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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2300269

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2300269

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2300269
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes a annulé la décision implicite du préfet de Vaucluse refusant un titre de séjour "vie privée et familiale" à une ressortissante marocaine. Le juge a estimé que ce refus portait une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de son mariage avec un résident de longue durée et de la naissance de deux enfants en France. En conséquence, le tribunal a enjoint au préfet de délivrer le titre de séjour dans un délai de deux mois et a condamné l'État à verser 1 000 euros à la requérante au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 janvier 2023, B A, représentée par Me Menahem-Parola, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de Vaucluse lui a refusé l'octroi d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse de lui délivrer ledit titre ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision n'est pas motivée ;

- elle méconnait les articles L. 423-23 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet de Vaucluse, à qui la requête a été communiquée le 26 janvier 2023, n'a pas défendu.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fanny Béréhouc, rapporteure,

- et les observations de Me Menahem-Parola, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante marocaine, est entrée sur le territoire français en 2011. Le 28 juillet 2022, elle a sollicité auprès des services de la préfecture de Vaucluse qui en a accusé réception le 9 août 2022, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Du silence gardé sur cette demande par le préfet de Vaucluse durant quatre mois est née, le 9 décembre 2022, une décision implicite de refus dont Mme A demande au tribunal de prononcer l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée en France en 2011 en qualité de conjointe d'un ressortissant français dont elle a divorcé en 2013. Elle est mariée, depuis le 23 novembre 2019, avec M. C, ressortissant marocain, bénéficiaire d'une carte de résident d'une durée de validité de dix ans expirant au 30 mars 2030 et père de deux enfants issus d'une précédente union à l'égard desquels il dispose de l'autorité parentale et d'un droit de visite, et qui a ainsi vocation à demeurer sur le sol français. Mme A et M. C sont, par ailleurs, parents de deux enfants, nés les 20 décembre 2020 et 20 avril 2022. Au regard de l'ensemble de ces éléments, la décision implicite, née le 9 décembre 2022, par laquelle le préfet de Vaucluse a refusé de faire droit à la demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " présentée par Mme A doit être regardée comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de tout ce qui précède que la décision implicite attaquée du préfet de Vaucluse est illégale et doit, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Le présent jugement, qui annule la décision du préfet de Vaucluse, eu égard au motif de cette annulation, implique nécessairement la délivrance du titre de séjour mention " vie privée et familiale " à l'intéressée dans un délai de deux mois à compter de sa notification.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la préfecture de Vaucluse la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite du 9 décembre 2022 par laquelle le préfet de Vaucluse a implicitement refusé de délivrer à Mme A un titre de séjour portant mention " vie privée et familiale " est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Vaucluse de délivrer à Mme A le titre de séjour sollicité portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A une somme de 1 000 euros au titre de l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de Mme A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A épouse C et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Roux, président,

Mme Vosgien, première conseillère,

Mme Béréhouc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

La rapporteure,

F. BEREHOUC

Le président,

G. ROUX

La greffière,

F. DESMOULIÈRES

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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