jeudi 27 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2203162 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | LAURENT-NEYRAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 octobre 2022, M. E A, représenté par Me Laurent-Neyrat, demande au tribunal :
1) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;
2) d'annuler les décisions du 19 octobre 2022 par lesquelles la préfète de Vaucluse lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de trois ans et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;
3) d'enjoindre à l'administration de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de L. 761-1 du code de justice administrative, dans l'éventualité d'un refus de l'aide juridictionnelle sollicitée.
Il soutient que :
- les décisions sont entachées d'incompétence ; elles sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'une erreur de fait, d'une erreur de droit, et d'une erreur manifeste d'appréciation ; elles portent une atteinte disproportionnée au respect de son droit à la vie privée et familiale dans la mesure où il est intégré, occupe un emploi et vit en concubinage ; il ne constitue pas une menace pour l'ordre public.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2022, la préfète de Vaucluse conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 100 euros soit mise à la charge du requérant sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme B ;
-et les observations de Me Laurent-Neyrat, représentant M. A, qui maintient ses conclusions et moyens qu'il précise ; il soutient en outre que la préfète n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation et qu'il n'a jamais été mis en cause pour des faits de vol en réunion mais seulement entendu, ainsi que cela ressort des pièces jointes au mémoire en défense.
-la préfète de Vaucluse n'étant ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né en 1995, demande l'annulation des décisions du 19 octobre 2022 par lesquelles la préfète de Vaucluse lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé () L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".
3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :
4. Les décisions contestées ont été signées par M. D C, sous-préfet, directeur de cabinet de la préfète de Vaucluse, qui bénéficie, en vertu d'un arrêté préfectoral du 1er septembre 2022 régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs du même jour, d'une délégation consentie à l'effet de signer les décisions attaquées. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige manque donc en fait et doit être écarté.
5. Les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de leur insuffisante motivation doit dès lors être écarté.
6. Les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur de fait ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. La mesure d'éloignement a été prise sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux termes duquel : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré () ".
8. Par ailleurs, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
9. D'une part, la préfète de Vaucluse pouvait légalement, pour le seul motif fondé sur les dispositions précitées du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, décider de prononcer à l'encontre de M. A une obligation de quitter le territoire français. Par suite, M. A ne saurait utilement soutenir qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public pour contester la légalité de cette décision.
10. D'autre part, M. A, célibataire et sans charge de famille, qui soutient être entré en France en 2017 sans en rapporter la preuve, se maintient irrégulièrement sur le territoire, a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 22 septembre 2019, assortie d'une interdiction de retour d'une durée de deux ans, et est défavorablement connu des services de police. Dans ces conditions, alors même que M. A justifierait vivre en concubinage et bénéficier d'un contrat à durée indéterminée, la préfète de Vaucluse n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle en lui faisant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
11. Aux termes de l'article 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet () ".
12. Eu égard aux motifs exposés au point 10, la préfète de Vaucluse pouvait légalement, sur le fondement du seul risque de soustraction avéré à la décision portant obligation de quitter le territoire français, refuser d'accorder à M. A un délai de départ volontaire. Par suite, M. A ne saurait utilement soutenir qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public pour contester la légalité de cette décision.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :
13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". L'article L. 612-10 du même code dispose : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
14. M. A, célibataire et sans charge de famille, se maintient en situation irrégulière sur le territoire français depuis l'année 2017, selon ses propres déclarations. Il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et est défavorablement connu des services de police pour des faits de détention de produits stupéfiants et de conduite d'un véhicule sans permis de conduire, alors même que l'infraction de vol en réunion qui lui est également reprochée ne serait pas avérée. Dans ces conditions, la décision d'interdiction de retour d'une durée de trois ans qui lui est opposée par la préfète de Vaucluse n'est pas entachée d'erreur d'appréciation, ni ne porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions qu'il conteste.
Sur les autres conclusions :
16. Les conclusions aux fins d'annulation étant rejetées, celles présentées à fin d'injonction comme celles tendant à l'application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative doivent également, en tout état de cause, être rejetées.
17. Il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par la préfète de Vaucluse, laquelle ne justifie pas avoir exposé des frais dans le cadre de la présente procédure.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, à la préfète de Vaucluse et à Me Barbara Laurent-Neyrat.
Lu en audience publique le 27 octobre 2022.
La magistrate désignée,
W. B
La greffière,
A. NOGUERO
La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°220316
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026