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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2300437

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2300437

jeudi 7 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2300437
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantBEN YAHMED

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 février 2023, M. B A, représenté par Me Ben Yahmed, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2022 par lequel le préfet du Gard lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Gard de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, Me Ben Yahmed, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative ou 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence d'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et de saisine de la commission du titre de séjour ;

- le préfet s'est estimé lié à tort par l'avis du collège des médecins de l'OFII ;

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 mars 2023, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par un courrier enregistré le 24 juillet 2024, M. A confirme maintenir sa requête en réponse au courrier qui lui a été adressé par le tribunal le 5 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées, a été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Vosgien, rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant russe né le 27 février 2004, dont la demande d'asile a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 24 février 2022, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'intéressé demande l'annulation de l'arrêté du 29 novembre 2022 par lequel le préfet du Gard a refusé de lui délivrer le titre demandé.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () " et aux termes de l'article

L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. L'arrêté attaqué, après avoir visé notamment les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne plusieurs éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de M. A, dont la demande d'asile rejetée par l'OFPRA le 24 février 2022, le sens de l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) le 25 octobre 2022 et les motifs pour lesquels le préfet a considéré qu'il ne remplissait pas les conditions prévues à l'article L. 425-9 du code précité pour obtenir un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions. Cet arrêté, qui comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constitue le fondement, satisfait ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il ne serait pas suffisamment motivé ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ".

5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de sa production par le préfet en défense, qu'un avis du collège des médecins de l'OFII a été émis préalablement à la décision, le 25 octobre 2022. Le vice de procédure invoqué, tiré de l'absence de consultation préalable de ce collège des médecins, devra donc être écarté comme manquant en fait.

6. En troisième lieu, il ressort de l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII, le 25 octobre 2022, que l'état de santé de M. A, qui présente un trouble du spectre autistique à comorbidité dépressif, associé à un retard de langage et un stress post-traumatique, nécessite une prise en charge médicale, son défaut ne devrait pas entrainer de conséquences d'une exceptionnelle gravité et, qu'au vu des éléments de son dossier, il peut voyager sans risque vers son pays d'origine. Si M. A affirme qu'il ne pourra pas bénéficier d'un accès aux soins nécessaires à son état de santé en Russie, et en particulier dans sa région d'origine, la Tchétchénie, du fait d'un faible nombre de spécialistes, d'une insuffisante qualité des soins et d'une corruption massive des praticiens, il ne l'établit pas en se bornant à produire un certificat médical du 30 mars 2022, le compte rendu du centre de ressources autisme de Montpellier du 22 octobre 2019 ainsi que le projet d'accompagnement personnalisé du 1er septembre 2022 du pôle de compétences et de prestations externalisées de Nîmes, qui ne font que rappeler la nature de sa pathologie, la nécessité d'un suivi par psychothérapie et par une éducatrice spécialisée en vue de renforcer son insertion sociale et de traitements médicamenteux, dont la nature n'est pas même précisée. Ni ces éléments, ni la reconnaissance par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées de sa qualité de travailleur handicapé avec un taux d'incapacité se situant entre 50 et 80%, ne permettent de remettre en cause l'appréciation portée par le préfet du Gard sur la base de l'avis de l'OFII. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ". Le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour, lorsqu'il envisage de refuser un titre mentionné à l'article L. 432-13, que du cas des étrangers qui remplissent effectivement l'ensemble des conditions de procédure et de fond auxquelles est subordonnée la délivrance d'un tel titre, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent des articles auxquels les dispositions de l'article L. 432-13 renvoient.

8. Il résulte de ce qui a été énoncé au point 6, que M. A ne remplissait pas effectivement les conditions de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425- 9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la commission du titre de séjour aurait dû être saisie préalablement à la décision portant refus de séjour.

9. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant, arrivé en France en juin 2019, dont la demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA le 24 février 2022, est célibataire, sans charge de famille et ne justifie d'aucune forme d'intégration sociale ou professionnelle. Ses parents, avec lesquels il est arrivé alors qu'il était encore mineur, ont également vu leur demande d'asile rejetée par l'OFPRA, le 24 février 2022, et par la Cour nationale du droit d'asile, le 6 octobre suivant. Ils ont fait l'objet d'un refus de titre séjour avec obligation de quitter le territoire français le 10 février 2023. Il n'est pas établi ni même allégué qu'ils auraient sollicité depuis un titre de séjour sur un autre fondement alors que le requérant ne produit, par ailleurs, aucun justificatif concernant la scolarisation de ses plus jeunes frères et sœurs. Par suite, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de séjour serait entachée d'une erreur manifeste de ses conséquences sur sa situation personnelle.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 novembre 2022 par lequel le préfet du Gard lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour. Sa requête doit ainsi être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative ou 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet du Gard et à Me Ben Yahmed.

Délibéré après l'audience du 25 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Roux, président,

Mme Vosgien, première conseillère,

Mme Béréhouc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.

La rapporteure,

S. VOSGIEN

Le président,

G. ROUX

La greffière,

B. ROUSSELET-ARRIGONI

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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