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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2300512

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2300512

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2300512
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 février 2023, 4 juin 2024 et 11 juin 2024, Mme B A épouse D, représentée par Me Essakhi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2022 par lequel la préfète du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de conjointe de citoyen de l'Union européenne ;

2°) d'enjoindre au préfet du Gard de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder dans le même délai et sous la même astreinte au réexamen de sa situation et de lui délivrer dans l'intervalle un récépissé de demande de titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable dès lors qu'elle a été formée dans le délai de recours contentieux de deux mois ;

- l'arrêté attaqué est signé par une autorité ne justifiant pas d'une délégation de signature régulière ;

- il méconnaît les articles L. 233-1 et L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son époux de nationalité espagnole justifie d'une activité professionnelle ainsi que d'un revenu à hauteur de 11 642 euros au titre de l'année 2022 ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mars 2023, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Par décision du 18 avril 2023 Mme A épouse D a été admise à l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Chaussard,

- et les observations de Me Essakhi, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissante marocaine née le 1er janvier 1967, Mme A épouse D a épousé au Maroc, en 1982, M. C D, ressortissant espagnol. De cette union sont nées, le 17 juin 1990 ainsi que le 15 mars 2005, deux filles de nationalité espagnole. Mme A déclare être entrée en France le 10 août 2020 accompagnée de sa fille aînée. Le 20 août 2020, l'intéressée a sollicité auprès de la préfecture du Gard un titre de séjour en qualité de conjointe de citoyen de l'Union européenne. Par un arrêté du 14 décembre 2022 la préfète du Gard a rejeté sa demande de titre de séjour. Mme A demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, la décision attaquée est signée par M. Frédéric Loiseau, secrétaire général de la préfecture du Gard, qui disposait, aux termes d'un arrêté de la préfète du Gard du 11 juillet 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, d'une délégation à l'effet de signer, notamment, tous arrêtés ou décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département du Gard, à l'exception des réquisitions prises en application du code de la défense, de la réquisition des comptables publics régie par le décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012 et des arrêtés de conflit. Par suite, ne peut qu'être écarté le moyen tiré de ce que le signataire de l'arrêté attaqué ne justifiait pas d'une délégation de signature régulière.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article

L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois. Il en va de même pour les ressortissants de pays tiers, conjoints ou descendants directs à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées au 3° de l'article L. 233-1. ". Aux termes de l'article L. 233-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3°. ". Aux termes de l'article L. 233-2 du même code : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois. Il en va de même pour les ressortissants de pays tiers, conjoints ou descendants directs à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées au 3° de l'article L. 233-1. ".

4. D'une part, il résulte de ces dispositions que la délivrance du titre sollicité par Mme A est subordonnée à la situation de son époux, de nationalité espagnole, lequel doit remplir les conditions du 1° ou 2° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, tenant à l'exercice d'une activité professionnelle ou au fait de pouvoir subvenir aux besoins de sa famille.

5. D'autre part, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que la notion de travailleur, au sens des dispositions précitées du droit de l'Union européenne, doit être interprétée comme s'étendant à toute personne qui exerce des activités réelles et effectives, à l'exclusion d'activités purement marginales et accessoires.

6. La requérante soutient que son époux a perçu, au titre de l'année 2022, des revenus pour l'activité professionnelle qu'il exerçait d'un montant de 11 642 euros. Il ressort des pièces du dossier que, tel qu'elle le reconnaît d'ailleurs dans ses écritures, Mme A et sa fille, qui ne percevaient aucun revenu à la date de l'arrêté attaqué, se trouvaient à la charge de M. D dont le montant des revenus perçus au titre de l'année 2022, confirmé par l'avis d'imposition établi en 2023 que produit la requérante, s'élevait à la somme de 966 euros par mois, inférieure au montant forfaitaire mensuel du revenu de solidarité active pour un couple avec une personne à charge. Dans ces conditions, en refusant de délivrer à Mme A le titre de séjour qu'elle a sollicité, la préfète du Gard n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En troisième et dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. En l'espèce, à supposer que Mme A soit présente sur le territoire français depuis la date du 10 août 2020 à laquelle elle déclare y être entrée, elle ne justifiait ainsi d'une ancienneté de présence que d'une durée de deux années et quatre mois à la date de l'arrêté querellé. Par ailleurs, la fille aînée du couple, qui est entrée en France en même temps que la requérante, était âgée de 32 ans à la date du même arrêté et possède la nationalité espagnole tout comme son père. Rien ne fait ainsi obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Espagne ou au Maroc. Par suite, doit être écarté le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme A épouse D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté qu'elle conteste. Par voie de conséquences, ses conclusions présentées à fin d'injonction et d'astreinte ainsi qu'au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 er : La requête présentée par Mme A épouse D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A épouse D et au préfet du Gard.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Roux, président,

M. Chaussard, premier conseiller,

M. Chevillard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

Le rapporteur,

M. CHAUSSARD

Le président,

G. ROUX

La greffière,

F. DESMOULIÈRES

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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