lundi 15 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2300253 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 24 janvier, 1er, 22 et 27 février 2023, M. C A, représenté par Me Bruna-Rosso, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 28 septembre 2022 par laquelle la préfète de Vaucluse a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre à la préfète de Vaucluse de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement, et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut et sous la même astreinte, de procéder au réexamen sa décision dans un dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 440 euros à verser à son conseil, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- l'arrêté est entaché d'incompétence ;
*en ce qui concerne le refus de titre de séjour :
- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- la décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- la demande d'autorisation de travail n'a pas été transmise à la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi ;
- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en étant entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision méconnait les articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;
- la préfète s'est fondée sur des motifs erronés dès lors qu'elle a considéré, d'une part, qu'il a produit, pour l'année 2018, des bulletins de salaire correspondant exclusivement à un poste d'ouvrier agricole, et d'autre part, qu'il a produit des documents de complaisance, et enfin qu'il n'a pas présenté un contrat de travail visé par les autorités compétentes ;
- son employeur rencontre des difficultés de recrutement ;
*en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation au regard de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;
- la décision est illégale dès lors que le refus de lui un titre de séjour est lui-même illégal ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle dès lors que la préfète lui a conféré un caractère automatique et qu'elle comporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 février 2023, la préfète de Vaucluse conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une décision du 20 décembre 2022, M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle.
Par ordonnance du 25 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 27 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
M. B a lu son rapport au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant thaïlandais, déclare être entré en France en début d'année 2016 sous couvert d'un visa long séjour délivré par les autorités portugaises et valable du 18 décembre 2015 au 15 avril 2016. Il s'est maintenu sur le territoire français à l'expiration de la validité de son visa et a présenté, le 9 mars 2022, une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 28 septembre 2022, la préfète de Vaucluse a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. L'arrêté en litige a été signé par M. Christian Guyard, secrétaire général de la préfecture de Vaucluse. Ce dernier a reçu délégation de signature à cet effet par arrêté de la préfète de Vaucluse du 1er septembre 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Vaucluse. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté n'a pas été signé par une autorité habilitée.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, la décision attaquée mentionne de façon suffisamment précise et non stéréotypée les motifs de droits qui en constituent le fondement. L'obligation de motivation n'impose par ailleurs pas au préfet de mentionner l'ensemble des éléments qu'il a pris en compte mais seulement ceux sur lesquels il fonde sa décision. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes mêmes de l'arrêté en litige, que la préfète a procédé à un examen particulier de la situation personnelle et professionnelle de M. A.
5. En troisième lieu, aucun texte ni aucun principe n'impose au préfet de transmettre une demande d'autorisation de travail à la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE). Par suite le moyen ne peut qu'être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". En présence d'une demande de titre de séjour présentée sur le fondement de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention vie privée et familiale répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention salarié ou travailleur temporaire.
7. M. A, né en Thaïlande où il a vécu la majeure partie de sa vie, déclare être entré sur le territoire national alors âgé de 24 ou 25 ans. Célibataire et sans charge de famille, il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans le pays dont il a la nationalité et où réside la majorité des membres de sa famille. Dès lors, s'il se prévaut de la présence de son père sur le territoire national et d'un contrat de travail à durée indéterminée dans le domaine de la cuisine asiatique, ces circonstances ne sont pas de nature à établir qu'en refusant de faire droit à sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, la préfète de Vaucluse aurait méconnu l'étendue de son pouvoir d'appréciation ou commis une erreur de droit dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En cinquième lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". D'autre part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une part, : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () ".
9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le refus de titre en litige n'a méconnu ni l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni, par voie de conséquence, l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. En sixième lieu, à supposer que le requérant ait entendu se prévaloir de leur méconnaissance, les énonciations de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne constituent pas des lignes directrices dont les intéressés peuvent utilement se prévaloir devant le juge.
11. En septième lieu, pour les mêmes motifs et alors que son employeur fait état des difficultés que rencontrerait son entreprise s'il ne pouvait pas maintenir M. A à son poste, il ne saurait se prévaloir de sa propre turpitude à avoir recruté un travailleur étranger sans respecter la procédure applicable, le préfet n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle et professionnelle de l'intéressé.
12. En huitième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'autorité administrative s'est fondée sur d'autres motifs pour prendre la décision contestée. D'une part, pour mettre en avant les incohérences du parcours professionnel de M. A, la préfète de Vaucluse s'est fondée sur le fait qu'il présente des bulletins de salaire, pour l'année 2018, ne mentionnant qu'un poste d'ouvrier agricole alors qu'il prétend n'avoir occupé que des postes dans le domaine de la restauration. Alors même que l'incohérence de son parcours professionnel n'est pas utilement contestée, ce motif surabondant est erroné dès lors qu'un bulletin de salaire, sur les six qu'il produit pour justifier de sa présence sur le territoire en 2018, mentionne bien un poste dans le domaine de la restauration. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la préfète de Vaucluse aurait pris la même décision si elle s'était fondée sur le seul motif que celui exposé au point 7. Il en va de même des deux autres motifs surabondants tirés de ce qu'il produit des documents de complaisance pour justifier de sa présence sur le territoire et du défaut de présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle la préfète de Vaucluse a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
14. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :/ () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ". L'article L. 613-1 du même code dispose : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ". Aux termes de l'article 12 de la directive du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les Etats membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, dont le délai de transposition a expiré le 24 décembre 2010 et dont les dispositions, précises et inconditionnelles, peuvent être utilement invoquées à l'appui de la contestation d'une obligation de quitter le territoire français : " I. Les décisions de retour et, le cas échéant, les décisions d'interdiction d'entrée ainsi que les décisions d'éloignement sont rendues par écrit, indiquent leurs motifs de fait et de droit et comportent des informations relatives aux voies de recours disponibles () ".
15. Lorsqu'une obligation de quitter le territoire français assortit un refus de séjour, et contrairement à ce que soutient le requérant, la motivation de cette mesure se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ce refus est lui-même motivé, de mention spécifique pour respecter les exigences de l'article 12 de la directive précitée.
16. Ainsi qu'il a été dit au point 3 du présent jugement, la décision de refus de séjour prise à l'encontre de M. A est suffisamment motivée. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français ne comporterait aucune motivation spécifique doit être écarté.
17. En deuxième lieu, les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour étant rejetées, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision attaquée, en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour, doit être écarté.
18. En troisième lieu, il ne ressort ni des mentions de la décision attaquée, ni des pièces du dossier que la préfète de Vaucluse n'aurait pas exercé son pouvoir d'appréciation avant de prendre ladite décision. Par suite, le moyen tiré de ce que la préfète n'aurait pas examiné la situation du requérant doit être écarté.
19. En quatrième lieu, et pour les motifs énoncés précédemment, le moyen tiré de ce que la préfète de Vaucluse aurait commis une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
20. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 28 septembre 2022 ne peut qu'être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la Préfète de Vaucluse.
Délibéré après l'audience du 21 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Peretti, président rapporteur,
M. Parisien, premier conseiller,
Mme Chamot, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2023.
Le président rapporteur,
P. BL'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
P. PARISIEN
Le greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
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