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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2203368

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2203368

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2203368
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 novembre 2022, Mme A D, représentée par Me Venezia, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la décision du 13 septembre 2022 par laquelle la directrice du centre de détention de Tarascon a refusé de lui délivrer un permis de visite ;

2°) d'enjoindre à la directrice du centre de détention de Tarascon de lui délivrer un permis de visite dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision et sous astreinte de 1 000 euros par jour de retour ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre à la directrice du centre de détention de Tarascon de procéder au réexamen de la demande de permis de visite dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision et sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

3°) de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire et de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

4°) de condamner la directrice du centre de détention de Tarascon aux entiers dépens.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de procédure pénale ;

- la loi pénitentiaire n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le refus de permis de visite porte une atteinte manifeste et disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale, tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle est la seule personne pouvant conduire son enfant près de son père au centre de détention ;

- cette décision est en outre manifestement illégale dès lors qu'elle n'est pas motivée en droit ;

- la condition d'urgence est remplie dès lors que le refus de permis de visite a pour conséquence de la priver, avec son fils, et pour une durée indéterminée, de tout contact avec son compagnon.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête. Il soutient que la condition d'urgence n'est pas satisfaite, et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 10 novembre 2022 à 11h00 :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Venezia et de Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 13 septembre 2022, la directrice du centre de détention de Tarascon a refusé de délivrer à Mme D un permis de visiter son compagnon, M. E B. Par la présente requête, Mme D saisit le juge des référés aux fins d'obtenir la suspension de cette décision et la délivrance d'un permis de visite.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, en raison de l'urgence et dans les circonstances de l'espèce, de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L.521-2 du code de justice administrative

4. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

5. Aux termes de l'article R. 341-5 du code pénitentiaire: " Pour les personnes condamnées, incarcérées en établissement pénitentiaire ou hospitalisées dans un établissement de santé habilité à recevoir des personnes détenues, les permis de visite sont délivrés, refusés, suspendus ou retirés par le chef de l'établissement pénitentiaire ".

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. "

7. Il résulte des dispositions citées au point 5 et 6 que les décisions tendant à restreindre, supprimer ou retirer les permis de visite relèvent du pouvoir de police des chefs d'établissements pénitentiaires. Ces décisions affectant directement le maintien des liens des détenus avec leurs proches, elles sont susceptibles de porter atteinte à leur droit au respect de leur vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il appartient en conséquence à l'autorité compétente de prendre les mesures nécessaires, adaptées et proportionnées à assurer le maintien du bon ordre et de la sécurité de l'établissement pénitentiaire ou, le cas échéant, la prévention des infractions sans porter d'atteinte excessive au droit des détenus.

8. Il résulte de l'instruction que la mesure litigieuse, qui a pour effet de priver Mme D et son enfant, pendant une durée indéterminée, de tout contact direct avec son compagnon, qui est le père de l'enfant, caractérise une situation d'urgence.

9. Pour refuser la demande de permis de visite faite par Mme D, la directrice du centre de détention de Tarascon fait référence à l'introduction par la requérante de produits stupéfiants au parloir du centre de détention du Pontet, ainsi qu'à l'incident survenu au parloir entre elle et son conjoint, et à l'occasion duquel ce dernier a tenté de lui porter des coups. Toutefois, en premier lieu, ces faits qui ont eu lieu, pour le premier, au début de l'année 2021 et, pour le second, le 4 décembre 2021, sont anciens, et ont déjà motivé une suspension puis une suppression du permis de visite de Mme D le 13 décembre 2021. En deuxième lieu, Mme D s'est déjà vu opposer un refus de permis de visite par la directrice du centre de détention de Tarascon le 30 mai 2022. En troisième et dernier lieu, il n'est pas contesté en défense que les trois visites exceptionnelles qui ont été accordées à Mme D au mois d'aout 2022, en raison de la naissance récente de son fils, se sont déroulées sans incident. Dans ces conditions, la décision de refus de permis de visite prise par la directrice du centre de détention de Tarascon est disproportionnée et porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit au respect de la vie privée de la requérante et de son enfant.

10. Dès lors, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision contestée et d'enjoindre à la directrice du centre de détention de Tarascon, sous réserve de l'absence de changement dans les circonstances de droit ou de fait, de délivrer un permis de visite à Mme D dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Réjane Venezia, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 13 septembre 2022 de la directrice du centre de détention de Tarascon refusant de délivrer à Mme D le permis de visite qu'elle sollicitait est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint à la directrice du centre de détention de Tarascon, sous réserve de l'absence de changement dans les circonstances de droit ou de fait, de délivrer à Mme D un permis de visite dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D, à M. E B, à Me Venezia, au centre de détention de Tarascon, à la Direction interrégionale des services pénitentiaires du sud-est et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Fait à Nîmes, le 10 novembre 2022.

Le juge des référés,

P. C

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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