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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2300474

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2300474

mardi 2 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2300474
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCOQUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré et un mémoire, enregistrés le 7 février 2023 et le 9 février 2024, la préfète de Vaucluse demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 septembre 2022 par lequel le maire de Jonquières a délivré à la société civile immobilière (SCI) des Andres un permis de construire en vue du changement de destination et de la modification de la façade d'une construction existante.

Elle soutient que :

- les formalités de notification prévues par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ont été respectées ;

- les dispositions de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme ont été méconnues ;

- le projet litigieux méconnaît l'article 2 du chapitre 1er du titre 5 du règlement du plan de prévention des risques d'inondation du bassin versant de l'Ouvèze et de ses affluents ;

- le projet litigieux vise à régulariser des travaux déjà réalisés ;

- le projet litigieux n'entre pas dans le champ du chapitre 2 du titre 5 du règlement du plan de prévention des risques d'inondation.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 janvier 2024, la commune de Jonquières, représentée par Me Coque, conclut au rejet du déféré et à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le déféré est irrecevable en l'absence de justification de la notification du recours gracieux et du recours contentieux conformément à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- les moyens invoqués par la préfète de Vaucluse ne sont pas fondés ;

- le projet litigieux peut être autorisé en application du chapitre 2 du titre 5 du règlement du plan de prévention des risques d'inondation et le tribunal procèdera à une substitution de motifs sur ce point.

Par lettres du 13 mars 2024, les parties ont été informées de ce que le tribunal était susceptible de mettre en œuvre la procédure prévue par l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et invitées à présenter leurs observations sur ce point.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Mouret,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- et les observations de Me Coque, représentant la commune de Jonquières.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI des Andres a déposé, le 5 août 2022, une demande de permis de construire portant sur une construction existante à destination d'habitation située avenue du Général de Gaulle et prévoyant la " transformation d'un garage de 48 m2 en commerce de pizza " ainsi que le remplacement de la porte de ce garage par une baie vitrée. Par un arrêté du 23 septembre 2022, le maire de Jonquières a délivré le permis de construire ainsi sollicité. Par un courrier du 30 novembre 2022, reçu le 8 décembre suivant, cette autorité a expressément rejeté le recours gracieux formé par le sous-préfet de Carpentras et tendant au retrait de ce permis de construire. La préfète de Vaucluse demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 23 septembre 2022.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Jonquières :

2. Aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas de déféré du préfet () à l'encontre () d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. (). L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré () ".

3. La préfète de Vaucluse justifie, par les pièces qu'elle verse aux débats, que le recours gracieux du sous-préfet de Carpentras, reçu le 28 novembre 2022 en mairie de Jonquières, a été notifié le même jour à la société pétitionnaire, par lettre recommandée avec accusé de réception, conformément aux dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme. Il ressort également des pièces du dossier que le déféré de la préfète de Vaucluse a été notifié tant à la commune de Jonquières qu'à la société pétitionnaire par lettre recommandée avec accusé de réception et dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré, conformément à ces dispositions. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune de Jonquières doit être écartée.

Sur la légalité du permis de construire en litige :

4. En premier lieu, si la préfète de Vaucluse relève que la demande de permis de la société pétitionnaire vise à régulariser des travaux réalisés sans autorisation, cette circonstance est, par elle-même, sans incidence sur la légalité du permis de construire en litige.

5. En deuxième lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans une zone inondable délimitée par un plan de prévention des risques, les cotes du plan de masse sont rattachées au système altimétrique de référence de ce plan ".

6. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

7. Il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux est situé dans une zone inondable délimitée par le plan de prévention des risques d'inondation du bassin versant de l'Ouvèze et de ses affluents. Le plan de masse et les autres éléments joints à la demande de permis de construire de la société pétitionnaire ne comportent aucune cote rattachée au système altimétrique de ce plan de prévention des risques naturels prévisibles. Eu égard à ce qui est dit au point 11 ci-dessous, l'absence de toute cote rattachée à ce système altimétrique, ainsi que l'exigent les dispositions citées ci-dessus de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme, a été de nature à fausser l'appréciation du service instructeur sur la conformité du projet à la réglementation applicable et, en particulier, aux dispositions du règlement de ce plan de prévention. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 5 doit être accueilli.

8. En troisième et dernier lieu, le titre 5 du règlement du plan de prévention des risques d'inondation du bassin versant de l'Ouvèze et de ses affluents fixe les règles applicables à la zone orange hachuré (OH), laquelle correspond, selon son préambule, aux " secteurs d'écoulement des crues soumis à un aléa moyen dans la plaine aval " notamment dans les " centres urbains " ainsi que dans les " secteurs urbanisés ". Le chapitre 1er de ce titre 5, qui fixe les règles applicables aux " projets nouveaux " dispose, à son article 1er, que sont interdits tous " les projets nouveaux à l'exception de ceux visés à l'article 2 () ". En vertu de l'article 2 du même chapitre, figurent notamment au nombre des " projets nouveaux " autorisés, sous réserve du respect des prescriptions fixées à son article 3, l'" aménagement intérieur ou le changement de destination des locaux existants au-dessus de la cote de référence " ainsi que l'" aménagement intérieur ou le changement de destination des locaux au-dessous de la cote de référence destiné à la création de garage ". L'article 3 de ce chapitre 1er prévoit, s'agissant des projets nouveaux autorisés au titre de l'article 2, que : " Les planchers habitables doivent être implantés au minimum à 0,20m au-dessus de la cote de référence () ". Le chapitre 2 du même titre 5, qui fixe les règles applicables aux " constructions existantes ", prévoit que : " Sont autorisés les travaux d'entretien et de gestion courants (incluant notamment les réfections, aménagements, remplacements, ) des bâtiments existants et les travaux destinés à réduire les risques pour leurs occupants () ".

9. D'une part, il résulte clairement des dispositions citées ci-dessus du titre 5 du règlement du plan de prévention des risques d'inondation du bassin versant de l'Ouvèze et de ses affluents que les projets portant sur le " changement de destination " d'une construction existante implantée en zone OH sont au nombre des " projets nouveaux " entrant dans le champ d'application du chapitre 1er de ce titre 5, et non dans celui de son chapitre 2.

10. D'autre part, il résulte des dispositions citées au point 8 du règlement du plan de prévention des risques d'inondation du bassin versant de l'Ouvèze et de ses affluents que l'aménagement intérieur ou le changement de destination des locaux existants au-dessus de la cote de référence peuvent être autorisés dans la zone OH, sous réserve, s'agissant des projets nouveaux, que les planchers habitables soient implantés au minimum à 0,20 mètre au-dessus de la cote de référence, laquelle est fixée à 1 mètre dans cette zone.

11. Ainsi qu'il a été dit, le projet litigieux prévoit notamment la " transformation d'un garage de 48 m2 en commerce de pizza ". Il ressort des pièces du dossier, et il n'est d'ailleurs pas contesté en défense, que ce projet, qui entraîne un changement de destination, porte sur un local existant situé au-dessous de la cote de référence. Dans ces conditions, la préfète est fondée à soutenir que le permis de construire en litige a été délivré en méconnaissance des dispositions de l'article 2 du chapitre 1er du titre 5 du règlement du plan de prévention des risques d'inondation du bassin versant de l'Ouvèze et de ses affluents.

Sur l'application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

12. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux () ".

13. Il résulte de ces dispositions que lorsque le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée sont susceptibles d'être régularisés, le juge doit surseoir à statuer sur les conclusions dont il est saisi contre cette autorisation. Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

14. Les vices relevés ci-dessus, tirés de la méconnaissance des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme et de celles de l'article 2 du chapitre 1er du titre 5 du règlement du plan de prévention des risques d'inondation du bassin versant de l'Ouvèze et de ses affluents, sont susceptibles d'être régularisés par une mesure de régularisation dont la délivrance n'implique pas d'apporter au projet litigieux un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Dans ces conditions, il y a lieu de surseoir à statuer, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et d'impartir à la SCI des Andres un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement afin de produire la mesure de régularisation nécessaire.

D É C I D E :

Article 1er : Il est sursis à statuer sur le déféré de la préfète de Vaucluse, jusqu'à l'expiration d'un délai de deux mois, afin de permettre la régularisation des vices mentionnés au point 14 du présent jugement.

Article 2 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la préfète de Vaucluse, à la commune de Jonquières et à la société civile immobilière des Andres.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Roux, président,

M. Mouret, premier conseiller,

Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.

Le rapporteur,

R. MOURETLe président,

G. ROUX

La greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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