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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2203013

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2203013

mardi 11 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2203013
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantHAMZA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 octobre 2022, M. H A D, représenté par Me Hamza, avocate désignée par le bâtonnier, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 18 août 2022 par lesquelles le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et prononcé une interdiction de retour de trois ans ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée de vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de l'interdiction de retour :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est privée de base légale par suite de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

Par un mémoire en défense enregistré le 10 octobre 2022, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme Achour, première conseillère.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les observations de Me Hamza, représentant M. A D, qui reprend les moyens développés dans la requête, rectifie les éléments relatifs à sa situation familiale et soutient, en outre, que l'interdiction de retour est entachée d'une erreur de fait quant à la manifestation de son refus de quitter la France,

- le préfet du Var n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant marocain né le 18 avril 1997, demande l'annulation des décisions du 18 août 2022 par lesquelles le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour de trois ans.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai :

2. Par un arrêté n° 2022/17/MCI du 28 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de l'Etat dans ce département n°103 du même jour, le préfet du Var a donné délégation à M. Lucien Giudicelli, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, requêtes juridictionnelles, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département du Var, à l'exception de certaines matières au nombre desquelles ne figurent pas les décisions attaquées, et en cas d'absence ou d'empêchement de M. E G, à Mme C F, sous-préfète chargée de mission auprès du préfet du Var. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. E G n'aurait pas été absent ou empêché. Le moyen tiré du vice d'incompétence doit, dès lors, être écarté.

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Si M. A D soutient, rectifiant à l'audience les éléments mentionnés dans sa requête, être entré en France en 2017, être le père d'une enfant de trois ans de nationalité espagnole résidant en Espagne qu'il voit régulièrement, et résider lui-même en France auprès de sa compagne, enceinte de sept mois, il ne produit aucun justificatif de la situation familiale alléguée. Il ressort, en revanche, des pièces du dossier et n'est pas contesté que M. A D se maintient irrégulièrement en France en dépit d'une précédente mesure d'éloignement et qu'il a fait l'objet d'un emprisonnement délictuel de huit mois par mandat de dépôt en comparution immédiate du 1er avril 2022 pour des faits de non-présentation périodique aux services de police ou de gendarmerie par un étranger assigné à résidence et de vol aggravé. Le requérant, qui ne démontre aucune intégration sociale et professionnelle en France, n'établit pas être isolé dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

5. En premier lieu, l'arrêté en litige fait mention des motifs utiles de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que cette mesure serait insuffisamment motivée.

6. En deuxième lieu, le requérant soutient à l'audience que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de fait en ce qu'il n'aurait jamais déclaré ne pas envisager un retour dans son pays d'origine. Cependant, ce motif est en tout état de cause surabondant. Le préfet a également retenu que le requérant, en séjour irrégulier malgré une précédente mesure d'éloignement, qui n'a entrepris aucune démarche pour obtenir un titre de séjour et ne justifie pas de liens familiaux intenses en France, ni d'un isolement dans son pays d'origine, représente une menace pour l'ordre public au regard des faits de vol pour lesquels il a été signalé en septembre 2019, septembre 2020 et avril 2022. De tels motifs suffisaient, à eux seuls, à fonder l'interdiction de retour de trois ans dont le préfet a assorti la mesure d'éloignement en application de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'erreur de fait doit, dès lors, être écarté.

7. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 2 à 4, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire prise à l'encontre de M. A D ne peut qu'être écarté en l'absence d'illégalité entachant cette décision.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A D n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions qu'il conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions en excès de pouvoir doivent être rejetées, de même que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. H A D, au préfet du Var et à Me Hamza.

Lu en audience publique le 11 octobre 2022.

La magistrate désignée,

P. B

La greffière,

E. PAQUIER

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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