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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2202998

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2202998

mercredi 16 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2202998
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantHAMZA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 05 octobre 2022 et un mémoire reçu le 14 novembre 2022, Mme B C, représentée par Me Hamza, demande au tribunal :

- son admission à l'aide juridictionnelle,

- l'annulation de l'arrêté n° 2022-30-160-BCE pris par la préfète du Gard le 15 septembre 2022 qui l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixe son pays de renvoi ;

- la mise à la charge de l'État d'une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

Elle soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'un défaut d'examen particulier ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision est prise en violation de l'article 8 de la CESDH ;

- la décision est prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision sera annulée par voie d'exception ;

- la décision méconnaît l'article 3 de la Convention européenne et l'article L. 721-4 du CESEDA ;

- la décision méconnaît l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire enregistré le 10 novembre 2022 la préfète du Gard conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme C a obtenu le bénéfice e l'aide juridictionnelle totale par décision du 25 octobre 2022 du Bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 novembre 2022 :

- le rapport de M. E,

- les observations de Me Hamza, pour Mme C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

1. Mme B C, ressortissante nigériane née le 25 mars 1995 à Ogun State (Nigeria) a présenté une demande d'asile le 19 décembre 2020, dont elle a été déboutée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) en date du 29 janvier 2021, confirmée par une décision du 8 juin 2022 de la Cour nationale du droit d'asile. Elle demande l'annulation, de l'arrêté du 15 septembre 2022 par lequel la préfète du Gard l'oblige à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixe son pays de renvoi.

2. L'arrêté attaqué a été signé pour la préfète du Gard par Mme D F, directrice par intérim des migrations et de l'intégration de la préfecture du Gard. Par arrêté du 8 mars 2021, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture du Gard, la préfète de ce département a donné délégation à Mme D F à l'effet de signer, notamment, les arrêtés relatifs à la police des étrangers. Par suite le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des actes attaqués doit être écarté.

3. L'arrêté contesté comporte, dans ses visas et motifs, les considérations de droit et de fait sur lesquelles se fonde le préfet, et qui permettent de vérifier que l'administration préfectorale a procédé à un examen réel et sérieux de la situation particulière de la requérante au regard des stipulations et dispositions législatives et réglementaires applicables, en particulier en examinant les conséquences de ses décisions sur la situation personnelle de Mme C, laquelle n'avait pas informé l'autorité administrative de la naissance de son enfant, et ne démontrant pas être exposée à des peines ou à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour au Nigeria.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

4. La mesure d'éloignement a été prise sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux termes duquel : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; ". et aux termes de l'alinéa 2 de l'article L. 532-1 " Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". En l'espèce Mme C, dont le refus de demande d'asile a été jugé légal par la Cour nationale du droit d'asile, n'avait plus droit au maintien sur le territoire français à compter du 8 juin 2022, date de lecture de la décision la concernant.

5. Mme C soutient toutefois qu'elle a à nouveau droit au maintien en raison de la naissance à Bagnols-sur-Cèze le 27 juillet 2021 de l'enfant A C, pour laquelle a été déposée une demande d'asile, dont l'attestation a été délivrée par le préfet de l'Hérault le 23 mai 2022. Toutefois, l'enfant étant née postérieurement à l'enregistrement de la demande d'asile le 19 décembre 2020, Mme C était tenue, tant que la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ne s'était pas prononcée, d'informer cette juridiction de cette naissance. En l'espèce Mme C, auditionnée le 18 mai 2022 par la cour, n'a à aucun moment informé la CNDA de cette naissance. Il résulte de ce défaut d'information que la décision du 8 juin 2022 de la CNDA doit être réputée rendue à l'égard de l'enfant A, et que la demande présentée au nom de l'enfant, le 23 mai 2022 et reçue le 15 juin 2022 par l'OFPRA, soit postérieurement au rejet définitif de la demande de Mme B C, constitue une demande de réexamen au sens de l'article L. 531-41 du CESEDA.

6. Aux termes de l'article L. 531-24 du même code " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants :2° Le demandeur a présenté une demande de réexamen qui n'est pas irrecevable ; " et aux termes de l'article L. 542-2 " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes :d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 () ". La demande concernant l'enfant A ayant été rejetée le 14 septembre 2022 sur le fondement de l'article L. 531-24 2°, Mme B C n'avait plus droit au maintien à la date du 15 septembre 2022, date à laquelle a été prise légalement la décision décidant son éloignement.

7. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Mme C est entrée en France il y a deux ans avec son compagnon, dont elle s'est séparée depuis. Elle n'a résidé régulièrement en France que sous couvert d'une demande d'asile, dont elle a été déboutée. Elle n'avait pas dès lors vocation à demeurer sur le territoire français, alors même qu'elle a donné naissance à une enfant née le 27 juin 2021. La requérante, qui a la garde de son enfant, laquelle fait l'objet d'un suivi éducatif judiciaire en France, ne justifie pas ne pas pouvoir poursuivre sa vie familiale avec son enfant dans son pays d'origine et n'est pas fondée à soutenir que la décision qu'elle conteste porte une atteinte excessive au droit qu'elle tient des stipulations sus rappelées de mener une vie privée et familiale. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas davantage fondée à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

9. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Il est constant que l'enfant A n'a plus de relations avec son père, et Mme C, qui a la garde de son enfant, a toute latitude pour emmener son enfant avec elle, sa vie familiale pouvant aisément se reconstituer au Nigeria. Dans cette situation la décision d'éloignement ne peut être regardée comme portant une atteinte à l'intérêt supérieur de cet enfant et le moyen tiré de la violation des stipulations précitées ne peut être qu'écarté.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

10. Le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de Mme C ne peut qu'être écartés en l'absence d'illégalité entachant cette mesure.

11. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants " et aux termes du dernier alinéa de l'article L .721-4 du même code " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Ces textes font obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de renvoi d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement un État pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé s'y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne soit du fait des autorités de cet État, soit même du fait de personnes ou groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'État de renvoi ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée. En l'espèce la situation de Mme C et celle de sa fille A ont été examinées très récemment par l'OFPRA et, dans le cas de la mère, également par la CNDA, et la requérante ne justifie en l'instance, pour elle et sa fille A, d'aucun risque personnel en cas de retour au Nigeria. Le moyen tiré de la violation de ces stipulations et dispositions ne peut être qu'écarté.

12. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la présence de l'enfant au Nigeria, avec sa mère qui en a la garde, porterait atteinte à son intérêt supérieur. Le moyen tiré de la violation de l'article 3-1 précité de la Convention internationale des droits de l'enfant ne peut être qu'écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B C ne peut être que rejetée, y compris sa demande présentée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à la préfète du Gard et à Me Hamza.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

F. E

La greffière,

M-E KREMER

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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