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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2203099

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2203099

mardi 4 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2203099
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL FAVRE DE THIERRENS BARNOUIN VRIGNAUD MAZARS DRIMARACCI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 octobre 2022, Mme D C et M. A B, représentés par la SELARL Favre De Thierrens-Barnouin-Vrignaud-Mazars-Drimaracci, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 août 2022 par lequel le maire de Moussac s'est opposé à la déclaration préalable qu'ils ont déposée en vue de l'installation sur pilotis d'un abri de jardin au sein d'un hangar existant ;

2°) d'enjoindre au maire de Moussac, au cas où l'existence d'une décision tacite de non opposition ne serait pas reconnue, de lui délivrer un certificat de non-opposition à déclaration préalable, dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande dans les mêmes conditions ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Moussac la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision par laquelle le délai d'instruction de leur demande a été majoré repose sur un motif illégal ;

- ils sont devenus titulaires d'une décision tacite de non-opposition à déclaration à l'issue du délai d'instruction de droit commun et l'arrêté contesté, qui procède au retrait de cette décision tacite, n'a pas été précédé de la procédure contradictoire requise ;

- les dispositions du plan de prévention des risques inondation (PPRI) ne sont pas applicables au projet litigieux ;

- le projet qui ne présent aucun risque pour les personnes et les biens, n'est pas contraire à l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- le projet ne méconnait pas les dispositions de l'article Uc1 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de Moussac.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 janvier 2023, la commune de Moussac, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- le projet litigieux se trouve en zone inondable et présente un risque pour les personnes et les biens au sens de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- la décision de non opposition pouvait légalement être fondée sur l'incompatibilité du projet avec les dispositions de l'article Uc 11 du règlement du plan local d'urbanisme concernant l'aspect extérieur des constructions et aménagement des abords.

Par ordonnance du 11 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 11 mars 2024.

Un mémoire, non communiqué, a été présenté par la commune de Moussac, représentée par la SCP CGCB et Associés, le 13 mai 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le plan local d'urbanisme de la commune de Moussac ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hoenen,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- et les observations de Me Vrignaud, représentant les requérants, et de Me Péchon, représentant la commune de Moussac.

Considérant ce qui suit :

1. Le 3 mai 2022, Mme C et M. B ont déposé auprès des services de la commune de Moussac une déclaration préalable de travaux portant sur la pose sur pilotis d'un chalet devant servir d'abri de jardin au sein d'un hangar préexistant sur un terrain situé 5A, route de la Corniche, se trouvant dans le périmètre de la protection instituée au titre des monuments historiques. L'architecte des bâtiments de France consulté dans le cadre de l'instruction de cette déclaration a émis un avis favorable au projet, le 16 mai 2022. Par arrêté du 8 août 2022, le maire de cette commune s'est opposé à cette déclaration préalable de travaux. Mme C et M. B demandent au tribunal de prononcer l'annulation cet arrêté.

Sur les conclusions à fins d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne la portée de l'arrêté en litige :

2. D'une part, l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme prévoit : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur () la déclaration préalable () ". Aux termes de l'article R. 424-1 du même code : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction (), le silence gardé par l'autorité compétente vaut () : / a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable ". Aux termes de l'article R. 423-19 ce code : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet. " Selon l'article R. 423-23 de ce code : " Le délai d'instruction de droit commun est de : a) Un mois pour les déclarations préalables () ". Enfin, l'article R. 423-24 du code de l'urbanisme dispose que : " Le délai d'instruction de droit commun prévu par l'article R. 423-23 est majoré d'un mois : () c) Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'à l'expiration du délai d'instruction tel qu'il résulte de l'application des dispositions du chapitre III du titre II du livre IV du code de l'urbanisme relatives à l'instruction des déclarations préalables, des demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir, naît une décision de non-opposition à déclaration préalable ou un permis tacite. En application de ces dispositions, le délai d'instruction n'est ni interrompu, ni modifié par une demande, illégale, tendant à compléter le dossier par une pièce qui n'est pas exigée en application du livre IV de la partie réglementaire du code de l'urbanisme. Dans ce cas, une décision de non-opposition à déclaration préalable ou un permis tacite naît à l'expiration du délai d'instruction, sans qu'une telle demande puisse y faire obstacle.

4. Il est constant, que les requérants ont déclaré les travaux en litige le 3 mai 2022 et que, par courrier du 24 mai 2022, soit moins d'un mois suivant le dépôt de la déclaration préalable, le service instructeur leur a demandé des pièces complémentaires portant sur la production d'une photographie dans l'environnement proche et dans l'environnement lointain ainsi que de compléter le formulaire Cerfa en indiquant la surface de plancher créée par le projet. La demande de pièces complémentaires, dont les requérants ne contestent pas la régularité, a modifié le délai d'instruction de la déclaration préalable, qui a ainsi commencé à courir à compter de la transmission des pièces sollicitées le 15 juin 2022. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet est situé à moins de 500 mètres du temple inscrit à l'inventaire des monuments historiques le 10 août 1977 mais également de la tour seigneuriale inscrite à l'inventaire des monuments historiques le 8 janvier 2007. En application de l'article R. 423-24 du code de l'urbanisme cité au point 2, dont a fait application le maire, le projet nécessitait l'accord de l'architecte des Bâtiments de France et le délai d'instruction du dossier devait en conséquence être porté à deux mois. La circonstance que l'architecte des bâtiments de France a estimé, dans l'avis qu'il a rendu le 16 mai 2022, que le projet n'était pas situé dans le champ de visibilité de ces deux monuments est sans incidence sur la légalité de la modification du délai d'instruction de la déclaration préalable litigieuse. Dans ces conditions, le délai d'instruction de la demande des requérants expirait au 15 août 2022. Ainsi, les requérants ne sont donc pas fondés à soutenir qu'ils auraient été titulaires, dès l'expiration, le 15 juillet 2022, du délai de droit commun d'un mois suivant le dépôt de leur déclaration, d'une décision tacite de non-opposition que l'arrêté du 8 août 2022 aurait illégalement retirée.

En ce qui concerne la légalité de la décision attaquée :

5. Aux termes de l'article article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". Aux termes de l'article 2 du point 2.1.1.1 du règlement de la zone FU (aléa fort) du PPRI applicable sur le territoire de la commune : " Sont autorisés, les travaux, constructions, ouvrages, installations, ou activités non cités ci-dessus, sous réserve du respect obligatoire des prescriptions suivantes :/ les extensions des bâtiments d'habitation existants jusqu'à 20 m² d'emprise supplémentaire () / - les locaux annexes tels que garages, appentis, abris piscines sous réserve que leur emprise au sol soit inférieure à 20 m² ".

6. Il ressort des pièces du dossier que le terrain du projet en litige se trouve en zone F-U " zone urbanisée inondable par un aléa fort " du plan de prévention des risques inondations (PPRI) du Gardon Amont. Dans cette zone affectée par un aléa fort d'inondation, le PPRI autorise la construction de locaux annexes ou une extension du bâtiment d'habitation sous réserve que l'emprise au sol soit inférieure à 20 mètres carrés. Il ressort des pièces du dossier que le projet en litige vise à l'installation d'un chalet, d'une surface de 17,49 mètres carrés devant permettre de stocker du matériel. Si la commune de Moussac fait valoir que la construction projetée permettrait en réalité l'installation d'une pièce habitable, elle n'en justifie pas et une telle utilisation ne ressort pas davantage des pièces du dossier. Par suite, en s'opposant à la déclaration préalable en cause au motif qu'elle méconnaissait les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, le maire a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

Sur la substitution de motif invoquée en défense :

7. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

8. La commune de Moussac fait valoir en défense que le projet méconnaît les dispositions de l'article Uc 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune. Or en se bornant uniquement à citer l'article Uc 11 le maire n'assortit pas sa demande des précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. La substitution de motif demandée doit, dès lors, être écartée.

9. Il résulte de ce qui précède que les requérants sont fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 8 août 2022 par lequel le maire de Moussac s'est opposé à la déclaration préalable qu'ils ont déposée en vue de l'installation sur pilotis d'un abri de jardin au sein d'un hangar existant.

10. Aux termes de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme ou en ordonne la suspension, la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation ou la suspension, en l'état du dossier ". Aucun autre moyen n'est de nature, en l'état de l'instruction, à conduire à l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

11. Le présent jugement, qui prononce l'annulation de l'arrêté litigieux, implique seulement qu'il soit enjoint au maire de Moussac de réexaminer la déclaration préalable déposée par les requérants dans un délai de deux mois suivant sa notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Moussac la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de Moussac en date du 8 août 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Moussac de procéder à un nouvel examen de la déclaration préalable de travaux déposée par les requérants dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C, première dénommée dans la requête, et la commune de Moussac.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Boyer, présidente,

M. Mouret, premier conseiller,

Mme Hoenen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2024.

La rapporteure,

A-S. HOENEN

La présidente,

C. BOYERLa greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

2

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