jeudi 18 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2202497 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 août 2022, M. D A C, actuellement retenu au centre de rétention de Nîmes, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice à titre provisoire de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du 4 décembre 2021 par lequel le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire français ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de réexaminer sa situation et de lui délivrer un titre de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'urgence est caractérisée dès lors qu'il fait l'objet d'une mesure d'éloignement pouvant être exécutée d'office et qu'il est maintenu dans un centre de rétention administrative pour une période maximale de 90 jours ;
- la reconnaissance de son enfant en date du 20 avril 2022 et sa convocation pour déposer sa demande de titre de séjour constituent des éléments nouveaux depuis l'adoption, le 4 décembre 2021, de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai ;
- l'arrêté du 4 décembre 2021 porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit de mener une vie familiale normale et à sa liberté d'aller et venir ;
- en application du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne peut pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement dès lors qu'il est parent d'un enfant français, qu'il a reconnu le 20 avril 2022 et sur lequel il exerce l'autorité parentale ;
- l'exécution de l'arrêté du préfet de l'Hérault en date du 4 décembre 2021 aurait pour conséquence de le séparer de son enfant français et méconnaîtrait les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".
2. M. A C, ressortissant algérien né le 19 juillet 1993, qui déclare être entré en France en 2020, a fait l'objet le 4 décembre 2021 d'un arrêté du préfet de l'Hérault l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et lui interdisant le retour sur le territoire pour une durée de six mois. L'intéressé a été placé en rétention administrative par le préfet de l'Hérault par une décision qui lui a été notifiée le 14 juillet 2022, cette rétention administrative ayant été prolongée le 12 août 2022 pour une durée de trente jours, par ordonnance du juge des libertés et de la détention. M. A C demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 4 décembre 2021.
3. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. /() ". Il résulte des pouvoirs confiés au juge par ces dispositions, des délais qui lui sont impartis pour se prononcer et des conditions de son intervention, que la procédure spéciale prévue par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile présente des garanties au moins équivalentes à celles des procédures régies par le livre V du code de justice administrative. Cette procédure particulière est ainsi exclusive de celles prévues par ce livre V du code de justice administrative. Il n'en va autrement que dans le cas où les modalités selon lesquelles il est procédé à l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français emportent des effets qui, en raison de changements dans les circonstances de droit ou de fait survenus depuis l'intervention de cette mesure et après que le juge, saisi sur le fondement de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a statué ou que le délai prévu pour le saisir a expiré, excèdent ceux qui s'attachent normalement à sa mise à exécution.
4. Si M. A C n'a pas contesté l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai édicté à son égard le 4 décembre 2021, il fait valoir que des circonstances nouvelles tenant à la reconnaissance de son enfant intervenue le 20 avril 2022 et à sa convocation pour déposer le 23 août 2022 son dossier de demande de titre de séjour constituent des circonstances nouvelles tels que les effets de l'exécution de la mesure d'éloignement excéderaient le cadre qu'implique normalement l'exécution d'une telle mesure. Il soutient, en outre, que l'arrêté contesté porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit de mener une vie familiale normale et à sa liberté d'aller et venir et invoque, à cet égard, les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; / () ". Si le requérant se prévaut de la reconnaissance intervenue le 20 avril 2022 de son enfant français né le 25 juin 2021, il se borne à produire l'acte de reconnaissance établi par l'officier d'état civil sans justifier toutefois d'une quelconque contribution effective à l'entretien et à l'éducation de cet enfant depuis sa naissance, ni d'ailleurs depuis le 20 avril 2022. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir d'une méconnaissance des dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En deuxième lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Dès lors que, comme indiqué précédemment, M. A C n'établit pas contribuer effectivement à l'éducation et à l'entretien de son fils et qu'il ne justifie pas de la réalité des liens qu'il entretiendrait avec cet enfant, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
7. En troisième et dernier lieu, le séjour de M. A C sur le territoire français est très récent et le requérant ne justifie pas de la réalité de la relation de couple qu'il entretiendrait avec la mère de son enfant.
8. Il résulte de ce qui précède aux points 7 à 9 que, à supposer même que les circonstances de fait survenues depuis l'arrêté du 4 décembre 2021 puissent être regardées comme revêtant le caractère de changements de circonstances de fait ou de droit tels que l'exécution de la décision d'éloignement du 4 décembre 2021 emporterait des effets excédant ceux qui s'attachent normalement à la mise à exécution d'une telle mesure, le requérant n'est pas fondé à invoquer une atteinte grave et manifestement illégale que l'exécution de l'arrêté du 4 décembre 2021 porterait à son droit de mener une vie privée et familiale normale. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que l'exécution de cet arrêté du 4 décembre 2021 porterait une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'aller et venir du requérant, le requérant se bornant à invoquer cet argument sans l'assortir d'aucune précision.
9. Ainsi, la demande formée par M. A C est manifestement mal fondée. Il y a lieu, dans ces conditions, de faire application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête en toutes ses conclusions, y compris celles tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A C.
Copie en sera adressée, pour information, au préfet de l'Hérault.
Fait à Nîmes, le 18 août 2022.
Le juge des référés,
F. B
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026