mardi 16 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2203612 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | BETROM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 novembre 2022 et le 26 juillet 2023, la société civile immobilière (SCI) Archinot, représentée par Me Bounnong, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 octobre 2022 par laquelle le maire de Saint-Didier a exercé le droit de préemption urbain sur un immeuble situé sur un terrain cadastré section B n° 54 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Didier la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence ;
- cette décision est dépourvue de base légale faute pour la commune de rapporter la preuve du caractère exécutoire des délibérations ayant instauré le droit de préemption urbain ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- le maire a commis une erreur substantielle relative à la consistance du bien préempté ;
- elle méconnaît l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme en l'absence de justification de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 mars 2023, la commune de Saint-Didier, représentée par Me Betrom, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens invoqués par la société requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Mouret,
- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,
- et les observations de Me Bounnong, représentant la SCI Archinot.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 12 octobre 2022, le maire de Saint-Didier a exercé le droit de préemption urbain sur un bien immobilier situé sur un terrain cadastré section B n° 54. La SCI Archinot, acquéreur évincé, demande l'annulation pour excès de pouvoir de cette décision.
Sur la légalité de la décision litigieuse :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction alors applicable : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : () / 15° D'exercer, au nom de la commune, les droits de préemption définis par le code de l'urbanisme, que la commune en soit titulaire ou délégataire, de déléguer l'exercice de ces droits à l'occasion de l'aliénation d'un bien selon les dispositions prévues à l'article L. 211-2 ou au premier alinéa de l'article L. 213-3 de ce même code dans les conditions que fixe le conseil municipal ". Selon l'article L. 2131-1 du même code, dans sa rédaction alors en vigueur : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement ".
3. Il ressort des pièces du dossier que, par une délibération du 23 mai 2020, le conseil municipal de Saint-Didier a délégué à son maire, conformément aux dispositions citées ci-dessus de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales, l'exercice, au nom de la commune, des droits de préemption définis par le code de l'urbanisme. Toutefois, il ne ressort ni des mentions de cette délibération, lesquelles font seulement apparaître qu'elle a été transmise et reçue en préfecture le 26 mai 2020, ni des autres pièces versées aux débats par la commune de Saint-Didier, que cet acte aurait été publié ou affiché conformément aux exigences de l'article L. 2131-1 du même code. Dans ces conditions, la SCI Archinot est fondée à soutenir que le maire de Saint-Didier n'était pas compétent pour exercer, par la décision litigieuse, le droit de préemption urbain au nom de la commune.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 211-2 du code de l'urbanisme : " La délibération par laquelle le conseil municipal ou l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale compétent décide, en application de l'article L. 211-1, d'instituer ou de supprimer le droit de préemption urbain ou d'en modifier le champ d'application est affichée en mairie pendant un mois. Mention en est insérée dans deux journaux diffusés dans le département. / Les effets juridiques attachés à la délibération mentionnée au premier alinéa ont pour point de départ l'exécution de l'ensemble des formalités de publicité mentionnées audit alinéa. Pour l'application du présent alinéa, la date à prendre en considération pour l'affichage en mairie est celle du premier jour où il est effectué ". Les obligations prévues à cet article constituent des formalités nécessaires à l'entrée en vigueur des actes instituant le droit de préemption urbain.
5. D'une part, l'acte instituant un droit de préemption urbain, qui se borne à rendre applicables, dans la zone qu'il délimite, les dispositions législatives et réglementaires régissant l'exercice de ce droit, sans comporter lui-même aucune disposition normative nouvelle, ne revêt pas un caractère réglementaire.
6. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier, et il n'est d'ailleurs pas soutenu en défense, que la délibération par laquelle le conseil municipal de Saint-Didier a institué le droit de préemption urbain sur le territoire de la commune aurait fait l'objet de l'ensemble des formalités de publicité prescrites par les dispositions de l'article R. 211-2 du code de l'urbanisme. Par suite, la société requérante, qui n'excipe pas de l'illégalité de cette délibération contrairement à ce que fait valoir la commune défenderesse, est fondée à soutenir que la décision de préemption en litige est dépourvue de base légale.
7. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme : Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1 (). / () / Toute décision de préemption doit mentionner l'objet pour lequel ce droit est exercé () ". Selon le premier alinéa de l'article L. 300-1 du même code, dans sa rédaction alors en vigueur : " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat, d'organiser la mutation, le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d'enseignement supérieur, de lutter contre l'insalubrité et l'habitat indigne ou dangereux, de permettre le renouvellement urbain, de sauvegarder ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels, notamment en recherchant l'optimisation de l'utilisation des espaces urbanisés et à urbaniser ".
8. Il résulte de ces dispositions que les collectivités titulaires du droit de préemption urbain peuvent légalement exercer ce droit, d'une part, si elles justifient, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date, et, d'autre part, si elles font apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption.
9. D'une part, la décision de préemption en litige ne fait pas apparaître la nature du projet en vue duquel le droit de préemption urbain a été exercé. Il suit de là que cette décision, qui n'est pas motivée par référence, ne répond pas aux exigences de motivation de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme.
10. D'autre part, la commune de Saint-Didier fait valoir que l'acquisition du bien litigieux s'inscrit dans le cadre d'une réflexion relative à la valorisation et à la dynamisation du centre-bourg et que, compte tenu de la localisation de l'immeuble en cause aux abords du centre historique, cette acquisition lui permettrait de créer un " point info " ainsi qu'une " salle d'exposition ". Toutefois, la commune défenderesse ne produisant aucun élément permettant de corroborer ses allégations, elle ne justifie pas de la réalité, à la date de la décision litigieuse, d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant à l'un des objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme. Par suite, la SCI Archinot est également fondée à soutenir que la décision litigieuse a été prise en méconnaissance des dispositions citées au point 7.
11. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est de nature à fonder l'annulation de la décision en litige.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI Archinot est fondée à demander l'annulation de la décision du maire de Saint-Didier du 12 octobre 2022.
Sur les frais liés au litige :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme de 1 500 euros à la charge de la commune de Saint-Didier en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions s'opposent à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de la SCI Archinot qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du maire de Saint-Didier du 12 octobre 2022 est annulée.
Article 2 : La commune de Saint-Didier versera à la SCI Archinot une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Didier au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Archinot et à la commune de Saint-Didier.
Délibéré après l'audience du 2 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Roux, président,
M. Mouret, premier conseiller,
Mme Hoenen, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.
Le rapporteur,
R. MOURETLe président,
G. ROUX
La greffière,
N. LASNIER
La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026