jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2203754 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 décembre 2022, M. E D, représenté par Me Touzani, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 octobre 2022 par laquelle le préfet de Vaucluse a refusé de lui accorder le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse, B C, et leurs deux enfants, G F et A D ;
2°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse de lui accorder le bénéfice du regroupement familial demandé, ou à défaut de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision n'est pas motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Le préfet de Vaucluse, à qui la requête a été communiquée le 7 décembre 2022, n'a pas produit d'écritures en défense.
Une mise en demeure a été adressée le 13 mars 2023 au préfet de Vaucluse.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Les parties n'étant ni présentes ni représentées, a été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Vosgien, rapporteure.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant marocain né le 1er janvier 1961, a sollicité le 13 janvier 2022 le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse, B C, et de leurs deux enfants, G F et A D. Par sa requête, l'intéressé demande au tribunal de prononcer l'annulation de la décision du 10 octobre 2022 par laquelle le préfet de Vaucluse a refusé de lui accorder le bénéfice du regroupement familial ainsi sollicité.
Sur l'acquiescement aux faits :
2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ".
3. Le préfet de Vaucluse, qui n'a produit aucune observation en défense avant la clôture de l'instruction malgré la mise en demeure qui lui a été adressée, doit être réputé avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête en application des dispositions citées au point 2. Cette circonstance ne dispense toutefois pas le tribunal, d'une part, de vérifier que les faits allégués par les requérants ne sont pas contredits par les autres pièces versées au dossier, d'autre part, de se prononcer sur les moyens de droit que soulève l'examen de l'affaire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; / 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ". Aux termes de l'article L. 434-7 de ce code : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; () ". Aux termes de l'article L. 434-8 du même code : " Pour l'appréciation des ressources mentionnées au 1° de l'article L. 434-7 toutes les ressources du demandeur et de son conjoint sont prises en compte, indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. / Ces ressources doivent atteindre un montant, fixé par décret en Conseil d'Etat, qui tient compte de la taille de la famille du demandeur et doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième. ". L'article R. 434-4 dudit code prévoit que : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : : / () / 2° Cette moyenne majorée d'un dixième pour une famille de quatre ou cinq personnes ; () ". Enfin aux termes de l'article R. 434-5 de ce code : " Pour l'application du 2° de l'article L. 434-7, est considéré comme normal un logement qui : 1° Présente une superficie habitable totale au moins égale à : / () / c) en zone C : 28 m² pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de 10 m² par personne jusqu'à huit personnes et de 5 m² par personne supplémentaire au-delà de huit personnes ; / 2° Satisfait aux conditions de salubrité et d'équipement fixées aux articles 2 et 3 du décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent pris pour l'application de l'article 187 de la loi n° 2000-1208 du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbain. / Les zones A bis, A, B1, B2 et C mentionnées au présent article sont celles définies pour l'application de l'article R. 304-1 du code de la construction et de l'habitation. ".
5. Il ressort des pièces du dossier que pour la période de douze mois précédant celui du dépôt de la demande de regroupement familial de M. D, son foyer composé avec son épouse et leurs deux enfants mineurs bénéficie de revenus d'un montant moyen mensuel de 1 187 euros, porté à 1 201 euros sur la période de douze mois précédant la décision attaquée, légèrement inférieurs au montant moyen mensuel du salaire minimum interprofessionnel de croissance sur la même période, majoré d'un dixième. Ainsi qu'il a été dit au point 3, il n'est pas contesté que le requérant réside et travaille en France depuis 1987 et s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire d'un an portant la mention " salarié " en 2011, régulièrement renouvelée depuis, dont la dernière encore en cours de validité à la date de la décision attaquée. Il s'est marié à une compatriote en 1988 et a eu avec elle huit enfants dont les deux derniers, nés le 26 mars 2004, étaient encore mineurs à la date de sa demande de regroupement familial, et ont atteint leur majorité quelques mois avant la décision contestée. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ces enfants ne vivraient plus avec leur mère et ne seraient plus économiquement dépendants de leurs parents. Il n'est enfin pas établi ni même allégué en défense que le logement dont dispose le requérant ne serait pas conforme aux conditions de salubrité et d'équipement prévues aux articles 2 et 3 du décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent pris pour l'application de l'article 187 de la loi n° 2000-1208 du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbain, seuls critères fixés par l'article R. 434-5 du code précité. Par suite, M. D est fondé à soutenir que le préfet, qui n'est jamais tenu de refuser une demande de regroupement familial, même dans le cas où l'auteur de la demande ne justifierait pas remplir la condition requise tenant aux ressources, a commis, dans les circonstances de l'espèce, une erreur d'appréciation en lui refusant le bénéfice du regroupement familial pour son épouse et leurs deux enfants et à demander, pour ce motif, l'annulation de la décision du 10 octobre 2022 rejetant sa demande en ce sens.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. L'exécution du présent jugement implique d'enjoindre au préfet de Vaucluse d'accorder à M. D le bénéfice du regroupement familial demandé dans un délai deux mois à compter de la notification du présent jugement et sous réserve d'un changement intervenu dans sa situation personnelle en France.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. D et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : La décision du 10 octobre 2022 par laquelle le préfet de Vaucluse a refusé d'accorder à M. D le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse, B C, et leurs deux enfants, G F et A D, est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Vaucluse d'accorder à M. D le bénéfice du regroupement familial sollicité dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous réserve d'un changement intervenu dans sa situation personnelle en France.
Article 3 : L'Etat versera à M. D une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de Vaucluse.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Roux, président,
Mme Vosgien, première conseillère,
Mme Béréhouc, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.
La rapporteure,
S. VOSGIEN
Le président,
G. ROUXLa greffière,
F. DESMOULIÈRES
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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