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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2203966

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2203966

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2203966
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes a été saisi par M. B, ressortissant marocain, d’une demande d’annulation du rejet implicite de son recours hiérarchique contre le refus de délivrance d’une carte de résident, révélé par l’octroi d’un titre de séjour « entrepreneur ». Le tribunal a interprété les conclusions comme dirigées contre la décision initiale du préfet du Gard. Il a rejeté la requête, considérant que les moyens tirés de la méconnaissance de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, de l’article 3 de l’accord franco-marocain du 9 octobre 1987, et des articles L. 312-2 et L. 426-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile n’étaient pas fondés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 décembre 2022, M. A B, représenté par Me El Mimouni, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté le recours hiérarchique qu'il a formé le 11 octobre 2022 contre le rejet de sa demande de délivrance d'une carte de résident révélé par l'octroi, le 1er avril 2022, d'un titre de séjour portant la mention " commerçant/entrepreneur " par le préfet du Gard ;

2°) d'enjoindre au préfet du Gard de lui délivrer une carte de résident, ou à défaut de réexaminer sa situation.

Il soutient que :

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ainsi que les dispositions des articles L. 312-2 et L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 septembre 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Un mémoire présenté pour M. B a été enregistré le 7 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées, a été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Vosgien, conseillère.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 17 décembre 1969, a sollicité du préfet du Gard, le 29 octobre 2021, la délivrance d'une carte de résident longue durée-UE. Le 1er avril 2022 le préfet lui a délivré un titre de séjour portant la mention " entrepreneur/profession libérale ", valable jusqu'au 31 mars 2023. Par courrier reçu le 11 octobre 2022, il a formé un recours hiérarchique auprès du ministre de l'intérieur contre le refus implicitement opposé à sa demande de carte de résident, révélé par l'octroi de ce titre de séjour. Du silence gardé durant deux mois sur son recours préalable est née, le 11 décembre 2022, une décision implicite de rejet du ministre de l'intérieur dont l'intéressé demande l'annulation.

Sur l'objet du litige :

2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux ou hiérarchique devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours préalable a été rejeté. L'exercice du recours gracieux ou hiérarchique n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision ou son supérieur hiérarchique à reconsidérer la position initiale retenue, un recours contentieux consécutif au rejet d'un tel recours préalable doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet de celui-ci dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé à courir à compter de la notification du rejet du recours préalable, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet de ce dernier, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

3. En l'espèce, si M. B demande formellement l'annulation de la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté son recours hiérarchique formé le 11 octobre 2022 contre la décision du préfet du Gard ayant tacitement rejeté sa demande de délivrance d'une carte de résident, révélée par l'octroi, le 1er avril 2022, d'un titre de séjour portant la mention " commerçant/entrepreneur ", ses conclusions doivent être regardées comme étant également dirigées contre la décision implicite initiale du préfet du Gard lui refusant l'octroi d'une carte de résident.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ". Si, lorsque le défendeur n'a produit aucun mémoire, le juge administratif n'est pas tenu de procéder à une telle mise en demeure avant de statuer, il doit, s'il y procède, en tirer toutes les conséquences de droit. Il lui appartient seulement, lorsque les dispositions précitées sont applicables, de vérifier que l'inexactitude des faits exposés dans les mémoires du requérant ne ressort d'aucune pièce du dossier.

5. Aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an et portant la mention " salarié " (). Après trois ans de séjour continu en France, les ressortissants marocains visés à l'alinéa précédent pourront obtenir un titre de séjour de 10 ans. Il est statué sur leur demande en tenant compte des conditions d'exercice de leurs activités professionnelles et de leurs moyens d'existence (). ". Aux termes de l'article 9 de cet accord : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". Il résulte de ces stipulations que l'accord franco-marocain renvoie, sur tous les points qu'il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour autant qu'elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l'accord et sont nécessaires à sa mise en œuvre. Ainsi, l'accord franco-marocain prévoyant seulement la prise en compte des " moyens d'existence ", il doit être fait référence, pour apprécier les ressources du demandeur d'un titre de séjour valable dix ans sur la période de trois ans précédant sa demande, aux dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables à la date de la décision attaquée et aux termes desquelles les ressources du demandeur doivent être " stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins [soit] atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi qu'aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail. () ".

6. En l'espèce, il est constant que M. B n'a jamais bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " salarié ", délivré sur le fondement du premier alinéa de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, dès lors qu'il n'a été autorisé à travailler qu'en vertu d'un titre de séjour portant la mention " entrepreneur / profession libérale ", régulièrement renouvelé depuis 2014. En outre, il ressort des pièces du dossier que celui-ci est le gérant de la SAS Bati Sud Groupe depuis 2018 dont les seuls bilan comptable et liasse fiscale produits pour l'année 2020 mentionnent un déficit net de 45 830 euros et un bénéfice net de 1 525 euros l'année précédente. S'il est par ailleurs propriétaire de deux appartements pour lesquels il a conclu des baux en 2013 et 2015, les avis de taxe d'habitation produits pour les années 2018, 2019 et 2021 le mentionnent comme seul occupant tandis que les avis de taxe foncière ne donnent aucune indication sur l'existence et le montant d'éventuels revenus locatifs. Dans ces conditions, le requérant ne peut se prévaloir de l'existence de ressources stables et suffisantes conditionnant l'octroi d'une carte de résident de dix ans sur le fondement du 2ème alinéa de l'article 3 de l'accord franco-marocain précité et le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations ainsi que des dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne pourra, dès lors, qu'être écarté.

7. En deuxième lieu, le refus de délivrance d'une carte de résident de longue durée, qui ne fait pas obstacle à la délivrance d'un autre titre de séjour et qui n'emporte, par lui-même, aucune conséquence sur le droit au séjour de l'intéressé, ne porte pas atteinte au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui ne saurait être regardé comme imposant à un Etat de délivrer un type particulier de titre de séjour. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté comme inopérant.

8. En troisième lieu, le requérant ne peut davantage utilement soutenir que les décisions contestées, faisant suite à sa demande de délivrance d'une carte de résident longue durée-UE, auraient méconnu les dispositions de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ont remplacé depuis le 1er mai 2021 les anciennes dispositions de l'article L. 212-2-1, relatives à l'octroi d'un visa long séjour, alors, en tout état de cause, qu'il s'est vu délivrer un titre de séjour temporaire d'un an portant la mention " entrepreneur / profession libérale ".

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté son recours hiérarchique formé le 11 octobre 2022, ensemble le rejet initial de sa demande de carte de résident. Sa requête doit ainsi être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au ministre de l'intérieur et au préfet du Gard.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Roux, président,

Mme Vosgien, première conseillère,

Mme Béréhouc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

La rapporteure,

S. VOSGIEN

Le président,

G. ROUX

La greffière,

F. DESMOULIÈRES

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et au préfet du Gard chacun en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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