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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2203794

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2203794

mardi 28 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2203794
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBOUILLARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 décembre 2022, Mme B A, représentée par Me Bouillard, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de perception émis le 18 novembre 2016 ainsi que la mise en demeure du 9 février 2022 émise par la direction départementale des finances publiques de Vaucluse pour un montant de 151 800 euros, ensemble la décision implicite rejetant sa réclamation préalable et de prononcer la décharger de l'obligation de payer la somme précitée ;

2°) d'annuler le titre de perception émis le 15 juin 2011 ainsi que la mise en demeure du 9 février 2022 émise par la direction départementale des finances publiques de Vaucluse pour un montant de 48 616 euros, ensemble la décision implicite rejetant sa réclamation préalable et de prononcer la décharger de l'obligation de payer la somme précitée ;

3°) de mettre à la charge des défendeurs une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient qu'elle a conclu un accord transactionnel avec la commune pour mettre fin au litige de sorte que la direction départementale des finances publiques de Vaucluse ne pouvait lui adresser les mises en demeure querellées ainsi que les titres de perceptions correspondants.

Par un mémoire, enregistré le 31 janvier 2023, la commune de Bedarrides indique qu'une demande de permis de construire est en cours d'instruction afin de régulariser la situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2023, la direction départementale des finances publiques de Vaucluse indique qu'elle n'a pas compétence pour défendre sur la contestation soulevée par Mme A, puisqu'elle est intervenue en qualité de comptable public et n'est pas l'ordonnateur de la dépense et que la juridiction administrative est incompétente pour connaitre des conclusions à fin d'annulation des mises en demeure.

Le préfet de Vaucluse, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative que le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître d'un différend résultant de l'action en recouvrement d'une astreinte infligée par le juge judiciaire en application des articles L. 480-7 et suivants du code de l'urbanisme.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hoenen,

- et les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un jugement du 16 novembre 2007, le tribunal correctionnel d'Avignon a condamné Mme A à la remise en état des lieux dans un délai de six mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard, pour avoir procéder à une extension d'une maison existante sans autorisation d'urbanisme sur la parcelle cadastrée section BB n° 50 sur la commune de Bédarrides. Par deux procès-verbaux du 31 mai 2010 et 5 août 2015, il a été constaté que la décision de justice n'avait pas été exécutée, la direction départementale des finances publiques de Vaucluse a émis deux titres de perception ainsi que deux mises en demeure afin de recouvrer, auprès de Mme A, les sommes respectives de 151 800 euros et 48 616 euros correspondant à la liquidation des astreintes dues en exécution de ce jugement. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation des titres de perception émis les 18 novembre 2016 et 15 juin 2011, les mises en demeure émises les 9 février 2022, ensemble la décision implicite rejetant sa réclamation préalable et de prononcer la décharger de l'obligation de payer les sommes précitées.

2. Aux termes de l'article L. 480-7 du code de l'urbanisme : " Le tribunal impartit au bénéficiaire des travaux irréguliers ou de l'utilisation irrégulière du sol un délai pour l'exécution de l'ordre de démolition, de mise en conformité ou de réaffectation ; il peut assortir son injonction d'une astreinte de 500 € au plus par jour de retard. L'exécution provisoire de l'injonction peut être ordonnée par le tribunal. / Au cas où le délai n'est pas observé, l'astreinte prononcée, qui ne peut être révisée que dans le cas prévu au troisième alinéa du présent article, court à partir de l'expiration dudit délai jusqu'au jour où l'ordre a été complètement exécuté. / Si l'exécution n'est pas intervenue dans l'année de l'expiration du délai, le tribunal peut, sur réquisition du ministère public, relever à une ou plusieurs reprises, le montant de l'astreinte, même au-delà du maximum prévu ci-dessus. / Le tribunal peut autoriser le reversement ou dispenser du paiement d'une partie des astreintes pour tenir compte du comportement de celui à qui l'injonction a été adressée et des difficultés qu'il a rencontrées pour l'exécuter. ". Aux termes de l'article L. 480-8 : " Les astreintes sont liquidées au moins une fois chaque année et recouvrées par l'Etat, pour le compte de la ou des communes aux caisses desquelles sont reversées les sommes perçues, après prélèvement de 4 % de celles-ci pour frais d'assiette et de recouvrement. ".

3. Les actes de poursuite contestés par la requérante concernent le recouvrement d'astreintes prononcées par le juge pénal sur le fondement des dispositions précitées des articles L. 480-7 et L. 480-8 du code de l'urbanisme pour violation de la législation sur l'urbanisme. Ainsi, les décisions attaquées poursuivent le recouvrement de créances trouvant leur origine et leur fondement dans une condamnation prononcée à l'issue d'une procédure pénale. Par suite, même prises par une autorité administrative, elles ne doivent pas moins continuer à être regardées comme se rattachant directement à la décision de l'autorité judiciaire dont elles entendent assurer l'application. En conséquence, ces décisions, qui ne peuvent en aucun cas être regardées comme détachables de la procédure judiciaire, constituent une mesure d'exécution du jugement définitif du 16 novembre 2007 du tribunal correctionnel d'Avignon et ne sauraient être contestées devant la juridiction administrative. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation de ces actes de poursuite et de restitution des sommes versées, comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

4. Les conclusions présentées par la requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent, par voie de conséquence de ce qui a été dit au point précédent, être rejetées.

5. En l'absence de dépens au sens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les conclusions tendant à leur remboursement doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée comme portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au directeur départemental des finances publiques de Vaucluse et au préfet de Vaucluse.

Copie en sera délivrée à la commune de Bédarrides.

Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Boyer, présidente,

Mme Lahmar, conseillère,

Mme Hoenen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025.

La rapporteure,

A-S. HOENEN

La présidente,

C. BOYERLa greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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