vendredi 14 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2203957 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par un jugement n°2000061 du 13 mars 2020, le tribunal administratif a prononcé une astreinte à l'encontre de la commune de Nîmes aux fins d'exécution du jugement rendu le 21 décembre 2018, sous le n° 1701608, par ce même tribunal.
Par un jugement n°2100371 du 16 avril 2021, le tribunal a constaté l'inexécution de sa décision et a procédé à la liquidation de l'astreinte pour la période du 30 mars 2020 au 16 avril 2021 et a condamné la commune de Nîmes à verser la somme de 5 000 euros à A B et Mme C B et la somme de 5 000 euros à l'Etat.
Par un jugement n° 2102956 du 16 septembre 2022, le tribunal a constaté l'inexécution de sa décision et a procédé à la liquidation de l'astreinte pour la période 17 avril 2021 au 16 septembre 2022 et a condamné la commune de Nîmes à verser la somme de 5 000 euros à M. et Mme B et la somme de 5 000 euros à l'Etat.
Par des mémoires enregistrés le 16 décembre 2022, le 11 juillet 2023, et les 2 et 12 février 2024, M. et Mme B ont informé la juridiction que le jugement n° 1701608 du 21 décembre 2018 n'avait toujours pas été exécuté et demandé au tribunal, en l'absence de cette exécution que l'astreinte prononcée le 13 mars 2020 soit liquidée une troisième fois à leur bénéfice, à hauteur de 4 600 euros pour la période du 17 septembre au 17 décembre 2022.
Par un mémoire enregistré le 19 janvier 2024, la commune de Nîmes conclut au rejet de la requête de M. et Mme B.
Elle soutient qu'aucune convention n'a été conclue sur le fondement de la délibération du 28 mars 1994, et qu'ainsi, elle n'est pas en mesure de produire les documents qui lui sont demandés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Baccati,
- les conclusions de Mme Lellig, rapporteure publique,
- les observations de M. B,
- et les observations de Mme D, pour la commune de Nîmes.
Une note en délibéré présentée par M. et Mme B a été enregistrée le 7 juin 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Par un jugement n° 1701608 du 21 décembre 2018, le tribunal administratif de Nîmes a annulé la décision du 6 janvier 2017 du maire de Nîmes en tant qu'elle refusait de communiquer à M. et Mme B les conventions de concession du domaine public des Halles conclues avec les étaliers après avoir été autorisées par délibération du 28 mars 1994. Il a également enjoint à la commune de Nîmes de leur communiquer une copie desdites conventions, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement. Par un jugement n°2000061 du 13 mars 2020, le tribunal a prononcé une astreinte à l'encontre de la commune de Nîmes aux fins d'exécution du jugement rendu le 21 décembre 2018, sous le n° 1701608, par ce même tribunal. Par un jugement n°2100371 du 16 avril 2021, le tribunal a constaté l'inexécution de sa décision du 21 décembre 2018 et procédé à la liquidation de l'astreinte pour la période du 30 mars 2020 au 16 avril 2021, en condamnant la commune de Nîmes à verser la somme de 5 000 euros à A B et Mme C B, et la somme de 5 000 euros à l'Etat. Par un jugement n° 2102956 du 16 septembre 2022, le tribunal a constaté une deuxième fois l'inexécution de sa décision et a procédé à la liquidation de l'astreinte au titre de la période 17 avril 2021 au 16 septembre 2022, en condamnant la commune de Nîmes à verser la somme de 5 000 euros à M. et Mme B et la somme de 5 000 euros à l'Etat. Par la présente demande d'exécution, M. et Mme B sollicitent une troisième fois la liquidation à leur bénéfice de l'astreinte prononcée le 13 mars 2020, à hauteur de 4 600 euros au titre de la période du 17 septembre au 17 décembre 2022.
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-7 du code de justice administrative : " En cas d'inexécution totale ou partielle ou d'exécution tardive, la juridiction procède à la liquidation de l'astreinte qu'elle avait prononcée ". Le tribunal n'est jamais tenu de liquider l'astreinte qu'il a prononcée dès lors qu'il ne lui a pas expressément conféré un caractère définitif, mais peut la moduler ou même la supprimer. Il lui appartient alors d'énoncer les motifs qui le conduisent à procéder, le cas échéant d'office, à une telle modulation ou à une telle suppression.
3. Il résulte de l'instruction, et notamment des explications et des pièces fournies par la commune de Nîmes pour la première fois dans son mémoire du 19 janvier 2024, que celle-ci a confié à la société Sonicopark, en 1970, une concession portant sur la construction et l'exploitation du marché couvert des Halles et de ses annexes. Cette concession, qui impliquait la démolition du marché existant, donnait mission au concessionnaire de reloger les étaliers, à titre provisoire pour la durée des travaux, puis définitivement une fois le nouveau marché construit. Toutefois, en 1993, la commune a décidé de résilier cette concession et de reprendre les Halles en régie. Elle expose que si une délibération du 28 mars 1994 a bien autorisé le maire à signer avec les étaliers des conventions portant concession du domaine public, elle n'a jamais reçu d'effet, mais qu'en revanche, une autre délibération prise le 16 mai 1995 a autorisé le maire à prolonger jusqu'en 2029 la validité des titres d'occupation préalablement accordés par Sonicopark, ce qui a été fait. Ces éléments avancés par la commune de Nîmes sont corroborés notamment par les copies d'un avenant établi le 29 juillet 1997 et par un courrier adressé à un étalier le 12 décembre 1996. Dans ces conditions, et indépendamment des interrogations formulées par les requérants sur la régularité ou le bien-fondé des prolongations accordées par la commune de Nîmes, celle- ci justifie qu'elle n'est pas en mesure de transmettre à M. et Mme B les conventions autorisées par la délibération du 28 mars 1994.
4. Il résulte de ce qui précède qu'il n'y a pas lieu de liquider l'astreinte prononcée à l'encontre de la commune de Nîmes.
D E C I D E :
Article 1 er : Il n'y a pas lieu de liquider l'astreinte prononcée à l'encontre de la commune de Nîmes par le jugement n°2000061 du 13 mars 2020.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et Mme C B, à la commune de Nîmes et au préfet du Gard.
Délibéré après l'audience du 31 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président,
M. Parisien, premier conseiller,
M. Baccati, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.
Le rapporteur,
J. BACCATI
Le président,
P. PERETTI
Le greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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