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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2202661

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2202661

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2202661
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantGIRONDON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 septembre 2022, Mme A B, représentée par Me Girondon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 mai 2022 par lequel la préfète du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étranger malade ;

2°) d'enjoindre au préfet du Gard de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " étranger malade " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité non habilitée ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation médicale personnelle, dès lors que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'était pas encore en possession des éléments médicaux la concernant à la date de l'arrêté attaqué ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle souffre d'une pathologie grave nécessitant une prise en charge dont le défaut risque d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que les soins appropriés ne sont pas disponibles en Arménie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2022, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Chevillard et les observations de Me Girondon, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante arménienne, née le 20 avril 1985, déclare être entrée en France le 18 novembre 2021. Par une demande présentée le 10 février 2022, elle a sollicité un titre de séjour en qualité d'étranger malade et demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 mai 2022 par lequel la préfète du Gard a refusé de faire droit à sa demande.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé, pour la préfète du Gard, par M. Frédéric Loiseau, secrétaire général de la préfecture qui disposait, en vertu d'un arrêté du 3 janvier 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation suffisamment précise à l'effet de signer, en toutes matières, tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département du Gard, à l'exception de certaines matières au nombre desquelles ne figurent pas l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, si la requérante soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen de sa situation médicale personnelle dès lors que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'était pas encore en possession des éléments médicaux la concernant à la date de l'arrêté attaqué, elle n'assortit ce moyen d'aucun élément permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle doit être écarté.

4. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée () ". L'article R. 425-11 du même code dispose : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration./ L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé./ Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. ".

5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'avis du collège médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 4 avril 2022 rendu au sujet de la requérante que son état nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et que l'état de santé de l'intéressée peut lui permettre de voyager sans risque vers le pays d'origine. En se bornant à soutenir qu'elle souffre d'une grave pathologie nécessitant une prise en charge dont le défaut risque d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que les soins appropriés ne sont pas disponibles en Arménie, sans produire d'élément en ce sens, la requérante n'est pas fondée à contester les motifs du refus qui lui est opposé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté qu'elle conteste. Par suite, ses conclusions en annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fins d'injonction sous astreinte de la requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761 du code de justice administrative :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas en l'espèce la partie perdante à l'instance, une somme quelconque au titre des frais engagés par la requérante et non compris dans les dépens. Par suite ses conclusions tendant à l'application de ces dispositions et des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet du Gard et à Me Girondon.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Roux, président,

M. Chaussard, premier conseiller,

M. Chevillard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

Le rapporteur,

F. CHEVILLARD

Le président,

G. ROUX

La greffière,

F. DESMOULIÈRES

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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