vendredi 6 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2202948 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET AD & M |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 septembre 2022, complétée par des mémoires enregistrés les 23 février et 22 mars 2024, M. A B, représenté par Me Mahistre, demande au tribunal :
- l'annulation de la délibération n°CAR-IDF2-2022-07-29-A-00060716 du 29 juillet 2022 par laquelle le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé de lui délivrer une carte professionnelle ;
- d'enjoindre au directeur du Conseil national des activités privées de sécurité de lui délivrer une carte professionnelle d'agent de sécurité, dans un délai d'un mois à compter du jugement à venir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard,
- de condamner l'Etat et le CNAPS à lui verser une somme de 2 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'une mesure de classement sans suite est intervenue pour sa mise en cause ; le CNAPS ne pouvait donc pas consulter le fichier d'antécédent judiciaire et se servir de ces éléments pour fonder ces décisions dans la mesure où l'article R.40-29 du code de procédure pénale exclut les cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite des fichiers pouvant être consultés ;
- le CNAPS ne justifie pas que ses agents, chargés de l'instruction de la demande de carte professionnelle puis du recours administratif justifient d'une habilitation régulière délivré par le préfet compétent en application de l'article R.40-29 du code de procédure pénale pour consulter le fichier d'antécédent judiciaire;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ; en effet, le CNAPS ne justifie pas de la matérialité des faits de viol qui ont été classés sans suite ; par conséquent, la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de fait au regard de l'article L.612-20 du code de la sécurité intérieure.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mars 2024, le conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la requête est infondée dans les moyens qu'elle soulève.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C Parisien ;
- les conclusions de M. Baccati, rapporteur public ;
- et les observations de Me Mahistre pour M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a sollicité, le 14 avril 2021, la délivrance d'une nouvelle carte professionnelle. Celle-ci lui a été refusée par une décision du directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) du 29 juillet 2022 au motif que l'intéressé avait été mis en cause à Nîmes pour des faits de viol sur un mineur de plus de 15 ans commis du 31 octobre au 1er novembre 2017. M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.
2. Aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure: " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : / 1° S'il a fait l'objet d'une condamnation à une peine correctionnelle ou à une peine criminelle inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire () dans un document équivalent, pour des motifs incompatibles avec l'exercice des fonctions ; / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents des commissions nationale et régionales d'agrément et de contrôle spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; () ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, à l'issue d'une enquête administrative, et sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les actes commis par le demandeur sont compatibles avec l'exercice de la profession ou la direction d'une personne morale exerçant cette activité, alors même que les agissements en cause n'auraient pas donné lieu à une condamnation inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire, ou que la condamnation prononcée en raison de ces agissements aurait été effacée de ce bulletin. A ce titre, si la question de l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.
4. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée est uniquement motivée par la mise en cause de M. B pour des faits de viol sur une mineure de plus de 15 ans, commis du 31 octobre au 1er novembre 2017. Or, alors que M. B conteste fermement ces faits, il ressort des pièces du dossier que cette affaire a été classée sans suite le 2 mars 2018, au motif de faits insuffisamment caractérisés et de contradictions dans le témoignage de la plaignante. En défense, le CNAPS relève que M. B a reconnu a minima une relation sexuelle avec la victime, qu'il disait consentante mais qui n'en était pas moins une jeune fille de quinze ans dans un état de vulnérabilité particulière, alors que lui-même était âgé de quarante ans, et que ce n'est que postérieurement à l'examen du dossier que les faits ont été classés sans suite. Toutefois, eu égard notamment au caractère ponctuel et à l'ancienneté des faits reprochés dans la décision du 29 juillet 2022, celle-ci doit être regardée comme entachée d'une erreur d'appréciation.
5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision de la commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité du 29 juillet 2022.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement d'enjoindre au CNAPS de délivrer à M. B la carte professionnelle sollicitée, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
7. Il y a lieu de mettre à la charge du CNAPS le versement à M. B de la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 29 juillet 2022 par laquelle le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité a refusé à M. B la délivrance d'une carte professionnelle d'agent privé de sécurité est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au CNAPS de délivrer à M. B la carte professionnelle sollicitée, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le CNAPS versera à M. B la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au Conseil national des activités privées de sécurité.
Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président,
M. Parisien, premier conseiller,
M. Mouret, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.
Le rapporteur,
P. PARISIEN
Le président,
P. PERETTI
Le greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
ez ici]
N°2202948
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