mardi 30 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2203802 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | ZWERTVAEGHER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 décembre 2022, M. Prince A, représenté par Me Zwertvaegher, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2022 par lequel la préfète de Vaucluse a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé un pays de destination ;
2°) d'enjoindre à la préfète de Vaucluse de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est contraire à l'intérêt supérieur de ses enfants ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
La requête a été régulièrement communiquée à la préfète de Vaucluse, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Les parties n'étant ni présentes ni présentées, le rapport de Mme Lahmar a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant ghanéen, est entré en France dans des circonstances inconnues. Le 30 septembre 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 30 septembre 2022, la préfète de Vaucluse a rejeté cette demande, a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, par arrêté du 1er septembre 2022, régulièrement publié le même jour au recueil spécial n° 84-2022-083 des actes administratifs de l'Etat dans ce département, la préfète de Vaucluse a donné à M. Christian Guyard, secrétaire général de la préfète de Vaucluse, délégation à l'effet de signer tous arrêtés, requêtes et mémoires présentés dans le cadre de recours contentieux, décisions, circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de Vaucluse, à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figure pas l'arrêté en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit donc être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne de façon suffisamment précise et non stéréotypée les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation, dont l'examen par le juge n'implique pas qu'il se prononce sur le bien-fondé de la motivation retenue, doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui ne justifie nullement des conditions de son entrée en France, a fait l'objet, en septembre 2020, d'une précédente obligation de quitter le territoire français qu'il n'allègue pas avoir exécutée, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Nîmes. M. A se prévaut de la présence régulière en France de sa conjointe, ainsi que de celle de leurs deux filles nées sur le territoire français respectivement en 2019 et 2022. Toutefois, il ne produit aucun élément qui démontrerait qu'il entretiendrait une relation avec elles, ni même qu'ils vivent au même endroit, comme il le fait valoir. Il n'établit pas davantage participer à l'éducation et à l'entretien de ses enfants. De plus, il ressort des pièces du dossier que Mme B, la mère des enfants du requérant, dispose seulement d'un titre de séjour d'une durée de deux ans expirant en mai 2023, et qu'elle est elle aussi de nationalité ghanéenne, de telle sorte que rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstruise dans le pays d'origine du requérant, compte tenu du jeune âge de leurs filles, et de ce que M. A reconnaît lui-même qu'il dispose toujours de liens avec son pays d'origine. De la même manière, la simple production de cinq factures datées de 2013, 2014, 2015, 2017 et 2019 ne sont nullement de nature à démontrer une présence continue du requérant en France, ni une insertion au sein de la société française. Le requérant n'établit pas davantage, en produisant à l'instance une déclaration préalable à l'embauche correspondant à un contrat à durée indéterminée daté de 2020 et un unique bulletin de salaire daté d'août 2020, qu'il aurait développé des liens professionnels stables, anciens et intenses en France. Enfin, les quelques ordonnances médicales produites, les pièces relatives à l'admission de M. A à l'aide médicale d'Etat et les bulletins de situation d'admission du requérant à l'hôpital pour des séjours en 2014 et 2018 ne permettent pas d'attester de ce qu'il souffrirait d'une quelconque pathologie, alors qu'en tout état de cause il n'a pas formé une demande de titre de séjour en raison de son état de santé. Au regard de l'ensemble de ces éléments, M. A ne démontre pas qu'il aurait déplacé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux, et donc que l'arrêté attaqué méconnaîtrait les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
7. Ainsi qu'il l'a été dit au point 5, M. A ne démontre nullement entretenir une relation avec ses deux enfants, ni participer à leur éducation et à leur entretien. En tout état de cause, l'arrêté attaqué n'a pas pour effet de séparer le requérant de ceux-ci, dès lors que rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstruise dans son pays d'origine. Le moyen tiré de l'atteinte à l'intérêt supérieur des enfants de M. A doit donc être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction de la requête doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1 er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. Prince A, à Me Zwertvaegher et à la préfète de Vaucluse.
Délibéré après l'audience du 12 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Antolini, président,
M. Lagarde, premier conseiller,
Mme Lahmar, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.
La rapporteure,
L. LAHMAR
Le président,
J. ANTOLINILa greffière,
A. OLSZEWSKI
La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
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