mardi 4 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2203709 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre magistrat statuant seul |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 2 décembre 2022 et le 13 mars 2023, M. B A, représenté par Me Turmel, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " du 29 juin 2022 portant notification d'un retrait de point sur son titre de conduite ainsi que l'ensemble des retraits de points antérieurs et l'informant de la perte de validité de son permis de conduire pour défaut de points ;
2°) d'annuler la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 25 août 2022 ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés de son permis de conduire et procéder à la reconstitution du capital de points initial, dans un délai de 15 jours à compter de la signification de la présente décision à venir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'a pas reçu les informations prévues aux articles L. 223-1, L.223-3 et R.223-3 du code de la route ;
- la réalité des infractions n'est pas établie ;
- l'enregistrement de certaines infractions est tardif ;
- il n'est pas l'auteur des infractions.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 janvier 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C ;
- les observations de Me Turmel.
Considérant ce qui suit :
1. Le permis de conduire de M. A a été réduit à zéro compte tenu notamment de dix-neuf infractions au code de la route. M. A demande l'annulation de ces décisions de retrait de points, ainsi que de la décision implicite de rejet de son recours gracieux et de la décision référencée " 48 SI " du 29 juin 2022 l'informant de la perte de validité de son permis de conduire et de la perte de son droit de conduire pour solde de point nul, à ce qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de lui restituer les points irrégulièrement retirés de son permis de conduire et à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le défaut d'information préalable :
2. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation préalable d'information.
S'agissant des infractions des 4 aout et 25 septembre 2017 :
3. Il résulte des articles R. 49-1, et A. 37-15 à A. 37-18 du code de procédure pénale que, lorsqu'une infraction est verbalisée au moyen d'un appareil électronique sécurisé, sont adressés par voie postale au contrevenant : un formulaire de requête en exonération, une notice de paiement comprenant au bas de son recto une carte de paiement détachable et un avis de contravention comportant notamment les références relatives à l'infraction dont la connaissance est matériellement indispensable pour procéder au paiement de l'amende, le montant de l'amende encourue et une information suffisante au regard des exigences résultant des dispositions précitées de l'article L. 223-3 du code de la route, reprises à l'article R. 223-3 du même code. Le paiement de l'amende n'intervient qu'après réception de cet avis. En conséquence, lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire, il découle de cette seule constatation qu'il doit être regardé comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, en particulier le retrait de points à intervenir et les conséquences du paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.
4. Il ressort du relevé d'information intégral de la situation du permis de conduire de M. A, que les infractions des 4 aout et 25 septembre 2017 ont été verbalisées aux moyens d'un procès-verbal dématérialisé, ainsi que le prouve la mention " procès-verbal électronique ", et que les amendes forfaitaires correspondantes ont été acquittées. Ainsi, ces amendes ayant été acquittées de façon différée, M. A a nécessairement reçu les avis de contravention lui permettant d'effectuer ledit paiement. Dans ces conditions, et eu égard aux mentions dont cet avis de contravention est réputé être revêtu, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée de son obligation d'information préalable, dès lors que le requérant ne produit pas l'avis de contravention qu'il a reçu afin de démontrer qu'il serait incomplet ou inexact. M. A n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que les décisions portant retrait de points consécutives aux infractions du 4 aout et du 25 septembre 2017 seraient intervenues à l'issue d'une procédure irrégulière. Par suite, le moyen tiré du défaut de délivrance de l'information préalable doit être écarté.
S'agissant des infractions des 15 octobre 2017, 14 juillet 2018 et 29 avril 2019 :
5. Il résulte du relevé d'information intégral de M. A que les points retirés à la suite des infractions commises les 15 octobre 2017, 14 juillet 2018 et 29 avril 2019, lui ont été restitués respectivement les 26 avril 2018, 6 février 2019 et 8 avril 2020, avant l'introduction de sa requête. Ainsi, les conclusions de la requête de M. A dirigées contre les décisions procédant à ces retraits de points sont irrecevables et doivent, pour ce motif, être rejetées.
S'agissant des infractions des, 10 mars 2018, 30 avril 2018, 1er juillet 2019, 29 juillet 2019 et 17 février 2022 :
6. Pour ces infractions, il résulte des mentions du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. A, produit par l'administration, qu'elles ont été relevées au moyen d'un radar automatique, ainsi que le prouve la mention "tribunal d'instance ou de police de contrôle automatisé", et que les amendes forfaitaires correspondantes ont été acquittées. Ainsi, ces amendes ayant été acquittées de façon différée, M. A a nécessairement reçu la carte de paiement et l'avis de contravention lui permettant d'effectuer ledit paiement. Dans ces conditions, et eu égard aux mentions dont cet avis de contravention est réputé être revêtu, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée de son obligation d'information préalable, dès lors le requérant ne produit pas l'avis de contravention qu'il a reçu afin de démontrer qu'il serait incomplet ou inexact. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant retrait de points consécutive à cette infraction serait intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière. Par suite, le moyen tiré du défaut de délivrance de l'information préalable doit être écarté.
S'agissant des infractions des 17 septembre 2018, 23 avril 2019, 15 juin 2020, 22 juin à 4h30 et 4h48, 4 février 2020, 5 septembre 2020 et 15 juillet 2020 :
7. Il ressort du relevé d'information intégral que les infractions des 17 septembre 2018, 23 avril 2019, 15 juin 2020, 22 juin à 4h30 et 4h48, 4 février, 5 septembre et 15 juillet 2020, ont été verbalisées aux moyens d'un radar automatique, ainsi que le prouve la mention "tribunal d'instance ou de police de contrôle automatisé", et ont donné lieu à l'émission de titres exécutoires de l'amende forfaitaire majorée. Le ministre produit à cet égard des attestations de la trésorerie du centre de contrôle automatisé pour attester du paiement des amendes forfaitaires majorées afférentes à ces infractions. Eu égard aux mentions dont les titres exécutoires de l'amende forfaitaire sont réputés être revêtus, l'administration doit ainsi être regardée comme s'étant acquittée de son obligation d'information préalable, dès lors que le requérant ne produit pas le titre qu'il a reçu afin de démontrer qu'il serait incomplet ou inexact. M. A, qui a payé les amendes forfaitaires majorées afférentes aux infractions des 17 septembre 2018, 23 avril 2019, 15 juin 2020, 22 juin à 4h30 et 4h48, 4 février 2020, 5 septembre 2020 et 15 juillet 2020, doit en conséquence être regardé comme ayant été destinataire de l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, le moyen tiré du défaut de délivrance de l'information préalable doit être écarté.
S'agissant de l'infraction du 28 avril 2021 :
8. Il résulte des mentions portées sur le relevé d'information intégral de M. A que l'infraction commise le 28 avril 2021 a été verbalisée au moyen d'un procès-verbal dématérialisé, ainsi que le prouve la mention " procès-verbal électronique " et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Ce procès-verbal comporte l'ensemble des informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, ainsi que la mention " Vu les règles sanitaires pour lutter contre le covid-19, la personne est informée de sa verbalisation et de la non-apposition de sa signature " à raison du contexte sanitaire. Les mentions de ce procès-verbal, qui font foi jusqu'à preuve contraire, attestent ainsi que l'administration s'est acquittée envers M. A, lors de l'établissement de ce procès-verbal, de son obligation de lui délivrer les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dès lors, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure s'agissant de cette infraction doit être écarté comme étant manifestement infondé.
En ce qui concerne le délai d'enregistrement des infractions :
9. Aucune disposition n'impartit un délai au ministre de l'intérieur pour enregistrer les infractions sur le fichier national du permis de conduire et pour notifier à l'intéressé le retrait des points qui en résulte et, le cas échéant, la perte de validité de son permis. Par conséquent, le moyen tiré de l'enregistrement tardif de l'infraction doit être écarté comme inopérant.
En ce qui concerne la réalité des infractions constatées :
10. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route, " La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ". Le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.
11. Il résulte de l'instruction, et notamment des mentions du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. A, régulièrement produit par le ministre de l'intérieur dans le cadre de la présente instance, que le requérant s'est acquitté des amendes forfaitaires à la suite des infractions commises les 4 aout et 25 septembre 2017, 10 mars et 30 avril 2018, 1er et 29 juillet 2019 et 17 février 2022. L'intéressé, qui n'établit ni même ne soutient avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la réception des avis de réception, n'avance aucun élément de nature à mettre en cause l'exactitude des mentions de ce document. Par ailleurs, il ressort également dudit relevé que des titres exécutoires ont été émis à l'encontre du requérant pour obtenir recouvrement des amendes forfaitaires majorées afférentes aux infractions commises les 17 septembre 2018, 23 avril 2019, 4 février, 15 et 22 juin, 15 juillet et 5 septembre 2020 et 28 avril 2021. M. A ne produit toutefois aucun document permettant d'établir qu'il aurait formulé une réclamation concernant une infraction, que cette réclamation aurait été regardée comme recevable par l'officier du ministère public et aurait entraîné l'annulation des titres exécutoires d'amendes forfaitaires majorées. Dès lors, la réalité de l'ensemble de ces infractions doit être regardée comme établie. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 223-1 du code de la route, relatif à l'établissement de la réalité des infractions, ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne l'imputabilité des infractions :
12. Si M. A fait enfin valoir, pour contester les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré les points de son titre de conduite, que les faits qui lui ont été reprochés afférents aux dix-neuf infractions précitées ne lui sont pas imputables, ce moyen, fondé sur les circonstances de fait ayant conduit au retrait contesté des points, ne sont critiquables que devant le juge pénal en vertu des articles 529-2, 530 et 530-1 du code de procédure pénale, et est inopérant devant le juge administratif. Il doit dès lors être écarté.
Sur les conclusions en injonction :
13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, n'implique aucune mesure d'exécution au sens des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme demandée par M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023 2023.
Le magistrat désigné,
P. CLe greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
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