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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2202564

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2202564

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2202564
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBECHEROT-GATTA-HUGUENIN VIRCHAUX-ARNAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 août 2022, M. C A B, représenté par Me Huguenin-Virchaux de la Selarl Becherot-Gatta-Huguenin-Virchaux-Arnaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 juin 2022 par laquelle le préfet de Vaucluse a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " en sa qualité de parent d'enfant français ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est signée par une autorité ne justifiant pas d'une délégation de signature régulière ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est marié avec une compatriote depuis le 30 novembre 2006 et que de cette union sont nés en France trois enfants dont l'aîné, né le 17 septembre 2008 à l'éducation ainsi qu'à l'entretien duquel il participe, a obtenu la nationalité française le 27 octobre 2021 ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée à la préfète de Vaucluse qui n'a pas produit de mémoire en défense avant la clôture de l'instruction prononcée le 1er septembre 2023, malgré une mise en demeure de produire dans le délai d'un mois notifiée le 10 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Chaussard,

- et les observations de Me Erigozzi, substituant Me Huguenin-Virchaux, représentant M. A B.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant marocain né le 18 janvier 1978, M. A B est titulaire d'un titre de séjour pluriannuel en qualité de travailleur saisonnier qui lui a été délivré le 16 avril 2021 par le préfet de Vaucluse et qui est valable jusqu'au 15 avril 2024. Par un courrier du 20 janvier 2022, il a sollicité auprès du préfet de Vaucluse la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en sa qualité de parent d'un enfant français. Par une décision du 24 juin 2022, le préfet de Vaucluse a rejeté cette demande. M. A B demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant. ". Le préfet de Vaucluse, qui n'a produit aucune observation en défense avant la clôture de l'instruction malgré la mise en demeure qui lui a été adressée, doit être réputé avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête. Cette circonstance ne dispense toutefois pas le tribunal, d'une part, de vérifier que les faits allégués par le requérant ne sont pas contredits par les autres pièces versées au dossier, d'autre part, de se prononcer sur les moyens de droit que soulève l'examen de l'affaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes des stipulations de l'article 8 de de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ". Aux termes des stipulations l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de refus ; ".

4. M. A B soutient qu'il réside en France depuis plusieurs années avec son épouse, compatriote qu'il a épousée au Maroc le 20 novembre 2006 et qui justifie d'un titre de séjour pluriannuel portant la mention " vie privée et familiale " valable jusqu'au 5 septembre 2022, et que leurs trois enfants, dont l'aîné a acquis la nationalité française, sont nés en France en 2008, 2014 et 2019 et y sont scolarisés. Les pièces produites par l'intéressé confirment la réalité de ses dires. En ce qui concerne plus particulièrement l'ancienneté de la présence du requérant sur le territoire français, celle-ci n'est pas contestée par la préfète de Vaucluse qui n'a pas produit de mémoire en défense alors qu'elle y était invitée. Par suite et dans les circonstances spécifiques de l'espèce, la décision contestée a porté au droit de M. A B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que doit être annulée la décision préfectorale rejetant la demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " présentée par M. A B.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard aux motifs d'annulation mentionnés au point 4, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet de Vaucluse délivre à M. A B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il y lieu, dans les circonstances de l'espèce, de lui enjoindre d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à M. A B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Lé décision par laquelle le préfet de Vaucluse a rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. A B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Vaucluse de délivrer à M. A B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A B la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié M. C A B et au préfet de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Boyer, présidente,

M. Chaussard, premier conseiller,

M. Chevillard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.

Le rapporteur,

M. CHAUSSARD

La présidente,

C. BOYER

La greffière,

F. DESMOULIÈRES

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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