jeudi 1 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2203114 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | VENEZIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 septembre 2022 au tribunal administratif de Marseille et transmise par ce tribunal au tribunal administratif de Nîmes où elle a été reçue 17 octobre 2022, M. A C, représenté par Me Venezia, demande au tribunal:
- l'annulation de l'arrêté n°22132533M du 1er septembre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'oblige à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et lui interdit d'y retourner pour une durée d'un an et fixe son pays de renvoi ;
- la mise à la charge de l'Etat d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'obligation de quitter le territoire :
- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;
- la motivation est insuffisante ;
- la décision est prise en violation des dispositions de l'article L. 611-3 du CESEDA ;
- la décision est prise en violation des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il est venu en France pour rejoindre son oncle malade, a déposé une demande de titre de séjour dont ne fait pas état le préfet, il travaille et il est investi auprès de l'association Emmaüs, il justifie d'un logement et il est parfaitement inséré :
Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- la décision est prise en violation de l'article L. 612-2 et L. 612-3 du CESEDA ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
-la motivation est insuffisante ;
- elle est prise en violation de l'article 3 de la CEDH ;
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;
- la décision n'est pas motivée au regard de l'article L. 613-2 du CESEDA ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision viole les stipulations des article 3 et 8 de la CEDH.
Par un mémoire enregistré le 26 octobre 2022 le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 novembre 2022 :
- le rapport de M. B,
- les observations de Me Venezia pour M. C.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
1. M. A C, né le 28 juin 1983 à Blida (Algérie), ressortissant algérien, demande l'annulation de l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône en date du 1er septembre 2022, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduite d'office et prononçant une interdiction de retourner sur le territoire français d'une durée d'un an. L'intéressé a été interpellé au cours d'un contrôle d'identité et n'a pas pu justifier de la régularité de son séjour. M. C était entré en France le 16 décembre 2017 muni d'un visa de dix jours, dans l'intention selon lui de venir aider un oncle gravement malade.
2. L'arrêté contesté est signé par Mme E D, adjointe au chef du bureau de l'éloignement du contentieux et de l'asile à la direction des migrations, de l'intégration et de la nationalité de la préfecture des Bouches-du-Rhône, qui bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature accordée par arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 31 août 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 1er septembre 2021. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit, dès lors, être écarté.
3. L'arrêté contesté comporte, dans ses visas et motifs, les considérations de droit et de fait sur lesquelles se fonde le préfet, et qui permettent de vérifier que l'administration préfectorale a procédé à un examen réel et sérieux de la situation particulière du requérant au regard des stipulations et dispositions législatives et réglementaires applicables, en particulier en examinant les conditions de son entrée et de son maintien sur le territoire français.
Sur l'obligation de quitter le territoire :
4. La mesure d'éloignement a été prise sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux termes duquel : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; ". Le préfet des Bouches-du-Rhône était légalement fondé à faire application de ces dispositions dans le cas de M. C, entré en France sous couvert d'un visa et s'étant à l'expiration de ce document, maintenu sur le territoire sans titre de séjour.
5. Le requérant soutient que la décision d'éloignement est contraire à l'article L. 611-3 du même code, qui donne la liste des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire. Toutefois, en faisant valoir qu'il travaille depuis son entrée sur le territoire sous couvert de contrats de travail, qu'il est actuellement en CDI, qu'il justifie d'un logement et paie ses impôts le requérant ne justifie pas entrer dans l'un des cas prévus par cet article.
6. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Le moyen tiré de la violation de ces stipulations est inopérant à l'encontre de la mesure d'éloignement et ne peut être qu'écarté.
7. Aux termes de l'article 8 de de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. Si M. C est présent depuis cinq années en France, il ne justifie d'aucune vie familiale à laquelle la mesure d'éloignement porterait une atteinte. S'agissant de sa vie privée, il convient de retenir que l'insertion dont il se prévaut n'a été rendue possible qu'en raison d'un maintien irrégulier sur le territoire, et de contrats de travail dont il n'aurait pas dû bénéficier, et cette situation n'est dès lors pas opposable à l'administration. Le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention ne peut être qu'écarté.
Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :
8. Aux termes de l'article L. 612-2 du même code " ()l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " et aux termes de l'article L. 612-3 " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; ". Si M. C soutient avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour il n'en justifie pas par la pièce produite n° 12. Le moyen tiré de la violation des dispositions précitées ne peut être qu'écarté. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait commis une erreur d'appréciation en prenant la décision de refuser un délai de départ volontaire, du fait que l'intéressé travaille, est investi dans une association et loue un logement à Sorgues.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
9. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. C ne peut exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination.
10. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ". Le requérant ne justifie d'aucun risque personnel en cas de retour en Algérie. Le moyen tiré de la violation de ces stipulations ne peut être qu'écarté.
11. Le requérant ne justifie pas en quoi un retour en Algérie porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne.
Sur la décision portant interdiction de retour :
12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire en se bornant à faire valoir qu'il s'occupe d'un oncle malade. Le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation dans la décision faisant application de cet article ne peut être qu'écarté.
13. Le requérant ne justifie pas en quoi le fait de ne pas pouvoir retourner sur le territoire français durant une année constituerait une violation des stipulations des article 3 et 8 de la convention européenne.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris la demande présentée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1erer : La requête de M. A C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet des Bouches-du-Rhône et à Me Venezia.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2022.
Le magistrat désigné,
F. B
La greffière,
E. PAQUIER
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2203114
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026