mardi 9 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2300326 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP TERTIAN-BAGNOLI |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2001821 du 26 janvier 2023, le tribunal administratif de Marseille a transmis au tribunal administratif de Nîmes, en application des dispositions combinées des articles R. 312-8 et R. 351-3 du code de justice administrative, la requête et les mémoires complémentaires présentés par Mme A B les 28 février, 6 mars et 5 novembre 2020, et le 15 juillet 2021.
Par cette requête, qui a été enregistrée au greffe du tribunal administratif de Nîmes le 26 janvier 2023 sous le n°2300326, Mme B, représentée par Me Martinez de la SCP Tertian-Bagnoli, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 10 janvier 2020 par laquelle le préfet de la zone de défense et de sécurité sud a refusé de lui accorder un agrément de gardien de la paix, ainsi que de déclarer par voie de conséquence l'illégalité de la décision du 23 septembre 2019 ;
2°) d'enjoindre au préfet, à titre principal de lui accorder l'agrément nécessaire à l'exercice des fonctions de gardien de la paix, de l'intégrer dans une école nationale, ainsi que de reconstituer sa carrière, et à titre subsidiaire de réinstruire son dossier dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée en fait en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 mai 2021, le préfet de la zone de défense et de sécurité sud conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que la requête n'est pas fondée.
Par une ordonnance du 31 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 1er mars 2023.
Par une lettre du 12 décembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen, relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision du 23 septembre 2019. Ce courrier, qui ne constitue pas, en lui-même, une décision faisant grief, est une mesure préparatoire de la décision ultérieure par laquelle le préfet de la zone de défense et de sécurité sud a refusé l'agrément sollicité.
Mme B a présenté des observations le 14 décembre 2023 en réponse à la communication du moyen d'ordre public.
Vu les autres pièces des dossiers ;
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995 ;
- le décret n° 95-654 du 9 mai 1995 ;
- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;
- l'arrêté du 6 juin 2006 portant règlement général d'emploi de la police nationale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Galtier,
- les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique,
- et les observations de Me Martinez représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, recrutée en qualité d'adjoint de sécurité au sein de la police nationale le 11 mai 2016 et affectée à l'école nationale de police de Nîmes, a été déclarée lauréate du concours des gardiens de la paix de la police nationale lors de la campagne de recrutement du 25 septembre 2018. Par un courrier du 23 septembre 2019, elle a été informée par la direction des ressources humaines que l'admission à ce concours était subordonnée à l'obtention de l'agrément du préfet de la zone de défense et de sécurité sud, et que l'enquête diligentée en interne lui était défavorable en raison de membres de son entourage familial proche connus des services de police. Par un courrier, en date du 8 octobre 2019, la requérante a fait part de ses observations. Par une décision du 10 janvier 2020, le préfet de la zone de défense et de sécurité sud a toutefois refusé de lui accorder l'agrément nécessaire à son admission à un emploi de gardien de la paix. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le courrier du 23 septembre 2019 :
2. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 23 septembre 2019, le préfet de la zone de défense et de sécurité sud a informé Mme B de son intention de ne pas lui accorder l'agrément nécessaire à l'exercice des fonctions de gardien de la paix, au motif qu'une enquête administrative avait révélé que des membres de son entourage proche avaient attiré défavorablement l'attention des services de police, et l'a invitée à présenter ses observations. Ce courrier, qui ne constitue pas, en lui-même, une décision faisant grief, est une mesure préparatoire de la décision ultérieure par laquelle le préfet a refusé à Mme B l'agrément sollicité. Par suite, ce courrier ne constitue pas une décision susceptible de recours et les conclusions de la requête dirigées à son encontre doivent être rejetées comme irrecevables.
En ce qui concerne la décision du 10 janvier 2020 :
3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 () ". Et aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. Pour refuser d'accorder à Mme B l'agrément nécessaire à son admission à un emploi de gardien de la paix, le préfet de la zone de défense et de sécurité sud, s'il mentionne les éléments de droits sur lesquels il s'est fondé pour prendre la décision litigieuse, se borne toutefois à indiquer que : " Après examen de l'ensemble de votre dossier et au vu des résultats de [l'] enquête, complétés par vos observations en date du 9 octobre 2019, votre candidature ne peut recevoir l'agrément exigé. En effet, comme indiqué dans mon envoi du 23 septembre 2019, il apparaît que des membres de votre entourage familial proche ont attiré défavorablement l'attention des services de police " sans donner davantage de précisions sur les considérations de fait en raison desquelles la proximité de Mme B avec des membres de sa famille la rend incompatible avec l'exercice des fonctions de gardien de la paix. Or de tels éléments n'étaient pas mentionnés dans le courrier préparatoire du 23 septembre 2019 l'invitant à présenter ses observations écrites sur un éventuel refus d'agrément, et l'intéressée ne s'est pas vu communiquer, préalablement à l'édiction de la mesure litigieuse, les constatations de l'enquête administrative menée en application des dispositions des articles R. 114-1 et R. 114-2 du code de la sécurité intérieure, alors que celle-ci relevait des faits délictueux pour trois personnes de son entourage et un train de vie suspect au regard de ses revenus personnels. Dans ces conditions, la motivation de la décision attaquée ne permet pas à l'intéressée de savoir si l'ensemble de ces faits ou certains d'entre eux seulement, et dans ce cas lesquels, ont été retenus pour estimer qu'elle ne présentait pas les garanties requises pour l'exercice des fonctions auxquelles elle postulait. Par suite, Mme B est fondée à soutenir que la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait, et à en demander l'annulation pour ce motif.
5. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 10 janvier 2020 par laquelle le préfet de la zone de défense et de sécurité sud a refusé de lui accorder un agrément de gardien de la paix.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ". Et aux termes de l'article L. 911-2 de ce code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé ".
7. Eu égard au motif d'annulation, le présent jugement implique seulement d'enjoindre au préfet de la zone de sécurité et de défense sud de procéder au réexamen de la situation de Mme B, dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais qui ont été exposés par Mme B dans le cadre de la présente instance.
D É C I D E :
Article 1 : La décision du 10 janvier 2020 du préfet de la zone de défense et de sécurité sud est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la zone de défense et de sécurité sud de réexaminer la situation de Mme B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Mme B la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de la zone de défense et de sécurité sud.
Délibéré après l'audience du 19 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Chamot, présidente,
Mme Galtier, première conseillère,
M. Aymard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2024.
La rapporteure,
F. GALTIER
La présidente,
C. CHAMOT
La greffière,
L. GALAUP
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2300326
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026