jeudi 19 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2202533 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | DURAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 18 août 2022, 8 mai 2024 et 22 juillet 2024, M. D Lucas, représenté par Me Venezia, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 20 juin 2022 par laquelle le président de l'université d'Avignon a refusé le renouvellement de son contrat à durée déterminée ;
2°) d'enjoindre au président de l'université d'Avignon de le réintégrer et de le rétablir dans ses droits à rémunération à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 2 000 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'université d'Avignon la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été prise par une autorité habilitée ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'elle n'a pas été précédée de l'entretien préalable prévue à l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;
- elle est entachée d'un détournement de procédure en ce qu'elle constitue une sanction disciplinaire déguisée et n'est pas fondée sur un motif tiré de l'intérêt du service ;
Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 novembre 2023 et 12 juin 2024, l'université d'Avignon conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 100 euros soit mise à la charge de M. Lucas sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens de la requête sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sarac-Deleigne,
- les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique,
- les observations de Me Venezia, représentant M. Lucas.
Considérant ce qui suit :
1. M. Lucas a été recruté par l'université d'Avignon et des Pays de Vaucluse, en qualité d'administrateur systèmes et réseaux, à la Direction Opérationnelle des Systèmes d'Information (DOSI) par un contrat d'une durée de 10 mois conclu le 2 novembre 2017 et renouvelé pour une durée d'un an à compter du 1er septembre 2019, puis annuellement dans les mêmes conditions jusqu'au 31 août 2022 inclus. Par une décision du 20 juin 2022, le président de l'université d'Avignon a refusé de renouveler ce contrat. M. Lucas demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-52-DAGAP du 17 septembre 2021, régulièrement publié le 22 septembre 2021, librement accessible sur le site internet de l'université, le président de l'université d'Avignon, a donné délégation de signature à M. B A, signataire de la décision attaquée, directeur général adjoint des services, directeur des ressources humaines, en cas d'empêchement de M. C E, directeur général des services, à l'effet de signer tout acte ou tout document en matière de ressources humaines. La circonstance, que la mention " par délégation " n'apparaît pas sur la décision attaquée est sans incidence sur sa régularité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision aurait été signée par une autorité incompétente doit être écartée.
3. En deuxième lieu, un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie ni d'un droit au renouvellement de son contrat ni, à plus forte raison, d'un droit au maintien de ses clauses si l'administration envisage de procéder à son renouvellement. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler ou de proposer à l'agent, sans son accord, un nouveau contrat substantiellement différent du précédent, que pour un motif tiré de l'intérêt du service. Un tel motif s'apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l'agent. Dès lors qu'elles sont de nature à caractériser un intérêt du service justifiant le non-renouvellement du contrat, la circonstance que des considérations relatives à la personne de l'agent soient par ailleurs susceptibles de justifier une sanction disciplinaire ne fait pas obstacle, par elle-même, à ce qu'une décision de non renouvellement du contrat soit légalement prise, pourvu que l'intéressé ait alors été mis à même de faire valoir ses observations.
4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier et notamment du mémoire en défense, que la décision du non-renouvellement du contrat à durée déterminée de M. Lucas trouve son fondement dans sa manière de servir, en particulier ses difficultés relationnelles avec sa hiérarchie et son comportement au sein de la DOSI, et de façon générale, au sein de l'établissement. Il est reproché au requérant un usage inapproprié de la messagerie professionnelle par l'envoi de courriels sur une liste de diffusion sans respecter la voie hiérarchique, pour évoquer des sujets ne relevant pas de sa compétence ou pour remettre en cause sur un ton agressif et provocateur les instructions hiérarchiques, conduisant à une dégradation des relations entre les différents pôles et au sein de la DOSI. La matérialité de ces faits est corroborée par les courriels versés au dossier, et en particulier le courriel du 7 septembre 2018 concernant la mise en place de la vidéo-surveillance adressé directement au président de l'université mais également le courriel du 9 janvier 2020 adressé à l'ensemble du personnel de la DOSI dans lequel il remet en cause la décision de la hiérarchie mettant un terme au mandat d'un représentant des étudiants ou encore celui du 25 mai 2021 adressé à l'ensemble du personnel de la DOSI dans lequel il conteste les mesures sanitaires et mentionne qu' " il impose " que l'un de ses collègues bénéficie des mêmes droits que lui. Si ces faits sont pour certains anciens, il ressort également des nombreux autres courriels versés au dossier, et notamment ceux du 18 juin 2021, 13 septembre 2021, des messages adressés au directeur des ressources humaines les 3 et 7 juin 2022 sur les conditions du déroulement l'entretien préalable ainsi que du compte-rendu d'entretien professionnel au titre de l'année 2022 que le comportement et le ton inadaptés du requérant ont perduré engendrant des tensions ainsi qu'un climat de défiance vis-à-vis de sa hiérarchie alors qu'il avait été invité lors du renouvellement de son contrat en 2021 à faire évoluer sa manière de servir. Dans ces circonstances, et quelles que soient les autres compétences professionnelles du requérant, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en décidant pour ces motifs, de ne pas renouveler le contrat de M. Lucas, le président de l'université d'Avignon aurait commis une erreur manifeste d'appréciation ou agi pour des motifs étrangers à l'intérêt du service.
5. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le refus de non renouvellement de son contrat résulte de l'appréciation générale portée sur sa seule manière de servir et, partant répond à l'intérêt du service. Si M. Lucas soutient que le refus de renouvellement de son contrat constitue en réalité une sanction déguisée pour avoir introduit un recours indemnitaire contre l'université, il ressort des pièces du dossier que les griefs relatifs à son comportement sont antérieurs à son action en justice introduite en 2022. La prétendue volonté de l'université d'Avignon de le sanctionner ne saurait davantage résulter des conditions de reconduction de son contrat en 2021 ni de l'absence de proposition d'une transformation de son contrat en contrat à durée indéterminée, alors au demeurant qu'il ne remplissait pas les conditions pour en bénéficier. Par suite, la décision contestée n'est constitutive ni d'une sanction déguisée ni ne résulte d'un détournement de procédure.
6. En quatrième lieu, un agent public dont le contrat est arrivé à échéance n'a aucun droit au renouvellement de celui-ci. Il en résulte qu'alors même que la décision de ne pas renouveler ce contrat est fondée sur l'appréciation portée par l'autorité compétente sur l'aptitude professionnelle de l'agent et, de manière générale, sur sa manière de servir et se trouve ainsi prise en considération de la personne, elle n'est pas au nombre des actes qui retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ou qui refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir. Il en résulte que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision du 20 juin 2022, qui ne revêt pas le caractère de sanction disciplinaire, doit être écarté comme inopérant.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 45 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat : " () La notification de la décision doit être précédée d'un entretien lorsque le contrat est susceptible d'être reconduit pour une durée indéterminée ou lorsque la durée du contrat ou de l'ensemble des contrats conclus pour répondre à un besoin permanent est supérieure ou égale à trois ans. () ".
8. Il résulte de ces dispositions que la décision de ne pas renouveler le contrat d'un agent sous contrat à durée déterminée doit être précédée d'un entretien lorsque le contrat est susceptible d'être reconduit pour une durée indéterminée ou lorsque la durée du contrat ou de l'ensemble des contrats conclus pour répondre à un besoin permanent est supérieure ou égale à trois ans. Toutefois, hormis le cas où une telle décision aurait un caractère disciplinaire, l'accomplissement de cette formalité, s'il est l'occasion pour l'agent d'interroger son employeur sur les raisons justifiant la décision de ne pas renouveler son contrat et, le cas échéant, de lui exposer celles qui pourraient justifier une décision contraire, ne constitue pas pour l'agent, eu égard à la situation juridique de fin de contrat sans droit au renouvellement de celui-ci, et alors même que la décision peut être prise en considération de sa personne, une garantie dont la privation serait de nature par elle-même à entraîner l'annulation de la décision de non renouvellement, sans que le juge ait à rechercher si l'absence d'entretien a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision.
9. En l'espèce, il est constant que l'université a convoqué M. Lucas à un entretien préalable fixé au 14 juin 2022 par un courrier transmis par courriel le 1er juin 2022, auquel il a refusé d'assister. Dans ces conditions, et dès lors qu'en tout état de cause cette décision n'a pas revêtu un caractère disciplinaire, ainsi qu'il a été dit précédemment, l'intéressé qui ne disposait d'aucun droit au renouvellement de son contrat n'a été privé d'aucune garantie. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. Lucas doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
11. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'université d'Avignon, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. L'université d'Avignon qui a agi sans ministère d'avocat, ne justifie pas des frais exposés. Par conséquent, il n'y a pas lieu de faire droit à ses conclusions présentées à ce titre.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. Lucas est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de l'université d'Avignon présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D Lucas et à l'université d'Avignon.
Délibéré après l'audience du 4 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chamot, présidente,
Mme Sarac-Deleigne, première conseillère,
M. Cambrezy, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2024.
La rapporteure
B. SARAC-DELEIGNE
La présidente,
C. CHAMOT
La greffière,
B. MAS-JAY
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2202533
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026