vendredi 24 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2203988 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Touzani, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n° SEJ/84/2022/051 du 20 septembre 2022 par lequel la préfète de Vaucluse a rejeté sa demande de titre de séjour mention "vie privée et familiale", l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé son pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre à la préfète de Vaucluse de lui délivrer un titre de séjour d'une durée d'un an, ou subsidiairement, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision de refus de renouvellement de séjour est entachée d'incompétence et de défaut de motivation ;
- son ancienneté sur le territoire français de plus de 8 ans en situation régulière, ses efforts d'insertion et de travail sont de nature à conduire à sa régularisation en France malgré sa condamnation pénale ; le préfet a ainsi commis une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissant les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 janvier 2023, la préfète de Vaucluse conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du requérant de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés dans la requête n'est fondé.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant marocain né le 1er novembre 1991, est entré sur le territoire français le 13 avril 2014 sous couvert d'un visa long séjour valant titre de séjour en qualité de conjoint de français valable jusqu'au 4 décembre 2014. A l'expiration de celui-ci, il a bénéficié d'un titre de séjour temporaire d'un an, valable du 19 mars 2015 au 18 mars 2016 puis d'autorisations provisoires de séjour de trois mois valables jusqu'au 4 décembre 2019. Le 14 juin 2022, l'intéressé a sollicité la délivrance d'un titre de séjour auprès de la préfecture de Vaucluse. M. B demande l'annulation de l'arrêté du 20 septembre 2022 par lequel la préfète de Vaucluse a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Par arrêté du 1er septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de l'Etat dans ce département n° 84-2022-083 du même jour, la préfète de Vaucluse a donné à M. Christian Guyard, secrétaire général de la préfète de Vaucluse, délégation à l'effet de signer tous arrêtés, requêtes et mémoires présentés dans le cadre de recours contentieux, décisions, circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de Vaucluse, à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figure pas l'arrêté en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit donc être écarté.
3. La décision attaquée mentionne de façon suffisamment précise et non stéréotypée les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement, en observant notamment la condamnation de l'intéressé à un an et 6 mois d'emprisonnement avec sursis probatoire pendant 2 ans pour des faits commis du 28 juillet 2017 au 7 mars 2021 et de l'application à la situation de l'intéressé de la réserve d'ordre public prévue par l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'arrêté ajoute que le requérant ne démontre pas, ni même allègue, être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 23 ans, où vivent ses parents et où il ne serait pas isolé en cas de reconduite à la frontière. L'obligation de motivation n'impose par ailleurs pas à l'administration de mentionner l'ensemble des éléments qu'il a pris en compte mais seulement ceux sur lesquels elle fonde sa décision. La préfète n'était pas tenue à une motivation spécifique de l'obligation à quitter le territoire français assortissant le refus de titre de séjour opposé à M. B. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. B s'est marié le 2 août 2013 à Berkane (Maroc) avec une ressortissante française et s'est vu délivrer un visa D long séjour mention vie privée et familiale valable du 23 décembre 2013 jusqu'au 23 décembre 2014. Il est entré régulièrement sur le territoire le 13 avril 2014. En 2014, M. B a effectué un stage " plateforme d'accompagnement à la qualification " à Mâcon. Il fait valoir que du 29 juillet 2014 au 17 décembre 2015, soit pendant près d'un an et demi, il a travaillé en tant que chargé de compte au sein de la Attijariwafa Bank en contrat de travail à durée déterminée en remplacement d'une salariée en congé maternité. Il a bénéficié d'un titre de séjour temporaire d'un an, valable du 19 mars 2015 au 18 mars 2016 puis d'autorisations provisoires de séjour de trois mois valables jusqu'au 4 décembre 2019. M. B a divorcé en 2018 et s'est installé avec sa nouvelle compagne à Rennes avec laquelle il a conclu un pacte civil de solidarité le 17 septembre 2019. Le 19 mai 2021, M. B a été condamné par le tribunal correctionnel de Rennes pour des faits de violences conjugales sur sa compagne à une peine d'emprisonnement avec sursis probatoire durant deux ans avec plusieurs obligations notamment d'établir sa résidence en un lieu déterminé, une obligation de travail ou de formation. Il s'est alors installé en Avignon, où il a travaillé en intérim en tant que préparateur de commande de juin 2021 à septembre 2021 et a ensuite effectué une formation qualifiante dans la vente, un stage auprès d'un magasin Go Sport, obtenant le titre professionnel de Vendeur-Conseil en magasin délivré le 8 décembre 2022.
6. M. B soutient que son ancienneté sur le territoire français depuis plus de 8 ans en situation régulière, ses efforts d'insertion et de travail seraient de nature à conduire à sa régularisation en France malgré sa condamnation pénale. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B, divorcé et sans enfant, ne justifie d'une activité professionnelle que depuis 2021. S'il soutient qu'il ne présente aucune menace à l'ordre public, l'intensité de ses liens personnels et familiaux sur le territoire national ne ressort pas, en l'absence de toute pièce au soutien de ses allégations, des éléments du dossier. Il ne soutient pas et a fortiori n'établit pas être dépourvu de toute attache familiale au Maroc où il a vécu jusqu'à l'âge de 23 ans. Dans ces conditions, et alors que M. B a été condamné en 2021 à une peine d'emprisonnement avec sursis probatoire pour des faits de violences conjugales, la préfète de Vaucluse, en refusant de lui délivrer un titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la préfète de Vaucluse n'a pas entaché l'arrêté attaqué d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.
7. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions présentées à ce titre doivent donc être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées au titre des mêmes dispositions par la préfète de Vaucluse , qui n'a d'ailleurs pas eu recours au ministère d'un avocat.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le conclusions de la préfète de Vaucluse formées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de Vaucluse.
Délibéré après l'audience du 10 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Ciréfice, président,
M. Parisien, premier conseiller,
M. Aymard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mars 2023.
Le rapporteur,
P. C
Le président,
C. CIREFICE
Le greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2203988
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