jeudi 31 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2202687 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | DEBUICHE |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et des mémoires enregistrés sous le n° 2202687, les 31 août et 8 décembre 2022 et le 12 septembre 2023, Mme B H, représentée par Me Debuiche, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 13 juillet 2022 par laquelle la présidente du conseil départemental du Gard lui a retiré son agrément d'assistante familiale ;
2°) d'enjoindre à la présidente du conseil départemental du Gard de lui accorder un agrément d'assistante familiale rétroactivement à compter du 13 juillet 2022, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du département du Gard la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- cette décision est entachée d'erreurs de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les griefs retenus ne sont pas suffisamment graves pour justifier un retrait d'agrément eu égard à son ancienneté ;
- elle a subi un préjudice moral dès lors qu'elle souffre de dépression et d'aménorrhée réactionnelle depuis le début de la procédure.
Par des mémoires en défense enregistrés les 26 octobre 2022 et 18 septembre 2023, le département du Gard conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme H ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 24 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 15 mai 2024 à 12h00.
Un mémoire présenté pour Mme H a été enregistré le 23 septembre 2024.
II. Par une requête et un mémoire enregistrés sous le n° 2304523, les 5 décembre 2023 et 27 mars 2024, Mme B H, représentée par Me Debuiche, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions des 21 juin et 5 octobre 2023 par lesquelles la présidente du conseil départemental du Gard a prononcé son licenciement, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à la présidente du conseil départemental du Gard de procéder à la régularisation de sa situation administrative et financière, en ce compris le versement de l'ensemble des salaires qu'elle aurait dû percevoir depuis le 13 juillet 2022 et jusqu'à la délivrance d'un nouvel agrément, assorti des intérêts légaux à compter du dépôt de la requête avec capitalisation annuelle de ces intérêts, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) à défaut, de condamner le département du Gard à lui verser la somme de 56 269 euros en réparation du préjudice financier résultant de la perte de rémunération subie depuis le mois de juillet 2022, à parfaire à la date du jugement, assortie des intérêts légaux à compter du dépôt de la requête avec capitalisation annuelle de ces intérêts, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) à titre infiniment subsidiaire, de condamner le département du Gard à lui verser les sommes de 2 398,75 euros au titre du reliquat de l'indemnité de licenciement et 5 158,72 euros au titre du reliquat de l'indemnité compensatrice de préavis, assorties des intérêts légaux à compter du dépôt de la requête avec capitalisation annuelle de ces intérêts, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de condamner le département du Gard à lui verser la somme de 30 000 euros au titre de son préjudice moral, assortie des intérêts légaux à compter du dépôt de la requête avec capitalisation annuelle de ces intérêts ;
6°) de mettre à la charge du département du Gard la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions des 21 juin et 5 octobre 2023 ont été prises par une autorité incompétente ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- ces décisions, ainsi que celle portant rejet implicite de son recours gracieux, sont illégales par la voie de l'exception du fait de l'illégalité de la décision du 13 juillet 2023 portant retrait d'agrément, elle-même entachée d'erreurs de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation pour les motifs exposés dans l'instance n° 2202687 ;
- à titre principal, l'annulation de ces décisions implique qu'il soit enjoint à la présidente du conseil départemental de lui délivrer un agrément d'assistant familial et le versement de l'ensemble des salaires qu'elle aurait dû percevoir depuis cette date jusqu'à la délivrance d'un nouvel agrément ;
- à titre subsidiaire, elle est fondée à demander réparation du préjudice financier résultant de la perte de rémunérations depuis le mois de juillet 2022 jusqu'au jugement à intervenir, soit la somme de 56 269,79 euros, à parfaire, correspondant à la différence entre les indemnités d'assurance maladie perçues du 1er juillet 2022 au 22 novembre 2023 au lieu de 70 258 euros compte tenu de ses revenus en janvier 2021 qui s'élevaient à 4 132,87 euros ;
- à titre infiniment subsidiaire, le département ne justifie pas des modalités de calcul de l'indemnité de licenciement versée à hauteur de 4 173,36 euros alors qu'elle disposait d'une ancienneté de onze années compte tenu de son premier agrément délivré le 14 février 2012, ce qui lui permettait de prétendre à une indemnité d'un montant de 6 572,115 euros ; elle est donc fondée à réclamer le solde de 2 398,755 euros ;
- elle est également fondée à demander réparation du préjudice moral subi à hauteur de 30 000 euros dès lors qu'elle souffre de dépression et d'aménorrhée réactionnelle depuis le début de la procédure, ce qui la contraint à prendre un traitement par antidépresseur et être suivie tous les quinze jours par un psychiatre.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 février 2024, le département du Gard, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable à défaut de réclamation préalable ayant lié le contentieux, postérieure à la décision rectificative de licenciement du 5 octobre 2023 mentionnant qu'elle annule et remplace la décision précédente du 20 juin 2023, réputée n'avoir jamais existé ;
- les moyens invoqués par Mme H à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation de la décision de licenciement ne sont pas fondés ;
- en l'absence d'illégalité fautive de cette décision, aucune indemnisation n'est due ; à titre subsidiaire, elle ne justifie pas d'un préjudice financier dès lors qu'elle a perçu des indemnités journalières versées par la sécurité sociale du 13 juin 2022 au 14 mai 2023 ainsi qu'un complément d'indemnité versé par le département jusqu'au 12 décembre 2022 ; elle a également perçu des indemnités de rupture de contrat d'un montant global de 9 930,68 euros comprenant l'indemnité de préavis de deux mois, l'indemnité de licenciement calculée sur la moyenne mensuelle des sommes perçues au titre des six meilleurs mois consécutifs de salaires dans le cadre de son contrat à durée indéterminée conclu le 10 octobre 2023, soit neuf années d'ancienneté, l'indemnité compensatrice de congés payés pour la fraction des congés non pris et le solde de l'année précédente, fixée à 13,7% du montant annuel de congés payés versés mensuellement ;
- elle ne justifie pas de la réalité des troubles dont elle affirme souffrir et par conséquent du préjudice moral subi, dont le montant réclamé est disproportionné.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce qu'il n'y aurait plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 21 juin 2023 portant licenciement de Mme H dans l'hypothèse où celles dirigées contre la décision du 5 octobre 2023, ayant le même objet et l'ayant implicitement mais nécessairement retirée, étaient rejetées.
Par ordonnance du 24 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 15 mai 2024 à 12h00.
Un mémoire présenté pour Mme H a été enregistré le 23 septembre 2024.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Vosgien, rapporteure,
- les conclusions de M. Chaussard, rapporteur public,
- et les observations de Me Debuiche, représentant Mme H, et de Mme G, représentant le département du Gard.
Considérant ce qui suit :
1. Mme H était titulaire d'un agrément d'assistante familiale délivré par la présidente du conseil départemental du Gard pour la première fois en 2012 et renouvelé à deux reprises en 2017 puis en 2022, sans limitation de durée. Dans ce cadre, elle a conclu avec le département du Gard, le 10 octobre 2013, un contrat de travail à durée indéterminée pour exercer ces fonctions. Suite à des signalements d'informations préoccupantes concernant la prise en charge quotidienne à son domicile d'un enfant mineur, elle a fait l'objet d'une suspension d'agrément pour une durée de quatre mois, le 27 janvier 2022. Le 3 février suivant, elle était informée de l'ouverture d'une enquête administrative. A l'issue d'un entretien qui s'est tenu le 28 mars 2022, elle était informée du rejet de son recours gracieux formé le 21 février précédent contre la suspension de son agrément. Suivant l'avis favorable de la commission consultative paritaire départementale du 20 juin 2022, la présidente du conseil départemental du Gard a décidé de lui retirer son agrément d'assistante familiale le 13 juillet 2022. Suite à un entretien préalable qui s'est tenu le 2 mai 2023, Mme H s'est vu notifier, le 21 juin suivant, une décision de licenciement pour cause de retrait d'agrément, annulée et remplacée par une décision reçue le 5 octobre 2023. Par sa requête n° 2202687, l'intéressée demande l'annulation de la décision portant retrait de son agrément. Par sa requête n° 2304523, elle demande l'annulation des décisions des 21 juin et 5 octobre 2023 par lesquelles la présidente du conseil départemental du Gard a prononcé son licenciement, ensemble le rejet implicite de son recours gracieux ainsi que la régularisation de sa situation administrative et financière ou, à défaut, l'indemnisation des préjudices en résultant.
Les requêtes n° 2202687 et n° 2304523, présentées pour Mme H présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant retrait d'agrément du 13 juillet 2022 :
1.
2. En premier lieu, par arrêté n° 23-DAJCP-2022, régulièrement publié le 16 mai 2022, Mme D C, directrice adjointe de l'enfance et de la petite enfance en charge de la protection maternelle et infantile (PMI) a reçu délégation de la présidente du conseil départemental du Gard à l'effet de signer notamment tous les actes et décisions relatifs aux agréments des assistants familiaux. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles (A) : " () Toute décision de retrait de l'agrément, de suspension de l'agrément ou de modification de son contenu doit être dûment motivée et transmise sans délai aux intéressés. ".
4. La décision contestée, après avoir rappelé l'objet des signalements à l'origine de la procédure de suspension de l'agrément de Mme H, ainsi que les articles L. 421-6 et R. 421-24 du A qui le fondent, indique de manière suffisamment précise les résultats de l'enquête administrative et les griefs retenus comme établis à l'issue de celle-ci, révélant des pratiques contraires à l'annexe 4-9 du A fixant les critères d'agrément des assistants familiaux, ainsi que l'avis favorable de la commission consultative paritaire départementale du 20 juin 2022, motifs pour lesquels la présidente du conseil départemental a pris la décision de lui retirer son agrément. Par suite, la requérante, qui était parfaitement en mesure de comprendre, aux termes de cette décision, quels en étaient les motifs de droit et de fait, n'est pas fondée à soutenir qu'elle est insuffisamment motivée.
5. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 421-2 du A : " L'assistant familial est la personne qui, moyennant rémunération, accueille habituellement et de façon permanente des mineurs et des jeunes majeurs de moins de vingt et un ans à son domicile. Son activité s'insère dans un dispositif de protection de l'enfance, un dispositif médico-social ou un service d'accueil familial thérapeutique. Il exerce sa profession comme salarié de personnes morales de droit public ou de personnes morales de droit privé dans les conditions prévues par les dispositions du présent titre ainsi que par celles du chapitre III du présent livre, après avoir été agréé à cet effet. () ". Aux termes de l'article L. 421-3 de ce code : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel ou d'assistant familial est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside. / Un référentiel approuvé par décret en Conseil d'Etat fixe les critères d'agrément. / () / L'agrément est accordé à ces deux professions si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs et majeurs de moins de vingt et un ans accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne () ". Aux termes de l'article L. 421-6 du même code : " () Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait. ".
6. Dans ce cadre, l'annexe 4-9 du A prévoit que " L'assistant familial est la personne dont la mission consiste, moyennant rémunération, à accueillir habituellement et de façon permanente à son domicile des mineurs et des jeunes majeurs âgés de moins de 21 ans, séparés de leurs parents, et à prendre soin d'eux au quotidien. Son activité s'insère dans un dispositif de protection de l'enfance, un dispositif médico-social ou un service d'accueil familial thérapeutique. / () / Il convient de prendre en compte la capacité du candidat à : / 1. Observer, écouter et prendre en compte les besoins particuliers du mineur ou du jeune majeur accueilli pour favoriser son développement physique, affectif, intellectuel et social. / () / à identifier et assumer ses responsabilités vis-à-vis du mineur ou du jeune majeur accueilli ainsi que le rôle et la place des parents dans le cadre de la prise en charge. / () / à s'inscrire dans une équipe professionnelle pluridisciplinaire autour du projet pour l'enfant ou le jeune majeur. / () / Il convient de prendre en compte : / () / 2. L'aptitude à la communication et au dialogue nécessaires, notamment dans le cadre de la collaboration avec les services du département, l'employeur et les professionnels concernés par la prise en charge du mineur ou du jeune majeur. / () / Le domicile ainsi que son environnement doivent présenter des caractéristiques permettant de garantir la santé, le bien-être et la sécurité des mineurs ou des jeunes majeurs accueillis en tenant compte de leur nombre et de leur âge. / () / I. - Il convient de prendre en compte : / () / 2. L'adéquation entre les dimensions du domicile, le nombre et la destination des pièces, et l'accueil à titre permanent de mineurs ou de jeunes majeurs. "
7. D'une part, il ressort des pièces du dossier, en particulier de la note de synthèse établie par les services du département, reprenant les résultats de l'enquête administrative diligentée par une infirmière et une puéricultrice de PMI, que Mme H présente des difficultés dans son positionnement professionnel à l'égard tant de l'équipe pluridisciplinaire en charge du suivi de l'enfant qu'elle accueille à son domicile depuis décembre 2020, que des parents de ce dernier. Des insuffisances ont également été constatées dans la prise en compte des besoins spécifiques de l'enfant accueilli, né grand prématuré en 2018 et présentant un retard important en termes de mobilité nécessitant une prise en charge rééducative régulière, comme dans la priorisation de ses besoins matériels dans le cadre des relations avec l'assistante familiale relais durant ses congés, la plupart du temps pour des raisons d'organisation personnelle. Ces éléments sont confirmés par les notes des services de l'aide sociale à l'enfance (ASE) de Beaucaire en charge du suivi de l'enfant des 16 novembre 2021 et 6 janvier 2022, établies à partir des signalements effectués par l'assistante familiale relais ainsi que le travailleur social référent de l'enfant. Il en ressort que l'intéressée a pris des décisions en lien avec les parents, sans en informer au préalable les services de l'ASE référents et en contradiction avec certaines orientations fixées avec ces derniers, notamment en changeant à plusieurs reprises le lieu de visite médiatisée avec les parents pour des motifs liés à des difficultés de stationnement, en refusant d'inscrire l'enfant en crèche en dépit de la réponse favorable de la structure pour des considérations de sécurité personnelle, sans pour autant proposer, si cela était avéré, de l'inscrire dans une autre structure, et en s'abstenant de mettre en place les prises en charge en kinésithérapie, rééducation fonctionnelle et soutien psychologique nécessaires à l'enfant. Il ressort également de ces notes que Mme H s'est volontairement abstenue de faire porter ses lunettes à cet enfant qui bénéficiait d'une correction visuelle nécessitant leur port en permanence, ce que la directrice de l'école apprendra lors d'une réunion de l'équipe de suivi de scolarisation, le 27 septembre 2021, et a oublié à plusieurs reprises des affaires indispensables à celui-ci dans le cadre des échanges avec l'assistante familiale relais avec laquelle elle avait convenu, pour écourter leur trajet, de récupérer l'enfant dans des lieux inadaptés pouvant susciter un sentiment d'insécurité chez l'enfant, tels que des aires de stationnement. Elle n'a pas non plus adopté certains comportements appropriés liés à l'urgence de l'état de santé de l'enfant lors d'un événement de constipation sévère en mai 2021 en s'abstenant de consulter les urgences ou son médecin traitant pour éliminer tout diagnostic sévère et en adoptant des pratiques non conventionnelles pour traiter les troubles dont souffrait l'enfant.
8. Si la requérante conteste la matérialité de ces griefs, elle n'apporte aucune pièce à l'appui de ses allégations de nature à contredire ces constats suffisamment circonstanciés et étayés de faits qu'elle a elle-même reconnus dans le cadre de ses précédents échanges avec les services de l'ASE et durant l'enquête administrative, laquelle ne repose pas, contrairement à ce qu'elle soutient, sur les seules affirmations de l'assistante familiale relais. En outre, sont sans incidence sur la matérialité de ces faits les circonstances invoquées tirées de ce que les évaluateurs n'auraient pas rencontré durant l'enquête administrative les représentants de l'établissement scolaire fréquenté par l'enfant ou ce dernier, dont l'accueil chez elle avait été suspendu depuis le 27 janvier 2022, de même que le classement sans suite de la procédure judiciaire engagée pour des faits de violences physiques et maltraitance qui n'ont pas fondé la décision attaquée. Enfin, si Mme H se prévaut des appréciations globalement positives dont elle a fait l'objet en 2016 et 2020, il ressort des pièces du dossier que des difficultés relationnelles avec les équipes pluridisciplinaires ont été déjà relevées dans ses précédentes évaluations depuis 2016 ainsi qu'à l'occasion du dernier renouvellement de son agrément pour une durée illimitée, intervenu en janvier 2022, fondé sur un avis nuancé des services du département espérant encore une évolution favorable de son comportement, compte tenu des liens affectifs créés par ailleurs avec l'enfant.
9. D'autre part, il ressort également de l'enquête administrative susvisée une inadéquation entre les dimensions de son domicile, le nombre et la destination des pièces et l'accueil permanent d'un mineur dès lors que celui-ci, d'une surface globale de 64 mètres carrés, avec trois chambres et une seule salle de bain, dispose de peu d'espaces communs pour circuler, limitant les jeux des enfants dans leur chambre alors qu'il accueille déjà son époux, elle-même et leurs deux enfants, âgés respectivement de 13,5 et 9,5 ans partageant la même chambre, et ce nonobstant la circonstance que son agrément ait pu être renouvelé quelques mois auparavant.
10. Au regard de l'ensemble de ces éléments, c'est sans commettre d'erreur de fait ni d'erreur d'appréciation que la présidente du conseil départemental du Gard a considéré, pour l'ensemble des motifs susvisés, que Mme H ne remplissait plus les conditions nécessaires à l'exercice de sa profession telles que précisées à l'annexe 4-9 du A précitée justifiant le retrait de son agrément conformément à l'article L. 421-6 du même code.
11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme H n'est pas fondée à soutenir que la décision du 13 juillet 2022 serait entachée d'illégalité et constitutive d'une faute engageant la responsabilité du département du Gard. Par suite, sa requête enregistrée sous le n° 2202687, tendant à l'annulation de cette décision du 13 juillet 2022 et à la réparation du préjudice moral résultant de son illégalité fautive, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doit être rejetée.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de licenciement du 5 octobre 2023 et du rejet implicite de son recours gracieux :
12. En premier lieu, par arrêté n° 24-DAJCP-2022, régulièrement affiché le 20 mai 2022, M. F E, directeur général des services, a reçu délégation de la présidente du conseil départemental du Gard à l'effet de signer notamment les lettres de licenciement des assistants familiaux. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
14. La décision attaquée, après avoir rappelé l'entretien préalable à licenciement qui s'est tenu le 2 mai 2023, au cours duquel a été exposé à Mme H qu'en raison du retrait de son agrément le 13 juillet 2022, il n'était pas possible de maintenir son contrat de travail, mentionne que l'intéressée est licenciée pour cause de retrait d'agrément conformément aux articles L. 423-8, L. 423-32 et D. 423-3 du code de l'action sociale et des familles (A). Cette décision comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle satisfait ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions des articles L. 211-1 et 5 du code des relations entre le public et l'administration, sans que la présidente du conseil départemental du Gard n'ait été tenue de préciser à nouveau l'ensemble des griefs retenus à son encontre et ayant motivé la décision de retrait d'agrément, elle-même suffisamment motivée ainsi qu'il a été dit au point 4, et dont l'intéressée a eu préalablement connaissance puisqu'elle l'a contestée dans le cadre de sa requête n°2202687 enregistrée le 31 août 2022.
15. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-8 du A : L423-8 A " () En cas de retrait d'agrément, l'employeur est tenu de procéder au licenciement par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. ".
16. Pour les mêmes motifs que ceux évoqués aux points 7 à 10, la décision portant retrait d'agrément du 13 juillet 2022 n'est pas entachée d'erreurs de fait ou d'appréciation. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de la décision de licenciement du 5 octobre 2023 et du rejet implicite de son recours gracieux du fait de l'illégalité, par la voie de l'exception, de la décision portant retrait d'agrément du 13 juillet 2022 sur laquelle elles se fondent, doit être rejeté.
17. Il résulte de tout ce qui précède que Mme H n'est pas fondée à soutenir que la décision du 5 octobre 2023 par laquelle la présidente du conseil départemental du Gard a prononcé son licenciement serait entachée d'illégalité. Par suite, l'ensemble des conclusions de sa requête n° 2304523 tendant à l'annulation de cette décision, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux, à fin d'injonction et d'indemnisation fondée sur l'illégalité fautive de cette même décision du 5 octobre 2023, doit être rejeté.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant licenciement du 21 juin 2023 :
18. L'édiction de la décision du 5 octobre 2023 qui présente le même objet que celle du 21 juin précédent a implicitement mais nécessairement retiré cette dernière. Par suite du rejet des conclusions dirigées contre la décision du 5 octobre 2023 l'ayant retirée et en l'absence de toute portée utile à la décision juridictionnelle prononçant l'annulation d'une décision déjà retirée de l'ordonnancement juridique, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 21 juin 2023.
Sur les conclusions relatives à l'indemnité de licenciement :
19. Aux termes de l'article L. 423-12 du A : " En cas de licenciement pour un motif autre qu'une faute grave, l'assistant maternel ou l'assistant familial relevant de la présente section justifiant d'une ancienneté d'au moins deux ans au service du même employeur a droit à une indemnité qui ne se confond pas avec l'indemnité compensatrice prévue à l'article L. 423-10. / Le montant minimal de cette indemnité de licenciement est fixé par décret d'après la moyenne mensuelle des sommes perçues par l'intéressé au titre des six meilleurs mois consécutifs de salaire versés par l'employeur qui le licencie. () ". Aux termes de l'article D. 423-4 de ce code : " Le montant minimum de l'indemnité de licenciement prévue à l'article L. 423-12 est égal, par année d'ancienneté, à deux dixièmes de la moyenne mensuelle des sommes perçues par l'intéressé au titre des six meilleurs mois consécutifs de salaire versés par l'employeur qui le licencie. ".
20. Il résulte de l'instruction que Mme H a perçu un montant de 4 173,36 euros au titre de l'indemnité de licenciement, à raison de neuf années d'ancienneté, soit sur la base d'une moyenne mensuelle des six meilleurs salaires consécutifs versés de 2 318,53 euros. Si la requérante se prévaut de onze années d'ancienneté eu égard à la date de délivrance de son premier agrément en 2012, l'indemnité de licenciement prévues par les dispositions précitées, découlant de la rupture anticipée de son contrat de travail, doit être calculée sur la base de son ancienneté acquise à compter de la date de conclusion de celui-ci, soit le 10 octobre 2013, soit sur la base d'une ancienneté de neuf années à la date de prise d'effet de son licenciement le 5 octobre 2023. L'intéressée produit ses bulletins de paye pour la période de février à juillet 2016 dont il ressort qu'elle a perçu, sur ces six mois consécutifs, une moyenne mensuelle de 2 978,99 euros. En tenant compte de ce dernier montant son indemnité de licenciement s'élève, à raison de deux dixièmes de cette moyenne par année d'ancienneté sur neuf ans, à 5 362,18 euros. Par suite, Mme H est fondée à demander le versement du solde de l'indemnité de licenciement à laquelle elle était en droit de prétendre, soit un montant de 1 188,82 euros. Il y a donc lieu de condamner le département du Gard à lui verser cette somme.
Sur les conclusions relatives à l'indemnité compensatrice de préavis :
21. Si Mme H demande la condamnation du département à lui verser le reliquat de son indemnité compensatrice de préavis pour un montant de 5 158,72 euros, elle n'assortit ces conclusions des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ces conclusions devront être rejetées.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
22. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de Mme H présentées dans les instances n° 2202687 et n° 2304523 sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête n° 2202687 de Mme H est rejetée.
Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer, dans l'instance n° 2304523, sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant licenciement de Mme H du 21 juin 2023.
Article 3 : Le département du Gard est condamné, dans l'instance n° 2304523, à verser à Mme H la somme de 1 188,82 euros au titre du reliquat de son indemnité de licenciement.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2304523 est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B H et au département du Gard.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Roux, président,
Mme Vosgien, première conseillère,
Mme Béréhouc, conseillère.
Lu en audience publique le 31 octobre 2024.
La rapporteure,
S. VOSGIEN
Le président,
G. ROUXLa greffière,
F. DESMOULIÈRES
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2 N° 2304523
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026