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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2300124

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2300124

mardi 17 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2300124
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantHAMZA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 janvier 2023, M. C B, actuellement retenu au centre de rétention de Nîmes, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2023 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre à l'autorité administrative de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration du délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

* En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ; elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- elle méconnaît son droit à être entendu a été méconnu et par conséquent l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'une demande de délivrance d'un titre de séjour est en cours ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de base légale dès lors qu'il peut justifier d'une demande de titre de séjour en cours ; sa situation ne relevait pas des dispositions de l'article L. 611-1-3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* En ce qui concerne la décision distincte fixant le pays de renvoi :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement prise à son encontre ;

* En ce qui concerne l'interdiction de retour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement prise à son encontre ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2023, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a délégué à Mme A les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 janvier 2023 à 10 heures :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Hamza, représentant M. B, et de M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

- le préfet du Var n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 15 février 2003, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2023 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans () ".

3. Il ressort des pièces du dossier - constituées notamment de certificats de scolarité pour les années scolaires 2015-2016, 2016-2017, 2017-2018, 2018-2019 au collège Nicolas-Claude Fabri de Peiresc à Toulon, du document de circulation pour étranger mineur délivré le 28 décembre 2015 par la préfecture de Toulon et de la fiche pénale - corroborées par les déclarations recueillies à l'audience, que M. B vit en France et qu'il y a été scolarisé depuis au moins l'âge de 12 ans. Il en résulte que M. B entrait dans les prévisions du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que le préfet du Var ne pouvait légalement prendre à son encontre une obligation de quitter le territoire français.

4. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 12 janvier 2023 par laquelle le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français, ainsi que, par voie de conséquence, celle des décisions du même jour par lesquelles cette autorité lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

5. L'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile énonce que : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

6. Le présent jugement implique nécessairement que le préfet du Var procède au réexamen de la situation de M. B sous couvert de l'autorisation provisoire de séjour prévue par les dispositions précitées de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à cette autorité d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.

Sur les frais liés au litige :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme demandée par M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : Les décisions du 12 janvier 2023 par lesquelles le préfet du Var a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Var de procéder au réexamen de la situation de M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, et, dans l'attente de ce réexamen, de lui délivrer l'autorisation provisoire de séjour prévue par les dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Var.

Fait à Nîmes le 17 janvier 2023.

La magistrate désignée,

K. A

La greffière,

E. PAQUIER La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2300124

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