mardi 18 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2300097 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 janvier 2023 et un mémoire enregistré le 7 mars 2023, Mme B A épouse E, représentée par Me Mazas, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 novembre 2022 par laquelle la préfète du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé de quitter le territoire français dans un délai de 90 jours et a déterminé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Gard de lui délivrer un titre de séjour dans le cadre du regroupement familial ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 8 jours à compter de la notification du présent jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- le refus de son titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire ont été notifiés à la mauvaise adresse et violent donc les articles L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article R. 421-5 du code de la justice administrative ;
- le refus de séjour avec obligation de quitter le territoire pris à l'encontre de son mari est illégal ;
- la décision contestée est entachée d'un défaut de motivation en fait ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :
- la décision contestée est entachée d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation ;
- la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 février 2023, la préfète du Gard conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est tardive ;
- les autres moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique, ainsi que les observations de Me Mazas pour Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante turque née le 2 juillet 1987 à Tekman (Turquie), expose être entrée en France le 3 novembre 2021 munie d'un visa long séjour valant titre de séjour du 1er septembre 2021 au 1er septembre 2022 délivré par l'office français de l'immigration et de l'intégration dans le cadre du regroupement familial. Elle s'est mariée le 24 janvier 2020 avec M. C E en Turquie, ce dernier détenant une carte pluriannuelle d'une durée de quatre ans, valable du 20 janvier 2018 au 19 janvier 2022. Le 10 août 2022, Mme A demandait la délivrance d'un titre de séjour dans le cadre des dispositions de l'article L. 423-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 2 novembre 2022, la préfecture du Gard lui transmettait la décision de refus de titre de séjour avec obligation de quitter le territoire prise à l'encontre de la requérante, décision dont elle a pris connaissance par l'intermédiaire de son conseil le 12 décembre 2022 et dont elle demande l'annulation.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. La décision attaquée vise les textes dont elle fait application et comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle mentionne notamment que Mme A, après son arrivée en France le 3 novembre 2021, est repartie en Turquie à deux reprises durant une période cumulée de 1 mois et 20 jours sur les mois de janvier, février et avril 2022, que sa dernière entrée sur le territoire français semble datée du 4 mai 2022, la décision de regroupement familial a été accordée à M. E sur la base de ses ressources conformes, obtenues dans le cadre de son CDI à temps plein. La requérante dépose le 10 août 2022 sa demande de renouvellement de titre de séjour mais omet de transmettre des pièces obligatoires, au regard de sa situation personnelle aucune atteinte n'est faite à Mme A au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La préfète estime que ces circonstances ne répondent pas aux conditions de délivrance d'un titre de séjour telles que mentionnées dans l'article 423-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La préfète, qui n'était pas tenu de préciser l'ensemble des éléments qu'elle a pris en considération, a, dès lors, suffisamment motivé sa décision. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle n'a pas procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de l'intéressée. Par suite, le moyen est écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
3. En premier lieu, la requérante soutient que son refus de titre de séjour accompagné de l'obligation de quitter le territoire français a été pris sur le fondement du refus de délivrance du titre de séjour avec obligation de quitter le territoire dont fait l'objet son mari.
4. La décision prise portant refus de délivrance de son titre de séjour et obligation de quitter le territoire a été prise uniquement sur le fondement de la situation de Mme A et n'est pas une décision prise sur le fondement du refus de délivrance de titre de séjour avec obligation de quitter le territoire dont fait l'objet son mari. Elle ne saurait se prévaloir d'une exception d'illégalité. Les moyens tirés de l'illégalité du refus de séjour opposé à M. E doivent par conséquent être écartés, étant en tout état de cause observé que par une décision du 18 avril 2023, le tribunal de céans a rejeté la requête formée par M. E contre l'arrêté portant refus de séjour qui lui a été notifié.
5. En deuxième lieu, il ressort de l'examen de l'arrêté attaqué que la préfète du Gard a relevé que Mme A ne justifiait pas de l'ancienneté de sa présence en France, qu'elle ne prouvait pas avoir sa résidence habituelle en France compte tenu notamment de ses nombreux allers-retours entre la France et la Turquie et qu'à la date de la décision le couple n'avait pas d'enfant. Il ressort en outre de l'arrêté en date du 2 novembre 2022 que la préfète du Gard a pris connaissance de l'accouchement prévu de Mme A et a accordé un délai de départ volontaire de 90 jours en conséquence.
6. Dès lors, il ne ressort ni des termes de cette décision, ni des pièces du dossier, que la préfète n'aurait pas procédé à un examen réel et complet de la situation de Mme A.
7. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
8. Il ressort des pièces du dossier que Mme A s'est mariée le 24 janvier 2020 avec M. E et qu'elle est entrée en France très récemment. Au moment de la décision, si Mme A était enceinte, le couple n'avait pas encore d'enfant. Mme A ne justifie aucun projet professionnel en France, et au vu de son arrivée récente, elle ne justifie pas l'impossibilité de reconstituer sa cellule familiale en Turquie, pays dans lequel elle ne justifie pas être isolée familialement. Le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
9. En quatrième lieu, si la requérante soutient que la décision l'obligeant à quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et repose sur une erreur manifeste d'appréciation, ce moyen doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté de la préfète du Gard du 2 novembre 2022 doivent être rejetées, de même par voie de conséquence que les conclusions à fin d'injonction et d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète du Gard .
Délibéré après l'audience du 24 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président,
M. Parisien, premier conseiller,
Mme Bourjade, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.
Le rapporteur,
P. D
Le président,
P. PERETTI
Le greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026