mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2202923 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SELARL BLANC-TARDIVEL-BOCOGNANO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 27 septembre 2022, 14 février 2024 et 15 mars 2024, M. F D, représenté par Me Blanc, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 juillet 2022 par lequel le maire de Nîmes a refusé de lui accorder un permis de construire deux maisons individuelles ;
2°) d'enjoindre au maire de Nîmes de lui accorder le permis de construire sollicité ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Nîmes une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'intervention de M. et Mme B est irrecevable ;
- l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence ;
- le motif tiré de l'article VII AU10 règlement du plan local d'urbanisme et du chapeau introductif de la zone est illégal ;
- le motif tiré de l'article VII AU11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Nîmes et du chapeau introductif de la zone est illégal ;
- le motif tiré de l'article VII AU12 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Nîmes est illégal.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 21 juillet 2023 et 22 février 2024, ainsi qu'un mémoire enregistré le 29 avril 2024, qui n'a pas été communiqué, la commune de Nîmes conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;
- le refus de permis se justifie également par le caractère faussé de la représentation du niveau du terrain naturel.
Par deux interventions, enregistrées les 2 janvier 2024 et 19 mars 2024, M. et Mme B demandent le rejet de la requête.
Ils soutiennent que :
- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;
- la réalisation de la construction n'est pas conforme au dossier de permis, ni aux règles de hauteur des constructions, d'emprise au sol et d'implantation par rapport à la voie du règlement du plan local d'urbanisme.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pumo, conseiller ;
- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,
- les observations de Me Rouault, avocat de M. D ;
- les observations de M. C, représentant la commune de Nîmes ;
- et les observations de M. et Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. M. D a déposé, le 29 juin 2022, une demande de permis de construire portant sur deux maisons individuelles à usage d'habitation sur un terrain situé 15, impasse de la chevèche à Nîmes. Le terrain d'assiette du projet correspond à la parcelle cadastrée n°696 de la section KS, qui est classée en zone VIIAUc du plan local d'urbanisme communal. Par un arrêté du 29 juillet 2022, la maire de Nîmes a refusé de lui accorder le permis de construire sollicité. M. D demande l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté.
Sur l'intervention de M. et Mme B :
2. M. et Mme B justifient d'un intérêt suffisant au maintien de la décision attaquée. Ainsi, leur intervention est recevable.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire () est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme () ". Le premier alinéa de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales dispose que : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints () ". Selon l'article L. 2131-1 de ce dernier code : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département (). / Le maire peut certifier, sous sa responsabilité, le caractère exécutoire de ces actes () ".
4. L'arrêté contesté a été signé, pour le maire de Nîmes, par M. A E, premier adjoint au maire délégué à l'urbanisme. Par un arrêté du 8 juillet 2020, affiché en mairie, publié au recueil des actes administratifs de la commune du troisième trimestre de l'année 2020 et transmis au représentant de l'Etat le jour de son édiction, le maire de Nîmes a consenti à M. E une délégation de fonctions et de signature en matière d'urbanisme. Cette délégation, qui vise notamment " tous courriers et documents administratifs relatifs à l'urbanisme ", était suffisamment précise et autorisait son bénéficiaire à signer le refus de permis de construire en litige. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
S'agissant du motif tiré de la méconnaissance de l'article VII AU10 du règlement du plan local d'urbanisme :
5. Le plan local d'urbanisme de la ville de Nîmes expose, dans sa partie introductive : " Le secteur d'habitat VII AUc : correspond à un secteur d'habitat diffus accueillant des logements individuels de type R+1 maximum. " L'article VII AU1 du règlement du plan local d'urbanisme liste les types d'occupation ou d'utilisation des sols interdits, parmi lesquels figurent : " les affouillements et les exhaussements de sol, à l'exception de ceux qui concourent à modeler le terrain en vue de la construction des bâtiments. " Aux termes de l'article VII AU10 de ce règlement : " Les contraintes de hauteur ont pour objectif d'adapter au plus près les constructions nouvelles à la topographie du lieu. La hauteur est calculée à partir du terrain naturel. () Pour chaque projet, un gabarit est présenté sur les plans de coupe par deux lignes calquées sur le profil du terrain naturel () selon les hauteurs réglementées ci-après : () en secteurs VII AUb et VII AUc : au faîtage : neuf mètres ; à l'égout du toit ou sur le dessus de l'acrotère : sept mètres cinquante. "
6. Il résulte de ces dispositions que la réalisation de travaux d'exhaussement ou d'excavation est interdite et que la hauteur des constructions se détermine à partir du niveau du terrain naturel, c'est-à-dire du niveau existant avant tous travaux en modifiant la topographie qui seraient réalisés en amont d'un projet. Dans ce contexte, si l'article VII AU1 admet de tels travaux lorsqu'ils concourent à modeler le terrain en vue de la construction des bâtiments, ces dispositions doivent être interprétées à la lumière de l'article VII AU10 du même texte qui précise que les contraintes de hauteur ont pour objectif d'adapter au plus près les constructions nouvelles à la topographie du lieu. Il en résulte que les dispositions de l'article VII AU1 du règlement du plan local d'urbanisme, dont l'économie générale vise à garantir une urbanisation au plus près de la topographie existante, ne sauraient être interprétées comme ayant d'autre finalité que d'autoriser les travaux de terrassement nécessaires à la réalisation des constructions dans les règles de l'art. Elles n'ont, par suite, ni pour objet ni pour effet de remettre en cause les modalités de détermination de la hauteur des constructions et l'interdiction de réaliser des logements individuels autres que des bâtiments en rez-de-chaussée ou en R+1.
7. Or, il ressort de la coupe AA, représentant le plan de la façade sud-ouest de la maison 2 dans le dossier de permis de construire, que le plafond de la partie la plus basse du bâtiment, qualifiée de " sous-sol ", culmine à 75,50 NGF tandis que les côtes du terrain naturel, qui déclinent d'une extrémité à l'autre de ce sous-sol, varient entre 75,50 NGF et 77,70 NGF. Autrement dit, une part importante du sous-sol déclaré par le pétitionnaire a vocation à être édifiée nettement au-dessus du terrain naturel. Le requérant insiste sur le fait que la déclivité du terrain est importante et soutient, alors même que l'accès est prévu depuis l'impasse du Levraut située en contre-bas du projet, que le remblaiement projeté se justifie par la nécessité d'aligner le rez-de-chaussée de la construction sur le niveau de la rue de l'avocette, ce qui correspond à la côte de 76,60 NGF. Toutefois, un tel remblaiement, qui induit une élévation de 2,20 mètres du terrain naturel, ne peut qu'avoir pour effet de modifier sensiblement la topographie initiale de la parcelle en méconnaissance de la règle édictée par l'article VII AU1, dont la portée est éclairée par les dispositions de l'article VII AU10 du règlement du plan local d'urbanisme. Il apparaît en outre que la partie qualifiée de sous-sol de la maison 2, qui ne peut être considérée comme un vide sanitaire eu égard à ses caractéristiques et à ses dimensions, constitue, dans la mesure où elle est édifiée dans une proportion importante au-dessus du terrain naturel, un véritable niveau, de sorte que cette construction se définit effectivement comme un bâtiment en R+2. Il suit de là que le maire de Nîmes n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation en retenant que le remblaiement opéré modifie considérablement le terrain naturel et qu'il a pour conséquence la création d'un étage supplémentaire. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que le motif basé sur l'article VII AU10 du règlement du plan local d'urbanisme est illégal.
S'agissant du motif tiré de la méconnaissance de l'article VII AU11 du règlement du plan local d'urbanisme :
8. Aux termes de l'article VII AU11 du règlement du plan local d'urbanisme : " () Les clôtures autorisées pourront être constituées : a) Les murs de pierres de garrigue appareillées à joints secs sur les deux parements, d'une hauteur maximum de 1,50 mètre () ; b) les murs bahuts en pierres de garrigues appareillées à joints secs sur toutes les faces, d'une hauteur maximum de 0,80 mètre () ; surmontés d'un grillage plastifié de couleur verte ( ) ; c) Les grillages plastifiés de couleur verte, soudés à mailles rectangulaires fixés sur piquets métalliques de couleur verte, d'une hauteur totale de 1,50 mètre. Ils seront doublés d'une haie vive utilisant des essences locales. "
9. M. D, qui conteste le motif tiré de la méconnaissance de l'article VII AU11 du règlement du plan local d'urbanisme, soutient qu'un tel motif ne permet pas de justifier le refus de permis litigieux dès lors que l'autorisation sollicitée aurait pu être accordée en l'assortissant de prescriptions relatives aux clôtures. Toutefois, aucun texte ni aucun principe n'interdit à l'administration de refuser, pour l'application des dispositions réglementaires d'un document d'urbanisme, la délivrance d'un permis de construire qui aurait pu être accordé sous réserve du respect de certaines prescriptions. Par suite, le moyen tenant à l'illégalité du motif fondé sur l'article VII AU11 du règlement du plan local d'urbanisme est infondé, et doit être écarté.
S'agissant du motif tiré de la méconnaissance de l'article VII AU12 du règlement du plan local d'urbanisme :
10. Aux termes de l'article VII AU12 du règlement du plan local d'urbanisme relatif au stationnement des véhicules : " Afin d'assurer en dehors des voies publiques et privées, le stationnement des véhicules correspondant aux besoins des constructions et des installations, il est exigé : () Habitat individuel et groupé : 2 places par logement (). En secteur VII AUb et VII AUc, : Les deux places de stationnement par logement doivent être aménagées sur l'îlot de propriété. "
11. En l'espèce, le permis de construire sollicité porte sur la construction de deux maisons individuelles. Pour être en conformité avec les dispositions de l'article VII AU12 précité, le projet doit prévoir, pour chacune de ces maisons individuelles, deux places de stationnement. En évoquant la construction de deux maisons individuelles avec terrasse, jardin, un garage et deux places de stationnement à l'air libre, la notice descriptive du projet est équivoque quant à la détermination du nombre de places de stationnement prévu par logement. Mais la demande de permis mentionne également, dans la rubrique 5.7 du Cerfa, dédiée au stationnement, que quatre places seront aménagées sur une emprise globale de quatre-vingt-treize mètres carrés, dont dix-huit mètres carrés de surface bâtie. Si ces places de stationnement ne sont pas représentées sur le plan de masse, ce dernier ne contredit pas davantage les éléments d'information apportés par le Cerfa sur l'aménagement de quatre places de stationnement. Dans ces conditions, le maire de Nîmes a commis une erreur d'appréciation en opposant au projet le nombre insuffisant de places de stationnement et le motif fondé sur les dispositions de l'article VII AU12 est illégal.
12. Toutefois, il résulte de l'instruction que le maire de Nîmes aurait pris la même décision s'il s'était fondé uniquement sur les motifs exposés aux points 7 et 9, qui sont à eux seuls de nature à la justifier légalement. Par suite, l'illégalité du motif retracé au point précédent n'est, en tout état de cause, pas susceptible d'entraîner l'annulation de l'arrêté attaqué.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 juillet 2022 par lequel le maire de Nîmes a refusé de lui accorder un permis de construire deux maisons individuelles.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation du requérant, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions présentées à fin d'injonction doivent donc être également rejetées.
Sur les frais liés aux litiges :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la ville de Nîmes, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme sollicitée par M. D au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'intervention de M. et Mme B est admise.
Article 2 : La requête de M. D est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D, à Me Blanc, à la commune de Nîmes et à M. et Mme B.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Boyer, présidente,
Mme Lahmar, conseillère,
M. Pumo, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.
Le rapporteur,
J. PUMO
La présidente,
C. BOYERLa greffière,
N. LASNIER
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026