vendredi 3 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2300317 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | LE SAGERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 janvier 2023 sous le n° 2300317, et un mémoire enregistré le 1er février 2023, M. B A, retenu au centre de rétention administrative de Nîmes, ayant pour avocat Me Cetinkaya, demande au Tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) l'annulation de l'arrêté n° 23/84/065G du 27 janvier 2023 par lequel la préfète de Vaucluse l'oblige à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et lui interdit d'y retourner pour une durée d'un an et fixe son pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai d'un mois suivant la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil.
M. A, de nationalité turque, soutient que :
*en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
-elle est entachée d'incompétence ;
-elle est entachée d'une insuffisante motivation en droit et en fait ;
-elle est entachée d'une erreur dans l'application de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-elle méconnaît le principe de la présomption d'innocence ;
-elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en étant entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;
*en ce qui concerne la décision n'accordant aucun délai de départ volontaire :
-elle est entachée d'une insuffisante motivation en droit et en fait ;
-elle est entachée d'erreur de droit dans l'application des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en étant entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;
*en ce qui concerne la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :
-elle est entachée d'une insuffisante motivation en droit et en fait ;
-elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
-elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
*en ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
-elle est entachée d'une insuffisante motivation en droit et en fait ;
-elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
-elle est entachée d'erreur d'appréciation ;
-elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en étant entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.
Par un mémoire enregistré le 1er février 2023, la préfète de Vaucluse conclut au rejet de la requête.
La préfète de Vaucluse soutient que les moyens de M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;
-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-la convention relative au statut des réfugiés, faite à Genève le 28 juillet 1951 ;
-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-le code des relations entre le public et l'administration ;
-le code de procédure pénale ;
-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 29 décembre 2020 ;
-le code de justice administrative.
Le président du tribunal a délégué à M. Brossier, vice-président, les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 février 2023 :
*le rapport de M. D ;
*les observations de Me Cetinkaya, pour et en présence de M. A assisté de Mme C, interprète en langue turque, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures, par les mêmes moyens, en précisant que :
-turc d'origine kurde, il a dû quitter son pays d'origine, où vivent pourtant encore ses parents malades, pour des raisons économiques et politiques ; il a dû recourir à de faux documents bulgares pour pouvoir travailler dans une pâtisserie où son travail est apprécié et où il bénéficie de bulletins de salaire ; il souhaite une régularisation par le travail ; il fait preuve de bonne moralité et d'intégration ;
-il n'a pas été destinataire de l'obligation de quitter le territoire français prétendument notifiée en avril 2022 ; le risque qu'il se soustrait à l'obligation de quitter le territoire français en litige est inexistant ; s'il a été interpellé pour conduite sans permis de conduire français, alors qu'il détient un permis turc, et pour possession d'un gramme seulement de cannabis destiné à sa consommation personnelle, il n'y a eu aucune suite à sa garde à vue.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
1.M. A, de nationalité turque, demande au tribunal d'annuler la décision en date du 27 janvier 2023 par laquelle la préfète de Vaucluse lui a fait obligation de quitter le territoire français, ainsi que les décisions prises par la même autorité le même jour n'accordant aucun délai de départ volontaire, fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées tiré du vice de compétence :
2. Les décisions attaquées en date du 27 janvier 2023 ont été signées par M. Christian Guyard, secrétaire général de la préfecture de Vaucluse, qui a reçu délégation à cet effet par arrêté règlementaire de la préfète de Vaucluse du 1er septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture. Il s'ensuit que le vice de compétence soulevé doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " () La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".
4. En premier lieu, il ressort de la lecture même de la décision attaquée, d'une part, qu'elle vise les textes utiles sur lesquels elle se fonde, notamment les 4° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, d'autre part, qu'elle comporte des motifs de fait non stéréotypés, incluant notamment la date de naissance de M. A, la date et les conditions de son entrée sur le territoire français, le rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 31 mars 2021 puis par la Cour nationale du droit d'asile le 16 décembre 2021, et une précédente mesure d'éloignement le 25 février 2022 notifiée le 12 avril 2022. Le préfet n'étant pas tenu de mentionner dans sa décision tous les éléments caractérisant la vie privée et familiale en France de l'intéressé, la décision attaquée, qui ne révèle aucun défaut d'examen, est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait.
5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A, dont la demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 31 mars 2021 puis par la Cour nationale du droit d'asile le 16 décembre 2021, a fait l'objet le 25 février 2022 d'une obligation de quitter le territoire français prise par le préfet des Bouches-du-Rhône sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 précité, qui a été notifiée à l'adresse déclarée de l'intéressé à " Forum réfugiés " par courrier postal dont l'accusé de réception 2C16094482141 a été retournée le 12 avril 2022 à la préfecture avec la mention " pli avisé et non réclamé " et la date de présentation du pli le 3 mars 2022. M. A entre à nouveau dans le champ d'application du 4° de l'article L. 611-1 précité, dès lors qu'il n'est toujours pas titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° du même article.
6. En outre et au surplus, il ressort des pièces du dossier a été interpellé le 26 janvier 2022 et placé en garde à vue pour des faits de conduite sans permis, usage de faux document et détention de stupéfiant. De tels faits, notamment l'usage d'une fausse pièce d'identité bulgare, sont qualifiables de menace pour l'ordre public au sens du 5° de l'article L. 611-1 précité. A cet égard, si le requérant invoque le principe de la présomption d'innocence proclamé par l'article 9 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen et repris par le III de l'article préliminaire du code de procédure pénale, toutefois, la mesure d'éloignement en litige constitue, non une sanction ayant le caractère d'une punition, mais une mesure de police administrative. Par suite et en application du principe de séparation des autorités administratives et judiciaires, le requérant ne peut utilement invoquer le principe de la présomption d'innocence dont il est susceptible de bénéficier dans le déroulement d'un procès pénal, un tel principe ne faisant pas obstacle à ce que l'autorité administrative considère que les faits reprochés lors de l'interpellation du 26 janvier 2022 sont constitutifs d'une menace pour l'ordre public justifiant la mesure d'éloignement.
7. Il résulte de ce qui précède M. A entre dans le champ d'application du 4° et du 5° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
9. Il ressort des pièces du dossier que M. A, né en novembre 1996, est entré en France selon ses déclarations en 2020 seulement. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 31 mars 2021, puis par la Cour nationale du droit d'asile le 16 décembre 2021, et l'intéressé a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 25 février 2022, régulièrement notifiée comme il a été dit et qu'il n'a pas exécutée. Il est célibataire sans charge de famille en France. Les contrats de travail dans une pâtisserie qu'il produit, obtenus sous fausse identité bulgare, ne caractérisent pas une insertion sociale ou professionnelle particulière. Il n'est pas dépourvu de toute attaches familiales en Turquie où vivent ses parents. Dans ces circonstances, M. A n'est fondé à soutenir, ni que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision attaquée n'accordant aucun délai de départ volontaire :
11. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ".
12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. "
13. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée vise les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que M. A ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, dès lors qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement. Dans ces conditions, la décision attaquée comporte ainsi des éléments de motivation en droit et en fait suffisants au regard des exigences des dispositions précitées.
14. En deuxième lieu, comme il a été dit, M. A a vu sa demande d'asile rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 31 mars 2021 puis par la Cour nationale du droit d'asile le 16 décembre 2021, et a alors fait l'objet le 25 février 2022 d'une obligation de quitter le territoire français prise par le préfet des Bouches-du-Rhône sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 précité, qui a été notifiée à l'adresse déclarée de l'intéressé à " Forum réfugiés " par courrier postal dont l'accusé de réception 2C16094482141 a été retournée le 12 avril 2022 à la préfecture avec la mention " pli avisé et non réclamé " et la date de présentation du pli le 3 mars 2022. Il se trouve ainsi dans le cas où, en application des dispositions combinées précitées du 3° de l'article L. 612-2 et du 5° de l'article L. 612-3, le préfet peut obliger un étranger à quitter le territoire français sans délai.
15. En troisième lieu, le moyen tiré de la violation, par la décision n'accordant aucun délai de départ volontaire, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit, en l'absence de tout élément particulier invoqué tenant à cette décision, être écarté par les mêmes motifs que ceux développés précédemment, s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français.
16. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée n'accordant aucun délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :
17. En premier lieu, la décision fixant le pays de destination vise les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoient que la décision portant obligation de quitter le territoire français " fixe le pays à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office ". Elle indique que M. A est de nationalité turque, vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, fait état du refus de l'octroi du statut de réfugié opposé le 31 mars 2021 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 16 décembre 2021 par la Cour nationale du droit d'asile, et précise que M. A n'établit pas être exposé à des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, sans révéler à cet égard un défaut d'examen particulier du dossier. La décision fixant le pays de destination est dans ces conditions suffisamment motivée en droit et en fait.
18. En deuxième lieu, M. A n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, son moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.
19. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Ces dispositions font obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de destination d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement un Etat pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé s'y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne soit du fait des autorités de cet Etat, soit même du fait de personnes ou de groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'Etat de destination ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée.
20. M. A soutient encourir des risques en cas de retour dans son pays d'origine, du fait notamment de ses origines kurdes. Toutefois, par ces allégations, en l'absence de documents ou justificatifs versés au dossier suffisamment probants à cet égard, M. A, dont la demande d'asile a d'ailleurs été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 31 mars 2021, puis par la Cour nationale du droit d'asile le 16 décembre 2021, n'établit pas la réalité de risques personnellement et directement encourus en cas de retour dans son pays d'origine.
21. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement.
En ce qui concerne la décision attaquée portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
22. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
23. En premier lieu, il résulte des dispositions précitées que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
24. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. A fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai. Le préfet n'est pas tenu de motiver particulièrement sa décision au regard de l'absence de circonstances humanitaires qui seraient de nature à faire obstacle au prononcé d'une interdiction de retour.
25. D'autre part, il ressort de la lecture de la décision attaquée qu'elle vise les articles L. 612-5 à L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, incluant les articles L. 612-6 et L. 612-10 précité, qu'elle fait état par ailleurs de la date d'entrée déclarée de M. A en France en 2020 et donc nécessairement la durée de sa présence sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France par le fait qu'il est célibataire sans charge de famille, d'une précédente mesure d'éloignement opposée à l'intéressé le 25 février 2022, et du fait que l'intéressé représente une menace pour l'ordre public, ayant été interpelé pour défaut de permis de conduire, détention de stupéfiants et usage de faux documents. Il s'ensuit que la motivation de la décision fixant la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français atteste de la prise en considération par la préfète de Vaucluse des critères énoncés par l'article L. 612-10 précité. Dans ces conditions, elle n'est pas entachée d'une insuffisance de motivation.
26. En deuxième lieu, M. A n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai, son moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision fixant la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, doit être écarté.
27. En troisième lieu, comme il a été dit, la préfète de Vaucluse a étudié la situation de l'intéressé au regard des critères prévus par l'article L. 612-10 précité, lequel ne confère pas à ces critères un caractère cumulatif exigeant que la situation de l'étranger doive être défavorable au regard de chacun d'eux.
28. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que compte tenu de la situation irrégulière de M. A, de l'existence d'une précédente mesure d'éloignement qui n'a pas été exécutée, de sa situation familiale en France et de la menace pour l'ordre public mentionnée précédemment, constituée notamment par l'usage d'un faux document d'identité bulgare et au titre de laquelle le requérant invoque inutilement la présomption d'innocence comme il a été dit, la préfète de Vaucluse n'a commis d'erreur d'appréciation, ni en estimant que de telles circonstances ne caractérisent pas des circonstances humanitaires au sens de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, alors même que la présence de l'intéressé ne constituerait pas une menace pour l'ordre public.
29. En quatrième lieu, le moyen tiré de la violation, par la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit, en l'absence de tout élément particulier invoqué tenant à cette décision, être écarté par les mêmes motifs que ceux développés précédemment, s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français.
30. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
31. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
32. Les conclusions à fin d'annulation de M. A étant rejetées, ses conclusions susvisées à fin d'injonction doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
33. Il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la requête visées ci-dessus formées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans le présent litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la préfète de Vaucluse et à Me Cetinkaya.
Lu en audience publique le 3 février 2023.
Le magistrat désigné,
J.B. D
La greffière,
M.E. KREMER
La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026