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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2203472

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2203472

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2203472
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantMABILON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 16 novembre 2022 et 25 mars 2024, Mme A B, représentée par Me Mabilon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de Vaucluse a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 425-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai de trois mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans cette attente ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, Me Mabilon, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision implicite de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions des articles L. 425-6 et 7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

Le préfet de Vaucluse, à qui la requête a été communiquée le 19 janvier 2023, n'a pas produit d'écritures en défense.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité de la requête en l'absence de justification du dépôt de la demande de titre de séjour en préfecture ayant pu faire naître la décision attaquée.

Par un mémoire en réponse au moyen relevé d'office, enregistré le 22 avril 2024, Mme B soutient qu'elle a bien déposé sa demande de titre de séjour par l'intermédiaire de son assistante sociale qui en atteste, par courrier recommandé avec accusé de réception dont le bordereau a été perdu par le service, de même que le numéro de recommandé et qu'il appartient au préfet de Vaucluse de confirmer la bonne réception de sa demande.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées, a été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Vosgien, rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante tunisienne née le 6 septembre 1997, demande au tribunal de prononcer l'annulation de la décision par laquelle le préfet de Vaucluse a implicitement refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'elle affirme avoir sollicité.

Sur la recevabilité de la requête :

2. Aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation. ". Il résulte de ces dispositions qu'une requête est irrecevable et doit être rejetée comme telle lorsque son auteur n'a pas, en dépit d'une invitation à régulariser ou, le cas échéant, lorsqu'il n'est pas statué par ordonnance, de la communication d'un mémoire lui opposant à ce titre une fin de non-recevoir, produit soit la décision attaquée, dont tient lieu la pièce justifiant de la date de dépôt de la demande faite à l'administration lorsqu'il s'agit d'une décision implicite de rejet d'une demande, soit, en cas d'impossibilité, tout document justifiant des diligences qu'il a accomplies pour en obtenir la communication.

3. Pour justifier de l'existence de la décision implicite dont elle demande l'annulation, Mme B ne produit qu'un formulaire de demande d'admission exceptionnelle au séjour et un courrier joint à celui-ci, daté du 2 mars 2022, comportant la mention manuscrite d'un envoi par courrier recommandé avec accusé de réception le 8 mars suivant, et un courrier, reçu par la préfecture le 25 juillet 2022, tendant à la communication des motifs de la décision implicite qu'elle supposait alors être intervenue. Ni dans ce dernier courrier, ni dans aucun autre, l'intéressée ne justifie avoir sollicité la copie d'une éventuelle décision expresse qui serait intervenue et dont elle n'aurait pas eu connaissance du fait de son changement d'adresse après l'envoi de sa demande de titre de séjour dont elle n'établit ni même n'allègue avoir fait part à l'administration durant l'instruction de sa demande, alors qu'il lui était également possible d'effectuer une réexpédition de courrier à sa nouvelle adresse. Si elle produit une attestation sur l'honneur de son assistant social qui certifie avoir effectué l'envoi de sa demande par courrier recommandé dont il aurait perdu les justificatifs, il n'est ni précisé ni justifié le contexte ou les motifs de cette perte. Dans ces conditions, Mme B qui, par les documents produits, n'apporte pas la preuve de la réception ni même de l'envoi de sa demande de titre de séjour à la préfecture de Vaucluse, ne justifie pas avoir réalisé toutes les diligences en vue de produire ces éléments et se trouver dans l'impossibilité de les obtenir. Il ne relève pas de l'office du juge de suppléer à cette absence de production par une mesure d'instruction adressée au défendeur. La requête est, dès lors, irrecevable et doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de Vaucluse et à Me Mabilon.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Roux, président,

Mme Vosgien, première conseillère,

Mme Béréhouc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

La rapporteure,

S. VOSGIEN

Le président,

G. ROUXLa greffière,

F. DESMOULIÈRES

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2

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