vendredi 6 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2203004 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 octobre 2022, M. A B, représenté par Me Floutier, demande au tribunal :
- l'annulation de l'arrêté n°30-2022-251-01 du 8 septembre 2022 par lequel la préfète du Gard a ordonné la remise de ses armes, munitions et leurs éléments, et décidé de lui interdire d'en acquérir ou d'en détenir,
- d'enjoindre la restitution de ses armes, munitions et accessoires conservés ainsi que de son permis de chasse valide, de même que l'effacement de son enregistrement dans le fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes,
- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure tiré de l'insuffisance de sa motivation ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ; en effet, il conteste la réalité d'un état psychologique prétendument dangereux.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2023, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la requête est infondée dans les moyens qu'elle soulève.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C Parisien ;
- les conclusions de M. Baccati, rapporteur public ;
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 8 septembre 2022, la préfète du Gard a ordonné à M. B la remise de ses armes, munitions et leurs éléments, et décidé de lui interdire d'en acquérir ou d'en détenir et lui a enjoint la restitution de ses armes, munitions et accessoires conservés ainsi que de son permis de chasse valide. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation
2. Aux termes de l'article L. 312-7 du code de la sécurité intérieure : " Si le comportement ou l'état de santé d'une personne détentrice d'armes et de munitions présente un danger grave pour elle-même ou pour autrui, le représentant de l'Etat dans le département peut lui ordonner, sans formalité préalable ni procédure contradictoire, de les remettre à l'autorité administrative, quelle que soit leur catégorie ", et de l'article R. 312-67 du même code : " Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : () 3° Il résulte de l'enquête diligentée par le préfet que le comportement du demandeur ou du déclarant est incompatible avec la détention d'une arme () ". Aux termes de l'article L. 312-16 du code de la sécurité intérieure : " Un fichier national automatisé nominatif recense : / 1° Les personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments en application des articles L. 312-10 et L. 312-13 ; / 2° Les personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C en application de l'article L. 312-3 ; () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 423-15 du code de l'environnement : " Ne peuvent obtenir la validation de leur permis de chasser : () / 9° Ceux qui sont inscrits au fichier national automatisé nominatif des personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes visé à l'article L. 312-16 du code de la sécurité intérieure () ". Aux termes de l'article R. 423-24 du même code : " Lorsque le préfet est informé du fait que le titulaire d'un permis de chasser revêtu de la validation annuelle ou temporaire se trouve dans l'un des cas prévus à l'article L. 423-15 ou à l'article L. 423-25, il procède au retrait de la validation. / Lorsque le préfet retire la validation du permis de chasser, le titulaire doit lui remettre son document de validation. / Le droit de timbre, les redevances cynégétiques, les cotisations, les contributions et les participations acquittés ne sont pas remboursés. ".
3. Pour prendre l'arrêté contesté, la préfète du Gard s'est fondée sur la circonstance que M. B s'est signalé pour des faits et un comportement laissant objectivement craindre une utilisation des armes dangereuse pour lui-même ou pour autrui et s'avérant donc incompatible avec leur acquisition et leur détention. La préfète du Gard fait notamment valoir que l'épouse de M. B a porté plainte contre lui le 29 août 2022 pour des menaces qu'il aurait proférées à son encontre, ces menaces intervenant dans le cadre de la procédure de divorce les concernant. Elle relève en outre que lors de la perquisition effectuée au domicile de M. B, les gendarmes ont découvert une carabine de chasse dans le salon qui n'était pas rangée dans le coffre-fort pour fusils dont il disposait par ailleurs. Au cours de son audition et de la perquisition de son domicile à la suite de cette plainte, les gendarmes ont rapporté que " M. B présente un comportement et tient des propos quelque peu troublants, faisant allusion à des missions qu'il a effectué avec l'armée en tant que médecin, à l'origine d'un choc post-traumatique pour lequel il serait suivi ". Enfin, l'épouse de M. B a remis une copie de plusieurs textos de M. B comportant des messages incohérents.
4. Toutefois, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que M. B, qui pratique le tir sportif depuis une vingtaine d'années, se serait livré à des violences avérées, aurait menacé quiconque ou aurait déjà sorti son arme à l'occasion d'une altercation. Ainsi, lors de l'enquête menée suite à la plainte déposée par l'épouse de l'intéressé, les gendarmes ont conclu leur rapport en estimant " nous ne pouvons pas affirmer qu'il peut être dangereux pour lui-même ou pour autrui ". La procédure initiée par sa femme pour " menaces " a d'ailleurs été classée sans suite faute d'infraction caractérisée. M. B verse aux débats des attestations nombreuses et variées, provenant de patients, de co-pratiquants du tir sportif, de personnes fréquentées dans un cadre associatif, et du maire de sa commune, témoignant notamment de son égalité d'humeur, de son altruisme et de son comportement irréprochable, ainsi que de son attachement au strict respect des règles de sécurité dans le maniement des armes. De même, aucune pièce du dossier ne vient établir un lien entre le burn-out pour lequel il est suivi et les faits reprochés. Ainsi, les incidents précités, bien que regrettables, ne suffisent pas, en l'absence d'antécédents de violence, d'agression ou de menace de la part de leur auteur, à établir que le comportement de l'intéressé présentait à la date de l'arrêté attaqué, un danger grave pour lui-même et pour autrui et était incompatible avec la détention d'une arme. Par suite, M. B est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 8 septembre 2022 du préfet du Gard doit être annulé.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
6. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement, sous réserve de l'absence de changement dans les circonstances de fait et de droit, d'enjoindre au préfet du Gard de restituer à M. B les armes légalement déclarées remises aux services de police, de lui restituer son permis de chasse et de faire procéder à sa radiation du fichier FINIADA dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu en revanche d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais du litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat le versement au requérant d'une somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet du Gard du 8 septembre 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Gard de restituer à M. B les armes légalement déclarées remises aux services de police, de lui restituer son permis de chasse et de faire procéder à sa radiation du fichier FINIADA, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 200 (mille deux cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au préfet du Gard.
Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président,
M. Parisien, premier conseiller,
M. Mouret, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.
Le rapporteur,
P. PARISIEN Le président,
P. PERETTI
Le greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
ez ici]
N°2203004
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