vendredi 21 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2300350 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | RAZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 janvier 2023, M. A E, représenté par Me Raz, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 décembre 2022 par lequel la préfète de Vaucluse a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre à la préfète de Vaucluse de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient, outre que sa requête est recevable, que :
S'agissant de la décision de refus de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de production par l'autorité préfectorale de l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard à sa situation médicale ;
- elle méconnaît les stipulations de l'accord franco-tunisien.
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours :
- par voie d'exception, elle doit être annulée ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions du 10° de l'article L. 611-3-du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2023, la préfète de Vaucluse conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant tunisien né le 26 août 1994, s'est vu délivrer un visa de long séjour en qualité de " travailleur saisonnier " valable du 23 septembre 2019 au 22 décembre 2019. Le 21 février 2020, l'intéressé a bénéficié d'un titre de séjour en cette même qualité valable jusqu'au 20 février 2023. A la suite d'un accident de voiture, M. E a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en tant qu'étranger malade. Le préfet de Vaucluse ayant délivré à l'intéressé un titre de séjour valable du 21 juillet 2021 au 20 juillet 2022, M. E a sollicité le 9 juin 2022 le renouvellement de son titre de séjour " étranger malade ". Par un arrêté du 15 décembre 2022, la préfète de Vaucluse a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays de destination. L'intéressé demande au tribunal l'annulation de cet arrêté du 15 décembre 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles la préfète de Vaucluse s'est fondée pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. E. Le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit, dès lors, être écarté.
3. En deuxième lieu, la préfète de Vaucluse a produit à l'instance l'avis rendu le 6 septembre 2022 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le requérant ne contestant pas en réplique la régularité de cet avis. Dans ces conditions, M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'un vice de procédure.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () ".
5. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
6. Pour rejeter la demande de renouvellement de titre de séjour " étranger malade " présentée par M. E, la préfète de Vaucluse s'est notamment fondée sur l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 6 septembre 2022 selon lequel, si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il ne nécessite pas son maintien sur le territoire français dès lors qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de la Tunisie, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et que son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine.
7. Il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport de l'expertise réalisée conjointement le 8 juillet 2021 par le Dr D et le Dr C, que M. E a subi un grave accident de voiture et des traumatismes multiples à la suite desquels il a été hospitalisé à l'Assistance publique - Hôpitaux de Marseille du 7 au 21 juin 2020 en service de chirurgie orthopédique, du 8 juin au 24 juillet 2020 en service de réanimation et du 28 juin au 24 juillet 2020 en service de chirurgie orthopédique. L'intéressé a été ensuite transféré en service de rééducation fonctionnelle du 24 juillet 2020 au 24 décembre 2020. M. E a alors regagné son domicile chez son frère avec deux béquilles, a bénéficié d'un traitement par antalgique, et a poursuivi la rééducation fonctionnelle en cabinet de ville. Il a subi en avril 2021 une hospitalisation pour l'ablation des vis distales de verrouillage du fémur et du tibia puis, à compter de juillet 2021, a poursuivi la rééducation fonctionnelle en hôpital de jour dans une clinique. Ce rapport d'expertise indique qu'au mois de juillet 2021 M. E, dont l'état de santé n'est pas encore stabilisé, poursuit sa rééducation fonctionnelle en hôpital de jour, se déplace avec deux cannes anglaises, prend trois grammes de paracétamol par jour et rapporte des douleurs permanentes au niveau du bassin et de la jambe gauche, le rapport indiquant qu'un nouvel examen est souhaitable en juin 2022.
8. Si le requérant soutient dans sa requête que son état de santé n'est toujours pas stabilisé et que sa prise en charge multidisciplinaire demeure nécessaire à ce jour, il ne verse toutefois à l'instance aucune pièce permettant d'étayer ses affirmations, étant précisé que les ordonnances du service orthopédique de l'hôpital Nord de Marseille en date du 10 novembre 2022 prescrivant un scanner et une radiographie et une feuille de rendez-vous pour une consultation dans ce service le 24 février 2023, qui constituent les seules pièces médicales postérieures au rapport d'expertise du Dr D et le Dr C, sont insuffisantes à cet égard.
9. Eu égard à ce qu'il précède, les éléments dont se prévaut le requérant ne permettent pas de remettre en cause l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation eu égard à sa situation médicale doit être écarté.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 10-1 d) de l'accord franco-tunisien susvisé du 17 mars 1988 modifié : " 1. Un titre de séjour d'une durée de dix ans, ouvrant droit à l'exercice d'une activité professionnelle est délivré de plein droit, sous réserve de la régularité du séjour sur le territoire français au ressortissant tunisien titulaire d'une rente d'accident du travail ou de maladie professionnelle versée par un organisme français et dont le taux d'incapacité permanente est égal ou supérieur à 20 % ".
11. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressée aurait sollicité un titre de séjour sur le fondement des stipulations susmentionnées de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié. Dès lors, la préfète de Vaucluse n'était pas tenue d'examiner sa demande d'admission au séjour au regard de ce fondement. En tout état de cause, l'intéressé ne saurait s'en prévaloir dès lors qu'il ne justifie pas bénéficier d'une rente d'accident du travail ou de maladie professionnelle, ni avoir un taux d'incapacité permanente égal ou supérieur à 20 %. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.
12. Il résulte de tout de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour qu'il conteste.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français dans le délai de quatre-vingt-dix jours :
13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :/ () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ". Aux termes de l'article 12 de la directive du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les Etats membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, dont le délai de transposition a expiré le 24 décembre 2010 et dont les dispositions, précises et inconditionnelles, peuvent être utilement invoquées à l'appui de la contestation d'une obligation de quitter le territoire français : " I. Les décisions de retour et, le cas échéant, les décisions d'interdiction d'entrée ainsi que les décisions d'éloignement sont rendues par écrit, indiquent leurs motifs de fait et de droit et comportent des informations relatives aux voies de recours disponibles () ".
14. Lorsqu'une obligation de quitter le territoire français assortit un refus de séjour, la motivation de cette mesure se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ce refus est lui-même motivé, de mention spécifique pour respecter les exigences de l'article 12 de la directive précitée.
15. Ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision de refus de séjour prise à l'encontre de M. E est suffisamment motivée. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français ne comporterait aucune motivation spécifique doit être écarté, étant précisé que l'arrêté attaqué vise notamment les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
16. En deuxième lieu, les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour étant rejetées, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision attaquée, en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour, doit être écarté.
17. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".
18. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. E ne démontre pas qu'il ne pourrait bénéficier, dans son pays d'origine d'un traitement approprié à sa pathologie, ni qu'il ne serait pas en mesure de voyager sans risque vers celui-ci. Par suite, le requérant n'établit pas que son état de santé ferait obstacle à son éloignement de sorte que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
19. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de quatre-vingt-dix jours qu'il conteste.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
20. Les conclusions à fin d'annulation de M. E étant rejetées, ses conclusions susvisées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.
Sur les frais liés au litige :
21. Les conclusions présentées par M. E au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et à la préfète de Vaucluse.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Brossier, président,
Mme Bala, première conseillère,
M. Aymard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 avril 2023.
Le rapporteur,
F. B
Le président,
J. B. BROSSIER
La greffière,
E. NIVARD
La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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