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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2202493

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2202493

mardi 5 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2202493
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP MARGALL D'ALBENAS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 16 août 2022, 20 mars 2023 et 26 juillet 2023, ainsi que deux mémoires non communiqués, enregistrés les 11 mars 2024 et 5 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Benoist, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 février 2022 par lequel le maire de Quissac s'est opposé à la déclaration préalable de lotissement déposée en mairie le 3 janvier 2022 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Quissac une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme ;

- il est entaché d'erreur de fait en ce qu'il retient l'existence d'un risque d'inondation par ruissellement ;

- il est entaché d'erreur de droit dès lors que le maire de Quissac ne pouvait fonder sa décision sur la nécessité de procéder à des travaux de raccordement alors que M. A proposait de les prendre en charge ;

- il est entaché de détournement de pouvoir.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 9 mars 2023 et le 8 février 2024, la commune de Quissac, représentée par Me D'Albenas, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de M. A une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pumo, conseiller ;

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- et les observations de Me D'Albenas, avocate de la commune de Quissac.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a déposé, le 3 janvier 2022, une déclaration préalable de lotissement en vue de la réalisation de quatre lots à bâtir sur la parcelle cadastrée n°AP237 située en zone IIAUb du plan local d'urbanisme communal. Par un arrêté du 24 juin 2022, la maire de Quissac a pris un arrêté d'opposition à déclaration préalable. Par un courrier du 11 avril 2022, M. A a exercé à l'encontre de cet arrêté un recours gracieux, qui a été implicitement rejeté par le maire de Quissac. M. A demande l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté et de la décision de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. / (). "

3. L'arrêté contesté, qui vise notamment les articles L. 111-11 et R. 111-2 du code de l'urbanisme, relève que les travaux de raccordement ne sont pas programmés et que le terrain d'assiette du projet se situe en zone inondable par ruissellement. Il énonce ainsi les motifs qui le fondent au sens des dispositions précitées du code de l'urbanisme. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " () Lorsqu'une demande d'autorisation ou une déclaration préalable est déposée dans le délai de dix-huit mois à compter de la délivrance d'un certificat d'urbanisme, les dispositions d'urbanisme, le régime des taxes et participations d'urbanisme ainsi que les limitations administratives au droit de propriété tels qu'ils existaient à la date du certificat ne peuvent être remis en cause à l'exception des dispositions qui ont pour objet la préservation de la sécurité ou de la salubrité publique. ".

5. Ces dispositions ont pour effet de garantir à la personne à laquelle a été délivré un certificat d'urbanisme, quel que soit son contenu, un droit à voir sa demande de permis de construire, déposée durant les dix-huit mois qui suivent, examinée au regard des dispositions d'urbanisme applicables à la date de ce certificat, à la seule exception de celles qui ont pour objet la préservation de la sécurité ou de la salubrité publique. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que le maire ne pouvait lui opposer la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme alors qu'ils bénéficiaient d'un certificat d'urbanisme délivré le 23 février 2021.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. " En vertu de ces dispositions, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

7. D'une part, il est constant que le risque d'inondation par ruissellement qui fonde la décision contestée est mis en évidence par une étude menée en octobre 2020 par la société Cereg Ingénierie, diligentée par l'établissement public territorial du Bassin du Vidourle. Cette étude, réalisée en vue de la révision du plan de prévention des risques d'inondation (PPRi), a permis de distinguer différentes zones selon les aléas d'inondation et de ruissellement existants. Si le PPRi existant, approuvé le 23 avril 2001, ne classe pas la parcelle contestée en zone inondable, le Maire de Quissac pouvait prendre en considération les risques relevés dans cette étude, qui repose sur des données actualisées par rapport au PPRi en vigueur, pour fonder sa décision.

8. D'autre part, il ressort de cette étude que le terrain d'assiette du projet est majoritairement situé dans une zone préconisée inconstructible en raison du risque d'inondation par ruissellement, identifié avec un aléa fort. Si M. A produit une étude réalisée par le bureau ABEC INGE dans le cadre du dossier de déclaration déposé au titre de la loi sur l'eau qui a été constitué en 2020 en vue de l'aménagement de la ZAC Valliguières, aucun élément ne permet de considérer que ces mesures de compensation et de réduction du risque d'inondation permettront de prémunir le terrain d'assiette du projet, qui n'est pas inclus dans le périmètre de la ZAC, contre le risque de ruissellement identifié. Dans ces conditions, le maire de Quissac n'a pas entaché sa décision d'erreur de fait retenant sur le terrain d'assiette du projet un risque d'inondation par ruissellement.

9. Enfin, si M. A soutient qu'il aurait été disposé à suivre des recommandations de la commune telle que la surélévation du vide-sanitaire de la construction projetée, il n'établit pas qu'une telle prescription aurait été de nature à contenir le risque d'inondation identifié. Par suite, celui-ci n'est pas fondé à invoquer la méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme pour contester l'arrêté en litige.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés (). ".

11. Ces dispositions poursuivent notamment le but d'intérêt général d'éviter à la collectivité publique ou au concessionnaire d'être contraints, par le seul effet d'une initiative privée, de réaliser des travaux d'extension ou de renforcement des réseaux publics et de garantir leur cohérence et leur bon fonctionnement, sans prise en compte des perspectives d'urbanisation et de développement de la collectivité. Une modification de la consistance d'un des réseaux publics que ces dispositions mentionnent, notamment du réseau public d'électricité, ne peut être réalisée sans l'accord de l'autorité administrative compétente.

12. En l'espèce, l'avis rendu le 28 janvier 2022 par la société Enedis expose que le raccordement au réseau électrique du terrain d'assiette du projet nécessite une extension du réseau public d'électricité, d'une longueur de cent quatre-vingt-quinze mètres. L'avis précise que le coût des travaux correspondants s'élève à 24 111,16 euros. S'il considère que la commune de Quissac ne pouvait fonder sa décision sur les modalités de raccordement au réseau électrique dès lors qu'il propose d'en prendre en charge les travaux, M. A n'établit ni même n'allègue avoir pris un tel engagement au jour de l'édiction de l'arrêté contesté. En outre, bien que la commune de Quissac ait approuvé, sur les parcelles cadastrées n° AP147 et AP149 situées en face du terrain d'assiette du projet, la réalisation d'une caserne qui impliquera elle-même une extension du réseau électrique, cette circonstance n'est pas de nature à remettre en cause la nécessité, au jour de la décision contestée, d'étendre le réseau électrique pour desservir le terrain d'assiette du projet. Par suite, le requérant n'est pas fondé à prétendre que le motif de refus basé sur l'application des dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme est illégal.

13. En dernier lieu, le moyen tenant à l'existence d'un détournement de pouvoir n'est pas assorti de précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.

14. Il résulte de tout ce qui précède, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 février 2022 et de la décision de rejet de son recours gracieux.

Sur les frais liés aux litiges :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Quissac, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. A à ce titre. Il y a en revanche lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A le versement de la somme de 1 200 euros à la commune de Quissac sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera à la commune de Quissac la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A, à Me Benoist et à la commune de Quissac.

Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Boyer, présidente,

Mme Lahmar, conseillère,

M. Pumo, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.

Le rapporteur,

J. Pumo

La greffière,

N. Lasnier

La présidente,

C. Boyer

La République mande et ordonne au Ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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