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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2203722

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2203722

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2203722
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLEMAIRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Lemaire, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2022 par lequel le maire de Carpentras a refusé de lui délivrer un permis de construire, ensemble la décision du 4 octobre 2022 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de Carpentras de lui délivrer le permis de construire sollicité dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Carpentras la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige s'analyse en une décision de retrait du permis de construire tacite dont il était titulaire, laquelle est intervenue irrégulièrement en l'absence de procédure contradictoire préalable ;

- dès lors que le cabanon, objet du projet en litige, est une habitation il devait bénéficier de l'exception prévue par l'article N2 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune relative à l'extension de constructions existantes ;

- le projet ne méconnait pas l'article N7 du règlement du PLU.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 2 juillet et 19 septembre 2024, la commune de Carpentras, représentée par la SELARL Territoires Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B une somme de 3 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hoenen,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- et les observations de Me D'Audigier pour la commune de Carpentras.

Considérant ce qui suit :

1. Le 24 mars 2022, M. B a déposé auprès des services de la commune de Carpentras une demande de permis de construire tendant à la réhabilitation et l'extension d'un cabanon sur les parcelles cadastrées section BO n° 181 et 307, situées au lieudit " La Marigane " et classées en zone Nh du plan local d'urbanisme. Par un arrêté du 12 juillet 2022, le maire de Carpentras a refusé le permis de construire sollicité. M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté, ensemble la décision du 4 octobre 2022 rejetant de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont présentées et instruites dans les conditions et délais fixés par décret en Conseil d'État. / () / Aucune prolongation du délai d'instruction n'est possible en dehors des cas et conditions prévus par ce décret. / () ". Selon l'article L. 424-2 du même code, " Le permis est tacitement accordé si aucune décision n'est notifiée au demandeur à l'issue du délai d'instruction ".

3. Le délai d'instruction des demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et des déclarations préalables est, selon l'article R. 423-18 du code de l'urbanisme, déterminé dans les conditions suivantes : " a) Un délai de droit commun est défini [à l'article R. 423-23]. En application de l'article R. 423-4, il est porté à la connaissance du demandeur par le récépissé ; / b) Le délai de droit commun est modifié dans les cas prévus [aux articles R. 423-24 à R. 423-33]. La modification est notifiée au demandeur dans le mois qui suit le dépôt de la demande ; / c) Le délai fixé en application des a ou b est prolongé dans les cas prévus [aux articles R. 423-34 à R. 423-37-3], pour prendre en compte des obligations de procédure qui ne peuvent être connues dans le mois qui suit le dépôt de la demande ". D'une part, l'article R. 423-4 du même code prévoit que le récépissé de la demande de permis ou de la déclaration préalable précise la date à laquelle un permis tacite doit intervenir, en application du premier alinéa de l'article L. 424-2, ou, dans le cas d'une déclaration préalable, la date à partir de laquelle les travaux peuvent être entrepris. Ce récépissé précise également, en application de l'article R. 423-5 du même code, que l'autorité compétente peut, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier : " a) Notifier au demandeur que le dossier est incomplet ; / b) Notifier au demandeur un délai différent de celui qui lui avait été initialement indiqué, lorsque le projet entre dans les cas prévus aux articles R. 423-24 à R. 423-33 ; / () ". D'autre part, aux termes de l'article R. 423-42 du même code : " Lorsque le délai d'instruction de droit commun est modifié en application des articles R. 423-24 à R. 423-33, l'autorité compétente indique au demandeur ou à l'auteur de la déclaration, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie : / a) Le nouveau délai et, le cas échéant, son nouveau point de départ ; / b) Les motifs de la modification de délai ; / c) Lorsque le projet entre dans les cas prévus à l'article R. 424-2, qu'à l'issue du délai, le silence éventuel de l'autorité compétente vaudra refus tacite du permis. / Copie de cette notification est adressée au préfet ". Et aux termes de l'article R. 423-43 du même code : " Les modifications de délai prévues par les articles R. 423-24 à R. 423-33 ne sont applicables que si les notifications prévues par la présente sous-section ont été faites. / () ". Aux termes de l'article R. 424-1 du même code : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III [du titre II du livre IV de la partie réglementaire du code de l'urbanisme], le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : / a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable ; / b) Permis de construire, permis d'aménager ou permis de démolir tacite ". Enfin aux termes de l'article R. 423-24 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction de droit commun prévu par l'article R. 423-23 est majoré d'un mois : / a) Lorsque le projet est soumis, dans les conditions mentionnées au chapitre V, à un régime d'autorisation ou à des prescriptions prévus par d'autres législations ou réglementations que le code de l'urbanisme ; () ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'à l'expiration du délai d'instruction tel qu'il résulte de l'application des dispositions du chapitre III du titre II du livre IV du code de l'urbanisme relatives à l'instruction des déclarations préalables, des demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir, naît une décision de non-opposition à déclaration préalable ou un permis tacite. Une modification du délai d'instruction notifiée après l'expiration du délai d'un mois prévu à l'article R.423-18 de ce code ou qui, bien que notifiée dans ce délai, ne serait pas motivée par l'une des hypothèses de majoration prévues aux articles R.423-24 à R.423-33 du même code, n'a pas pour effet de modifier le délai d'instruction de droit commun à l'issue duquel naît un permis tacite ou une décision de non-opposition à déclaration préalable. S'il appartient à l'autorité compétente, le cas échéant, d'établir qu'elle a procédé à la consultation ou mis en œuvre la procédure ayant motivé la prolongation du délai d'instruction, le bien-fondé de cette prolongation est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

5. Il ressort des pièces du dossier que la demande de permis de construire en cause a été enregistrée le 24 mars 2022. Par un courrier du 21 avril 2022 notifiée le 23 avril suivant, le maire de Carpentras informait M. B que le délai d'instruction de sa demande était porté à deux mois au motif que le projet se trouvait dans un périmètre archéologique. Par un second courrier du 26 avril 2022 notifié le 30 avril 2022, le maire de Carpentras a informé le pétitionnaire que le délai d'instruction de sa demande était porté à trois mois en raison de l'inclusion du terrain d'assiette du projet dans le périmètre de protection d'un immeuble classé ou inscrit au titre des monuments historiques et de la nécessité de consulter l'Architecte des Bâtiments de France. Dans ce courrier le maire a également sollicité des pièces complémentaires pour l'instruction de la demande de permis de construire.

6. Le premier courrier de modification du délai d'instruction du 21 avril 2022, ne précise pas en application de quelle disposition du code de l'urbanisme le délai d'instruction de droit commun de deux mois aurait été prolongé cependant, une telle mention erronée de la lettre de notification ne saurait, par elle-même, avoir pour effet de faire obstacle à la prolongation de ce délai d'instruction. Il ressort des pièces du dossier que le projet en litige se trouve au sein de la zone de présomption de prescription archéologique (ZPPA) définie par arrêté du préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur n° 84031-2003 du 31 juillet 2003 dont la zone 2 concerne le secteur de Marignane. Cependant, aucun élément au dossier ne permet d'attester que la consultation de la direction régionale des affaires culturelles a été effectivement réalisée. Concernant le second courrier, la notification, le 30 avril 2022, de la majoration du délai d'instruction de droit commun à trois mois ainsi que la demande de pièces complémentaires, soit plus d'un mois après le dépôt, en mairie, le 24 mars 2022, de sa demande de permis, est intervenue au-delà du délai prescrit par les dispositions de l'article R. 423-18 du code de l'urbanisme et n'a donc pas été régulièrement accomplie. Dans ces conditions et au regard du premier courrier du 21 avril 2022, le délai d'instruction est majoré d'un mois conformément aux dispositions de l'article R. 423-24 du code de l'urbanisme, portant sa durée totale de 3 mois à compter du dépôt d'un dossier complet. Conformément à l'article R. 423-19 du code de l'urbanisme, ce délai d'instruction de trois mois a commencé à courir à compter du 24 mars 2022 et s'est achevé le 24 juin 2022. En application des dispositions de l'article L. 424-2 du code de l'urbanisme, M. B s'est trouvé, à compter de cette date, titulaire d'un permis de construire tacite. Par suite, l'arrêté contesté du 12 juillet 2022, portant refus de permis de construire s'analyse en un retrait de ce permis tacite.

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". L'article L. 121-2 de ce code prévoit que : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles () ". L'article L. 122-1 du même code dispose que : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales () ". Selon l'article L. 211-2 de ce code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 4° Retirent () une décision créatrice de droits () ".

8. La décision portant retrait d'un permis de construire est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elle doit, par suite et en principe, être précédée d'une procédure contradictoire permettant au titulaire de cette autorisation d'urbanisme d'être informé de la mesure qu'il est envisagé de prendre et des motifs qui la fonderaient et de bénéficier d'un délai suffisant pour présenter ses observations. Le respect, par l'autorité administrative compétente, de la procédure contradictoire prévue par les dispositions de l'article L. 121-1 du même code constitue une garantie pour le titulaire d'un permis de construire que cette autorité entend retirer. La décision de retrait est illégale s'il ressort de l'ensemble des circonstances de l'espèce que le bénéficiaire a été effectivement privé de cette garantie.

9. En l'absence de pièce établissant la mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable au retrait du permis de construire tacite en cause et alors qu'il n'est pas fait état en défense d'une situation d'urgence ni de l'une des autres circonstances mentionnées à l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration, l'édiction de la décision litigieuse de retrait du permis de construire tacite se trouve affectée d'un vice de procédure qui, pour avoir privé les pétitionnaires d'une garantie, entache l'arrêté en litige d'illégalité.

10. En deuxième lieu, le règlement du plan local d'urbanisme définit le secteur Nh comme un secteur " à dominante de constructions isolées en contexte agricole. Ce secteur est défini au plan de zonage par des cercles, d'un diamètre de 50 centimètres chacun, ayant chacun pour justification un bâtiment existant de plus de 60 m² d'emprise au sol ". Aux termes de l'article N2 " occupation et utilisations du sol soumises à des conditions particulières " du règlement du PLU de la commune : " Sont admis, à la condition de ne pas porter atteinte au paysage : / () - Sont, de plus admis, dans les secteurs Nh et Np : / - L'aménagement et l'extension mesurée des constructions à usage d'habitation existantes, à la condition qu'elles présentent une surface de plancher initiale de 60 m² minimum / () ".

11. D'une part, il est constant que le terrain d'assiette du projet est situé en zone naturelle Nh du plan local d'urbanisme de Carpentras et comporte un cabanon. Il ressort du procès-verbal du commissaire de justice du 9 novembre 2022, que ce cabanon est un bâtiment ancien d'une surface de plus de 70 m² avec des murs en brique en partie crépis, un toit à deux pentes de 4,47 m à son faîte, deux fenêtres avec des volets, deux portes ainsi qu'une porte de garage. Ce cabanon est érigé sur deux niveaux avec un niveau de plain-pied comportant trois pièces dont une pièce laisse apparaitre un meuble mural de toilette, une autre une cheminée. Ce cabanon comporte également une cave se trouvant au sous-sol. Aucune pièce du dossier ne permet d'établir le caractère agricole du cabanon ni son rattachement à une exploitation agricole. La construction en litige doit donc être regardée par ses caractéristiques propres comme ayant été principalement destinée à l'habitation.

12. D'autre part, il ressort du site " Géoportail de l'urbanisme " accessible tant aux juges qu'aux parties, que la parcelle où se trouve le cabanon en litige est incluse en zone N du règlement du PLU qui identifie un bâtiment existant de plus de 60 m² d'emprise au sol. De même, le dossier de demande de permis de construire indique que ce cabanon présente une surface de 76,25 m². De sorte qu'en refusant le permis de construire au motif que ce cabanon ne présentait pas les caractéristiques d'une habitation, le maire de Carpentras a méconnu les dispositions de l'article N2 du PLU.

13. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est susceptible de fonder l'annulation de la décision contestée.

14. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Carpentras du 12 juillet 2022 et de la décision du 5 octobre 2022 rejetant son recours gracieux.

Sur l'injonction et l'astreinte :

15. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ". Selon l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme : " En cas de permis tacite (), l'autorité compétente en délivre certificat sur simple demande du demandeur () ".

16. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que le certificat prévu par l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme soit délivré à M. B. Il y a donc lieu d'enjoindre au maire de Carpentras de délivrer au requérant un certificat de permis tacite dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Carpentras la somme de 1 200 euros à verser au requérant.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 12 juillet 2022 du maire de Carpentras est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Carpentras de délivrer à M. B un certificat de permis de construire tacite dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Carpentras versera à M. B une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Carpentras au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Carpentras.

Copie en sera transmise au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Carpentras en application de l'article R. 751-10 du code de justice administrative.

Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- Mme Lahmar, conseillère,

- Mme Hoenen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

La rapporteure,

A-S. HOENEN

La présidente,

C. BOYERLa greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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