elle a pour effet de rendre inopposable l'irrecevabilité prévue à l'article R. 600-1 du même code.

5. En l'espèce, l'exercice par les requérants d'un recours administratif contre le permis de construire litigieux montre qu'ils ont eu connaissance de cette décision et a, en conséquence, eu pour effet de faire courir à leur égard le délai de recours contentieux, alors même que la publicité concernant ce permis n'aurait pas satisfait aux dispositions prévues en la matière par l'article R. 424-15 du code de l'urbanisme. En tout état de cause, si le constat d'huissier du 19 mars 2022, produit par les requérants, indique que le panneau d'affichage du permis de construire a été apposé en fond d'impasse et n'était pas lisible de la voie ouverte au public, il ressort des autres pièces du dossier que cette voie en impasse dessert plusieurs propriétés dont celle du pétitionnaire, qu'elle est ouverte au public et que le panneau d'affichage était apposé à côté du portail d'entrée de ce dernier de manière parfaitement lisible. En outre, les requérants ne contestant pas que le panneau d'affichage répondait aux exigences posées à l'article A 424-17 du code de l'urbanisme, les dispositions de l'article R. 600-1 du même code, citées au point 2, leur sont opposables.

6. Il ressort des pièces du dossier que les requérants ont introduit, le 5 mai 2022, un recours gracieux, montrant qu'ils avaient connaissance de l'arrêté de permis de construire en litige au plus tard à cette date. S'ils justifient, par les pièces et accusés de réception qu'ils produisent, avoir notifié leur recours contentieux conformément aux dispositions citées ci-dessus de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme, ils ne justifient pas de l'accomplissement des formalités à l'égard du recours gracieux qui n'a ainsi pu proroger le délai de recours contentieux. Les requérants disposaient ainsi d'un délai expirant le 6 juillet 2022 pour déposer leur recours à l'égard du permis de construire litigieux. Par suite, leur requête déposée le 1er août 2022 est, en tant qu'elle tend à l'annulation du permis de construire initial, tardive.

7. Il résulte de ce qui précède que la fin de non-recevoir opposée par la commune de Vedène doit être accueillie et que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 3 août 2021 doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'annulation du permis modificatif :

En ce qui concerne la méconnaissance des dispositions de l'article UD 4 du règlement du PLU :

8. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'arrêté de permis de construire du 3 août 2021 est devenu définitif. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des A et C de l'article UD4 du règlement du PLU ne peuvent être soulevés à l'égard du permis modificatif qui n'a apporté aucune modification de l'emprise au sol et de la localisation du projet.

En ce qui concerne la méconnaissance des dispositions de l'article UD 5 du règlement du PLU :

9. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".

10. Aux termes du 1 de l'article UD 5 du règlement du PLU : " La situation des constructions, leur architecture, leurs dimensions et leur aspect extérieur doivent être adaptés au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Aux termes du 3 de l'article UD5de ce même règlement : " Les différentes façades d'un bâtiment doivent présenter une unité d'aspect et être réalisées en matériaux dont la teinte s'harmonise avec l'environnement de la construction. Les matériaux choisis doivent garantir une bonne tenue dans le temps. Sont interdits l'emploi à nu de matériaux destinés à être recouverts (carreaux de plâtre, briques creuses, parpaings, autres). Les faux joints d'appareil et les matériaux de placage (fausse pierre, fausse brique, autres) sont interdits. Les façades doivent être enduites dans les couleurs des revêtements traditionnels du secteur. Les enduits seront réalisés avec un grain fin de finition frotassé fin. Afin de limiter leur impact visuel les climatiseurs doivent être disposés de manière à ne pas être visibles des voies publiques (intégration dans la façade ou dissimulation derrière un dispositif architectural type grilles métalliques) ".

11. D'une part, les dispositions citées ci-dessus de l'article UD 5 du règlement du PLU de la commune de Vedène ont un objet analogue à celles de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et posent des exigences qui ne sont pas moindres que celles résultant de ce dernier article. Dès lors, c'est par rapport à ces dispositions du règlement du PLU que doit être appréciée la légalité de l'arrêté contesté.

12. D'autre part, il ressort des pièces produites que le permis modificatif a eu pour seul objet de prévoir que la dépendance en litige sera constituée d'un container maritime dont l'isolation thermique des murs par l'extérieur sera recouverte d'un enduit de ton pierre sur ses trois faces à l'exception de celle donnant sur la piscine qui sera en bois alors que dans le permis initial étaient prévus des matériaux de " type traditionnel " mais déjà d'un " enduit monocouche de couleur ton pierre " et un revêtement bois pour la façade ouest. En l'absence de toute modification de l'aspect extérieur de la construction, le moyen tiré de ce que le maire de Vedène a fait une inexacte application des dispositions de l'article UD 5 du règlement du PLU de la commune doit être écarté.

13. Enfin, compte tenu du rejet des conclusions dirigées contre le permis de construire initial, le moyen tiré de ce que le permis de construire modificatif devrait être annulé par voie de conséquence de l'annulation du permis initial ne peut qu'être rejeté.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. et Mme A tendant à l'annulation du permis modificatif du 9 juin 2022 ne peuvent qu'être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées par la commune de Vedène.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. et Mme A doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens par la commune de Védène :

16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Vedène sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Vedène présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et Mme C A, à la commune de Vedène et à M. E D.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Boyer, présidente,

M. Mouret, premier conseiller,

Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2024.

La présidente-rapporteure,

C. BOYER L'assesseur le plus ancien,

R. MOURET

La greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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