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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2203009

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2203009

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2203009
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes a rejeté la requête de la SAS Marchands de biens Victor 1-3, qui contestait une mise en demeure de payer 113 970 euros au titre de la TVA et de l'impôt sur les sociétés pour 2017-2019. La juridiction a jugé la requête irrecevable, faute pour la société d'avoir formé une réclamation contentieuse préalable obligatoire auprès du directeur départemental des finances publiques, conformément aux articles R. 281-1 et R. 281-4 du livre des procédures fiscales. Les moyens soulevés, notamment l'invocation du droit à l'erreur et la contestation de la régularité de la mise en demeure, n'ont pas été examinés au fond en raison de cette irrecevabilité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 octobre 2022 sous le n° 2203009, complétée par des mémoires enregistrés les 6 juillet et 19 septembre 2023, la SAS Marchands de biens Victor 1-3, représentée par son président M. A, demande au tribunal :

- l'annulation de la mise en demeure, émise par le directeur général des finances publiques du Gard, de payer la somme de 113 970 euros au titre de la taxe sur la valeur ajoutée et de l'impôt sur le bénéfice des sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2017 à 2019,

- la décharge de l'obligation de payer correspondante ;

- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- en ce qui concerne l'absence de réclamation préalable, elle est fondée à se prévaloir du droit à l'erreur prévu aux articles L. 123-1 et L.123-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle conteste la régularité de la mise en demeure, faute d'une part de justification de la délégation permettant à l'agent d'avoir signé l'acte et, d'autre part, pour défaut de motivation concernant la somme réclamée ;

- elle conteste le bien-fondé des impositions mises à sa charge, dès lors que l'administration a insuffisamment motivé sa décision de ne pas tenir compte du rapport d'un expert judiciaire qu'elle produit à l'appui de sa requête ; il résulte en effet d'une correspondance de l'expert judiciaire qu'elle a appliqué le taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée en toute bonne foi.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 janvier 2023, le directeur départemental des finances publiques du Gard conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est irrecevable en l'absence de réclamation contentieuse préalable obligatoire, et en l'absence de décision explicite ou implicite de l'administration à soumettre à l'avis du tribunal et que pour le surplus, elle est infondée dans les moyens qu'elle soulève.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 avril 2023, complété par des mémoires enregistrés les 18 août et 15 novembre 2023, le directeur du contrôle fiscal Sud-Pyrénées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est irrecevable en l'absence de réclamation contentieuse préalable obligatoire et que pour le surplus, elle est infondée dans les moyens qu'elle soulève.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B Parisien ;

- les conclusions de M. Baccati, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Marchands de biens Victor 1-3 a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur l'ensemble de ses déclarations fiscales ou opérations susceptibles d'être examinées pour la période du 1er janvier 2017 au 31 août 2020. À l'issue du contrôle, le service vérificateur lui a notifié des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre des années 2017 et 2018, ainsi que des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre de la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2019. Les impositions ont été mises à la charge de la société par un avis de mise en recouvrement du 15 juin 2022. L'exigibilité des sommes dues par la société étant immédiate, et en l'absence de paiement, le service chargé du recouvrement lui a adressé une mise en demeure de payer du 30 juin 2022, par laquelle il lui a réclamé le paiement de la somme de 113 970 euros. La SAS Marchands de biens Victor 1-3 demande au tribunal la décharge de l'obligation de payer les sommes correspondantes. Elle doit également être regardée comme demandant la décharge des cotisations et des rappels mentionnés sur la mise en demeure litigieuse.

Sur les conclusions tendant à la décharge de l'obligation de payer :

2. Aux termes de l'article R. 281-1 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement prévues par l'article L. 281 peuvent être formulées par le redevable lui-même ou la personne tenue solidairement ou conjointement. / Elles font l'objet d'une demande qui doit être adressée, appuyée de toutes les justifications utiles, au chef de service compétent suivant : a) Le directeur départemental ou régional des finances publiques du département dans lequel a été prise la décision d'engager la poursuite ou le responsable du service à compétence nationale si le recouvrement incombe à un comptable de la direction générale des finances publiques () ". Aux termes de l'article R. 281-4 du même livre : " Le chef de service ou l'ordonnateur mentionné au deuxième alinéa de l'article L. 281 se prononce dans un délai de deux mois à partir du dépôt de la demande, dont il doit accuser réception () / Si aucune décision n'a été prise dans ce délai ou si la décision rendue ne lui donne pas satisfaction, le redevable ou la personne tenue solidairement ou conjointement doit, à peine de forclusion, porter l'affaire devant le juge compétent tel qu'il est défini à l'article L. 281. Il dispose pour cela de deux mois à partir : a) soit de la notification de la décision du chef de service ou de l'ordonnateur mentionné au deuxième alinéa de l'article L. 281 ; b) soit de l'expiration du délai de deux mois accordé au chef de service ou à l'ordonnateur mentionné au deuxième alinéa de l'article L. 281 pour prendre sa décision / La procédure ne peut, à peine d'irrecevabilité, être engagée avant ces dates ".

3. Il résulte de l'instruction que la SAS Marchands de biens Victor 1-3 demande au tribunal la décharge de l'obligation de payer les sommes procédant de la mise en demeure de payer du 30 juin 2022, par laquelle le service chargé du recouvrement lui réclame le paiement de la somme de 113 970 euros sans avoir, au préalable, saisi l'administration d'une contestation. La mise en demeure contestée comporte la mention de l'existence et du caractère obligatoire, à peine d'irrecevabilité d'un éventuel recours juridictionnel, de cette réclamation préalable, ainsi que les délais dans lesquels le contribuable doit la présenter à l'administration. Par application des dispositions précitées, les conclusions présentées à fin de décharge de l'obligation de payer ne sont, dès lors, pas recevables et ne peuvent être que rejetées.

4. Aux termes de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué. () ".

5. Si la SAS Marchands de biens Victor 1-3 a entendu se prévaloir du droit à l'erreur institué par les dispositions précitées de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration, elle ne peut toutefois utilement les invoquer, dès lors que l'administration ne lui a infligé aucune sanction.

Sur les conclusions tendant à la décharge

6. Aux termes de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales : " Les réclamations relatives aux impôts, contributions, droits, taxes, redevances, soultes et pénalités de toute nature, établis ou recouvrés par les agents de l'administration, relèvent de la juridiction contentieuse lorsqu'elles tendent à obtenir soit la réparation d'erreurs commises dans l'assiette ou le calcul des impositions, soit le bénéfice d'un droit résultant d'une disposition législative ou réglementaire () ". Aux termes de l'article R. 199-1 du même livre : " L'action doit être introduite devant le tribunal compétent dans le délai de deux mois à partir du jour de la réception de l'avis par lequel l'administration notifie au contribuable la décision prise sur la réclamation, que cette notification soit faite avant ou après l'expiration du délai de six mois, prévu à l'article R. 198-10. Toutefois, le contribuable qui n'a pas reçu la décision de l'administration dans un délai de six mois mentionné au premier alinéa peut saisir le tribunal dès l'expiration de ce délai. () ".

7. Dans la présente affaire, il est constant que la société n'a introduit aucune réclamation contentieuse depuis la notification de l'avis de mise en recouvrement le 24 juin 2022. Par conséquent, ses conclusions sont irrecevables, étant observé que pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, elle n'est pas fondée à se prévaloir du droit à l'erreur institué par les dispositions précitées de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la SAS Marchands de biens Victor 1-3 tendant à la décharge et à la décharge de l'obligation de payer la somme de 113 970 euros au titre de la taxe sur la valeur ajoutée et de l'impôt sur le bénéfice des sociétés doivent être rejetées.

9. Les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par la SAS Marchands de biens Victor 1-3, partie perdante, ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Marchands de biens Victor 1-3 est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Marchands de biens Victor 1-3, au directeur départemental des finances publiques du Gard et au directeur du contrôle fiscal Sud-Pyrénées.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Mouret, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

Le rapporteur,

P. PARISIEN

Le président,

P. PERETTI

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

ez ici]

N°2203009

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