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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2202653

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2202653

mardi 5 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2202653
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP MARGALL D'ALBENAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 août et 26 décembre 2022, M. A B, représenté par l'AARPI Géo Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2022 par lequel le maire de Fournès a délivré un permis de construire à M. C D ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Fournès la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- le dossier de demande de permis de construire est incomplet et son contenu est insuffisant ;

- le permis de construire en cause méconnaît les articles UA4, UA7 et UA11 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- le plan local d'urbanisme de Fournès est illégal compte tenu de son incompatibilité avec le document d'orientations et d'objectifs du schéma de cohérence territoriale de l'Uzège Pont-du-Gard.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 octobre 2022, M. et Mme C D, représentés par Me Garreau, concluent au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 novembre 2022, la commune de Fournès, représentée par la SCP Territoire avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge du requérant en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le requérant n'a pas intérêt à agir contre le permis de construire en litige ;

- les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lahmar,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- les observations de Me D'Albenas pour la commune de Fournès.

Considérant ce qui suit :

1. M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2022 par lequel le maire de Fournès a délivré à M. D un permis de construire portant sur la création d'un logement par surélévation d'un garage existant sur un terrain situé 6, rue sous le Barry, parcelle cadastrée section AV n° 138, classée en zone Ua du plan local d'urbanisme.

Sur la recevabilité de la requête :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager que si la construction, l'aménagement ou les travaux sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien.

Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B est propriétaire d'une maison d'habitation mitoyenne au bâtiment concerné par le projet. Le requérant soutient que le permis de construire attaqué, qui implique la surélévation du garage existant sur le terrain d'assiette du projet par la réalisation de deux étages supplémentaires, va entraîner la création de vues sur son propre bien. Il démontre ainsi que l'autorisation litigieuse est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de sa propriété. La fin de non-recevoir tirée de ce qu'il n'aurait pas intérêt à en demander l'annulation doit, dès lors, être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 600-12 du code de l'urbanisme : " Sous réserve de l'application des articles L. 600-12-1 et L. 442-14, l'annulation ou la déclaration d'illégalité d'un schéma de cohérence territoriale, d'un plan local d'urbanisme, d'un document d'urbanisme en tenant lieu ou d'une carte communale a pour effet de remettre en vigueur le schéma de cohérence territoriale, le plan local d'urbanisme, le document d'urbanisme en tenant lieu ou la carte communale immédiatement antérieur. ". Aux termes de l'article L. 600-12-1 du même code : " L'annulation ou la déclaration d'illégalité d'un schéma de cohérence territoriale, d'un plan local d'urbanisme, d'un document d'urbanisme en tenant lieu ou d'une carte communale sont par elles-mêmes sans incidence sur les décisions relatives à l'utilisation du sol ou à l'occupation des sols régies par le présent code délivrées antérieurement à leur prononcé dès lors que ces annulations ou déclarations d'illégalité reposent sur un motif étranger aux règles d'urbanisme applicables au projet. () "

5. En vertu des dispositions citées au point précédent, l'annulation ou la déclaration d'illégalité d'un document local d'urbanisme n'entraîne pas l'illégalité des autorisations d'urbanisme délivrées lorsque cette annulation ou déclaration d'illégalité repose sur un motif étranger aux règles d'urbanisme applicables au projet en cause. Il appartient au juge, saisi d'un moyen tiré de l'illégalité du document local d'urbanisme à l'appui d'un recours contre une autorisation d'urbanisme, de vérifier d'abord si l'un au moins des motifs d'illégalité du document local d'urbanisme est en rapport direct avec les règles applicables à l'autorisation d'urbanisme. Un vice de légalité externe est étranger à ces règles, sauf s'il a été de nature à exercer une influence directe sur des règles d'urbanisme applicables au projet. En revanche, sauf s'il concerne des règles qui ne sont pas applicables au projet, un vice de légalité interne ne leur est pas étranger. En outre, lorsqu'un motif d'illégalité non étranger aux règles d'urbanisme applicables au projet est susceptible de conduire à remettre en vigueur tout ou partie du document local d'urbanisme immédiatement antérieur, le moyen tiré de l'exception d'illégalité du document local d'urbanisme à l'appui d'un recours en annulation d'une autorisation d'urbanisme ne peut être utilement soulevé que si le requérant soutient également que cette autorisation méconnaît les dispositions pertinentes ainsi remises en vigueur. Cette règle s'applique que le document ait été illégal dès l'origine ou que son illégalité résulte de circonstances de fait ou de droit postérieures.

6. D'autre part, l'article L. 131-4 du code de l'urbanisme dispose que : " Les plans locaux d'urbanisme et les documents en tenant lieu ainsi que les cartes communales sont compatibles avec : / 1° Les schémas de cohérence territoriale prévus à l'article L. 141-1 ; [] ".

7. Le requérant affirme que le plan local d'urbanisme de Fournès est incompatible avec le document d'orientations et d'objectifs (DOO) du schéma de cohérence territoriale Uzège Pont-du-Gard en ce qu'il ne prévoit aucune mesure visant à limiter la consommation énergétique des bâtiments, notamment ceux situés en cœur de ville, alors qu'il s'agit d'un des objectifs fixés par le DOO. Cependant, le requérant ne démontre pas en quoi l'application de telles règles, si elles avaient été fixées par le plan local d'urbanisme, aurait fait obstacle à la délivrance du permis de construire attaquée. Par ailleurs, et en tout état de cause, M. B ne démontre ni même n'allègue que l'autorisation litigieuse méconnaîtrait les dispositions du document local d'urbanisme immédiatement antérieur qui seraient remises en vigueur. Par suite, et au regard de ce qui a été indiqué au point 5, le moyen tiré de l'exception d'illégalité du plan local d'urbanisme ne peut qu'être écarté.

8. En deuxième lieu, d'une part, selon l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire comprend : a) Les informations mentionnées aux articles R. 431-5 à R. 431-12 () ". L'article R. 431-7 du même code dispose que : " Sont joints à la demande de permis de construire : () b) Le projet architectural défini par l'article L. 431-2 et comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 431-8 à R. 431-12. " En application de l'article R. 431-8 du même code : " Le projet architectural comprend une notice précisant : 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : () b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; () f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement ". En application de l'article R. 431-9 de ce code : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. () Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement. () ". L'article R. 431-10 du code de l'urbanisme dispose, en outre, que : " Le projet architectural comprend également : () Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse. "

9. D'autre part, l'article UA4 du règlement du plan local d'urbanisme prévoit que : " () 3 Réseaux de distribution d'énergie et de télécommunication : - les branchements aux lignes de distribution d'énergie électrique, aux câbles de télécommunication, doivent être réalisés en souterrain sur les propriétés privées pour toute construction ou installation nouvelle. ; - Dans le cas d'aménagement d'un immeuble existant ou de construction neuve adjacente à un bâtiment existant, l'alimentation électrique et de télécommunication pourra être réalisée par câbles posés sous la génoise ou l'avant toit. Les câbles emprunteront le même tracé. L'alimentation aérienne sur poteaux est autorisée de manière exceptionnellement sur justification qu'aucune autre solution technique n'est possible. () ".

10. Enfin, la circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

11. La notice descriptive du projet indique que le bâtiment concerné par le projet est mitoyen sur trois de ses côtés. Les constructions qui lui sont mitoyennes apparaissent, en outre, sur le plan de situation et les différentes photographies du bâtiment jointes au dossier de demande de permis de construire. Le service instructeur a donc été mis à même d'apprécier l'implantation et l'organisation de la construction projetée vis-à-vis des constructions avoisinantes, sans qu'il n'ait été nécessaire d'apporter des indications plus précises concernant la propriété du requérant. Il ressort, en outre, du plan de l'état futur du rez-de-chaussée que l'accès existant au garage sera conservé et réaménagé et que deux portes sur rue, apparaissant sur le document d'insertion et le plan de façade correspondant, seront installées. Les indications relatives à l'organisation et l'aménagement des accès au terrain étaient, par suite, suffisantes. De la même manière, le document d'insertion, combiné aux indications répertoriées dans la notice descriptive et les plans de façade, permettaient d'appréhender l'intégration du projet au regard du bâti existant. La photographie produite dans l'objectif de situer le terrain dans son environnement lointain répond, par ailleurs, aux exigences de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme.

12. Il ressort également de la notice descriptive du projet que le bâtiment projeté sera raccordé aux réseaux publics et le point de raccordement correspondant apparaît sur le plan de masse. Contrairement à ce qui est soutenu, les dispositions de l'article UA4 du règlement du plan local d'urbanisme n'imposaient pas de mentionner la trajectoire des câbles nécessaires à l'alimentation électrique de la construction et l'absence de cette indication ne permet pas de considérer que le projet méconnait cet article. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que le dossier de demande de permis de construire est incomplet et que son contenu est insuffisant, ni davantage que le permis de construire en litige méconnaît l'article UA4 du règlement du plan local d'urbanisme.

13. En troisième lieu, en application de l'article UA7 du règlement du plan local d'urbanisme : " Toute construction doit être pour tous ses niveaux édifiés d'une limite latérale à l'autre. Toutefois, est autorisé, pour préserver des possibilités d'adaptation telles que : () - la difficulté technique de réaliser un bâtiment en mitoyenneté, que la construction soit édifiée sur une des limites latérales en s'accolant de préférence au bâti existant ; dans ce cas, la distance comptée horizontalement de tout point de ce bâtiment au point de la limite parcellaire qui en est le plus rapprochée doit être au moins égal à 4 mètres. "

14. Compte tenu de leur rédaction, les dispositions susvisées visent uniquement à offrir au pétitionnaire la possibilité de déroger à l'obligation d'édifier les niveaux d'une construction d'une limite latérale à l'autre sous certaines conditions. Le requérant, tiers au projet, ne peut utilement se prévaloir de la nécessité d'une telle dérogation pour contester la légalité du projet, qui respecte la règle selon laquelle une construction doit être édifiée pour tous ses niveaux d'une limite latérale à l'autre. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article UA7 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.

15. En quatrième lieu, d'une part, au titre de l'article UA11 du règlement du plan local d'urbanisme, dans sa rédaction applicable au litige : " * Toiture : - les tuiles " canal " composées d'une tuile de courant et d'une de couverte sont imposées pour les couvertures ; - les tuiles seront de teinte vieillie de couleur brune nuancée, la couleur rouge cru ou paille est interdite ; - la toiture possèdera 2 pentes au minimum, pour les annexes un toit à une seule pente sera admise ; () * Percements : () - la hauteur des percements sera décroissante du niveau inférieur au niveau supérieur. () ".

16. D'autre part, l'article L. 152-3 du code de l'urbanisme dispose que : " Les règles et servitudes définies par un plan local d'urbanisme : 1° Peuvent faire l'objet d'adaptations mineures rendues nécessaires par la nature du sol, la configuration des parcelles ou le caractère des constructions avoisinantes ; 2° Ne peuvent faire l'objet d'aucune autre dérogation que celles prévues par les dispositions de la présente sous-section. "

17. Il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux prévoit la réalisation d'une toiture à une pente. Dans ce cadre, le pétitionnaire a bénéficié d'une dérogation au titre des dispositions citées au point précédent, et justifiée notamment par la circonstance que la majorité des toitures des constructions avoisinantes sont constituées d'une seule pente. Si le requérant conteste cette justification, il ressort de la photographie aérienne que lui-même produit que, si certaines des constructions du quartier présentent des toitures à deux pentes, tel n'est pas le cas de la majorité des bâtiments, et notamment pas de ceux accolés au bâtiment projeté. M. B ne démontre ainsi pas que ce premier motif serait erroné. De la même manière, en se bornant à soutenir que, contrairement à ce qui a été indiqué dans la demande de dérogation réalisée par le pétitionnaire, il n'est pas établi que la réalisation d'une toiture à deux pentes aurait entraîné des problèmes d'évacuation des eaux pluviales, le requérant ne conteste pas utilement le second motif fondant la décision d'accorder cette dérogation. Par suite, le requérant ne démontre pas que le projet ne pouvait légalement faire l'objet d'une adaptation mineure sur ce point et le moyen tiré de ce qu'il méconnaîtrait l'article UA11 du règlement du plan local d'urbanisme à cet égard doit être écarté.

18. En outre, il ressort de la notice descriptive du projet que le toit de la construction projetée sera composé de tuiles canals vieillies. La couleur de ces tuiles n'avait pas nécessairement à être mentionnée dans le dossier de demande de permis de construire et l'absence de cette indication ne peut conduire à considérer que l'article UA11 serait méconnu sur ce point. Par ailleurs, les dispositions de l'article UA11, dans leur rédaction applicable au litige, ne comportent pas de dispositions relatives aux matériaux des menuiseries, de sorte que la composition des volets et des portes ne peut être utilement critiquée par le requérant. En revanche, les dispositions de l'article UA11 sont méconnues par le projet litigieux en ce que les ouvertures du deuxième étage présentent la même hauteur que celles du premier étage, ainsi qu'exposé dans la notice descriptive, et ne respectent donc pas l'obligation applicable aux percements de présenter une hauteur décroissante d'un niveau inférieur à un niveau supérieur. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la violation de l'article UA11 du règlement du plan local d'urbanisme doit être accueilli dans cette mesure.

19. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

20. Si le requérant soutient que la réalisation de l'opération projetée va entraîner la diffusion de poussières d'amiante, il n'établit nullement la réalité de ces allégations qui sont, en tout état de cause, relatives aux conditions d'exécution du permis de construire en litige et ne sont donc pas susceptibles de démontrer que ce dernier présenterait un risque pour la salubrité et la sécurité publiques. Le moyen tiré de la violation des dispositions précitées doit, par suite, être écarté.

Sur l'application de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme :

21. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire (), estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux () ".

22. Le vice relevé au point 18, tiré de ce que la hauteur des percements du deuxième étage du bâtiment projeté n'est pas inférieure à celle des percements du premier étage, n'affecte qu'une partie identifiable du projet et peut faire l'objet d'une mesure de régularisation n'impliquant pas d'y apporter un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Par suite, il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, de limiter à ce vice la portée de l'annulation prononcée et de fixer à un mois le délai dans lequel M. D pourra en demander la régularisation.

23. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Fournès du 1er juillet 2022 en tant qu'il méconnaît les dispositions de l'article UA11 du règlement du plan local d'urbanisme relatives à la taille des percements.

Sur les frais liés au litige :

24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du requérant, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la commune de Fournès une quelconque somme à verser au requérant sur ce fondement.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de Fournès du 1er juillet 2022 est annulé dans la mesure précisée au point 23 du présent jugement.

Article 2 : Le délai imparti à M. D pour solliciter la régularisation de son projet est fixé à un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la commune de Fournès et à M. C D.

Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nîmes.

Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024 où siégeaient :

Mme Boyer, présidente,

Mme Lahmar, conseillère,

Mme Hoenen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 5 novembre 2024.

La rapporteure,

L. LAHMAR

La présidente,

C. BOYERLa greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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