vendredi 6 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2202940 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 octobre 2022, la société à responsabilité limitée Ambulances La Romaine, représentée par Me Belaïche, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2022 par lequel le préfet du Gard a réquisitionné son entreprise de transport sanitaire pour l'organisation du tour de garde les 6, 24, 25 et 27 octobre 2022 de 14 h à 22 h ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que l'arrêté attaqué :
- est entaché d'un défaut de motivation ;
- est entaché d'un vice de procédure, en l'absence de procédure contradictoire préalable
- méconnaît les dispositions du 4° de l'article L. 2215-1 du code général des collectivités territoriales ;
- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;
- méconnaît l'article L. 2213-1 du code de la Défense.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 mai 2023, l'agence régionale de santé Occitanie, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la défense ;
- le code de la santé publique ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Portal,
- les conclusions de M. Baccati,
- et les observations de Me Belaïche pour la société Ambulances La Romaine.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Ambulances La Romaine est une entreprise de transport sanitaire agréée, implantée à Uzès et disposant de cinq salariés et deux ambulances. Par un arrêté du 29 septembre 2022, le préfet du Gard a réquisitionné l'entreprise pour assurer une obligation de garde de transport sanitaire les 6, 24, 25 et 27 octobre 2022, de 14h à 22h. La SARL Ambulances La Romaine demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions d'annulation :
Sur la légalité externe :
2. Aux termes de l'article L. 2215-1 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale est assurée par le maire, toutefois : () 4° En cas d'urgence, lorsque l'atteinte constatée ou prévisible au bon ordre, à la salubrité, à la tranquillité et à la sécurité publiques l'exige et que les moyens dont dispose le préfet ne permettent plus de poursuivre les objectifs pour lesquels il détient des pouvoirs de police, celui-ci peut, par arrêté motivé, pour toutes les communes du département ou plusieurs ou une seule d'entre elles, réquisitionner tout bien ou service, requérir toute personne nécessaire au fonctionnement de ce service ou à l'usage de ce bien et prescrire toute mesure utile jusqu'à ce que l'atteinte à l'ordre public ait pris fin ou que les conditions de son maintien soient assurées ".
3. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise l'ensemble des textes sur lesquels il se fonde. En outre, le préfet a rappelé l'obligation de participation à la garde départementale des entreprises de transports sanitaires agréées en fonction de leurs moyens matériels et humains et a indiqué l'existence d'une situation d'urgence et d'un risque grave pour la santé publique. Par suite, les moyens tirés d'un défaut de motivation et de la méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, à supposer même que cet article trouve à s'appliquer, doivent être écartés.
4. Aux termes de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". L'article L 121-2 du même code ajoute : " les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ".
5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le préfet devait, au vu de la vacance de nombreuses plages horaires dans le tableau la garde départementale de transport sanitaire urgent pour répondre aux demandes du service d'aide médicale d'urgence, organiser dans l'urgence la garde départementale du mois d'octobre 2022, alors que la première date dépourvue de tout service de transport sanitaire de garde de 14 h à 22 h était le 6 octobre 2022, soit à peine une semaine après l'édiction de l'arrêté attaquée. Ainsi, au vu de la situation d'urgence dans laquelle il s'est trouvé pour procéder à la réquisition en litige et organiser la garde départementale de transport sanitaire urgent, le préfet du Gard n'était pas tenu de procéder à une procédure contradictoire préalable. En tout état de cause, cette situation d'urgence résulte de ce que les sociétés ambulancières privées n'ont pas pourvu certaines plages horaires du tableau de garde malgré leur consultation par l'agence régionale de santé afin de remplir ce tableau de manière volontaire, comme le retracent les échanges électroniques joints au dossier.
Sur la légalité interne :
En ce qui concerne les pouvoirs de police générale :
6. Selon l'article R. 6312-22 du code de la santé publique : " Dans le cadre de l'établissement du tableau de garde, () Si le tableau proposé ne couvre pas l'intégralité des secteurs de garde ou des créneaux horaires où une garde est requise par le cahier des charges mentionné à l'article R. 6312-19, l'agence régionale de santé peut imposer la participation de toute entreprise de transports sanitaires agréée dans le secteur de garde concerné en fonction de ses moyens matériels et humains () ".
7. Il résulte des dispositions combinées de l'article L. 2215-1 du code général des collectivités territoriales citées au point 2 et des dispositions précitées du code de la santé publique que le préfet ne peut prendre que les mesures nécessaires, imposées par l'urgence et proportionnées aux nécessités de l'ordre public.
8. Il est constant, comme rappelé au point 5, que les tableaux d'organisation de la garde départementale font apparaître, en dépit de la consultation de l'agence régionale de santé, sept plages horaires dénuées de système de garde de transport sanitaire pour le mois d'octobre 2022. La circonstance que le service départemental d'incendie et de secours pourrait assurer un transport sanitaire en échange d'une indemnité fixée par décret ne saurait représenter une alternative à la mesure de réquisition alors que le transport sanitaire ne figure pas parmi les missions de ce service, listées à l'article L. 1424-2 du code général des collectivités territoriales. De même, l'hypothèse selon laquelle les ambulances du secteur Grand Nîmes seraient disponibles ne saurait renverser l'obligation légale pour les sociétés de transport sanitaires agréées de participer au tour de garde alors que la sectorisation de la garde départementale résulte d'un cahier des charges pour l'organisation de la garde, fixée par arrêté du 1er juillet 2022 par le directeur de l'agence régionale de santé. Ainsi, aucune solution n'existait pour répondre à la demande de transport sanitaire urgent à ces dates, dans le secteur n° 6, en l'occurrence, le secteur d'Uzège alors qu'une telle carence portait atteinte à la sécurité publique. En l'espèce, le préfet du Gard a, d'une part, pris en compte l'urgence de la situation en limitant la réquisition au tour de garde du mois d'octobre 2022, la première garde ayant lieu moins d'une semaine après l'édiction de l'arrêté et a, d'autre part, adapté la réquisition prononcée aux moyens humains et matériels de la société requérante, en limitant la durée de la réquisition à quatre plages horaires sur les sept plages horaires vacantes, soit les 6, 24, 25 et 27 octobre de 14 h à 22 h ce qui aboutit à la participation la société Ambulances La Romaine à cinq gardes par ambulance, ce qui demeure d'ailleurs inférieur aux onze gardes par ambulance des autres sociétés ambulancières non réquisitionnées. Dans ces conditions, la mesure de réquisition prise par l'arrêté du 29 septembre 2022, doit être regardée comme ayant été imposée par l'urgence et proportionnée aux nécessités de l'ordre public et ne méconnaît donc pas les dispositions du 4° de l'article L. 2215-1 précité. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que l'arrêté serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.
En ce qui concerne la réquisition pour les besoins généraux de la nation :
9. Aux termes de l'article L. 2213-1 du code de la Défense alors en vigueur : " La fourniture des prestations de biens et de services, nécessaires pour assurer les besoins du pays dans les cas prévus par la loi, peut être obtenue soit par accord amiable, soit par réquisition selon les modalités définies par décret en Conseil d'Etat. Ce décret détermine notamment : /1° Les conditions dans lesquelles le droit de réquisition peut être délégué ;/ 2° Les autorités bénéficiaires de la délégation ; / 3° Les conditions dans lesquelles un état descriptif et un inventaire sont établis lors de la prise de possession des biens requis ".
10. En dépit du visa de l'article L. 2213-1 du code de la Défense au sein de l'arrêté attaqué, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Gard s'est fondé sur les dispositions combinées de l'article L. 2215-1 du code général des collectivités territoriales et de l'article R. 6312-22 du code de la santé publique citées au point 6 afin de procéder à la réquisition des sociétés ambulancières privées pour l'organisation de la garde départementale de transport sanitaire urgent. Dès lors que le préfet n'a pas entendu fonder sa décision sur les dispositions du code de la Défense, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme inopérant.
Sur les frais de justice :
11. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la société Ambulances la Romaine doivent dès lors être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de la société Ambulances La Romaine est rejetée.
Article 2 :Le présent jugement sera notifié à la SARL Ambulances La Romaine, à l'agence régionale de santé Occitanie et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024 à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président,
M. Mouret, premier conseiller,
Mme Portal, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.
La rapporteure,
N. Portal
Le président,
P. Peretti
Le greffier,
D. Berthod
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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