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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2300617

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2300617

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2300617
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre magistrat statuant seul

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes a rejeté la requête de M. C, sous-officier de l'armée de l'air, qui contestait son bulletin de notation annuelle pour 2022. Le requérant demandait l'annulation de la décision du ministre des armées du 24 janvier 2023 rejetant son recours administratif préalable obligatoire, en invoquant une erreur de fait et une erreur manifeste d'appréciation sur plusieurs critères (adhésion à l'institution, discipline, rigueur formelle, etc.). Le tribunal a jugé que la notation, fondée sur le code de la défense et l'instruction du 13 décembre 2019, relevait d'une appréciation souveraine de l'autorité hiérarchique, et que les moyens soulevés n'étaient pas fondés. Les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de justice ont également été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 20 février 2023 et 10 octobre 2024, M. A C, représenté par Me Tournier-Barnier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 janvier 2023 par laquelle le ministre des armées et des anciens combattants a rejeté son recours administratif préalable obligatoire contre le bulletin de notation annuelle du 26 avril 2022, et a maintenu l'évaluation émise ;

2°) d'enjoindre au ministre des armées de procéder aux évaluations suivantes pour le millésime 2022 :

- pour la qualité des services rendus : bon au lieu de passable ;

- pour la compétence " adhésion à l'institution " : fort au lieu de normal ;

- pour la compétence " discipline " : normal au lieu de perfectible ;

- évaluer la compétence " maitrise de l'anglais " en perfectible en lieu et place de la compétence " rigueur formelle " ;

- évaluer la compétence " prise en compte maîtrise des coûts " en perfectible en lieu et place de la compétence " sens de l'organisation " ;

- supprimer la notation de la compétence " maîtrise de soi " ;

- supprimer la mention littérale selon laquelle des " manquements en termes d'organisation et de comportement général nuisent à sa prestation d'ensemble " ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au ministre des armées de procéder au réexamen de sa notation, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'une erreur de fait, ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant au critère d'adhésion à l'institution, discipline, rigueur formelle, sens de l'organisation et maîtrise de soi.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 19 décembre 2023, le ministre des armées et des anciens combattants conclut au rejet de la requête.

Le ministre fait valoir que :

- les conclusions à fin d'injonction sont irrecevables ;

- les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la défense ;

- l'instruction du 13 décembre 2019 relative à la notation des sous-officiers, officiers mariniers, militaires infirmiers et techniciens des hôpitaux des armées (soumis aux lois et règlements applicables aux sous-officiers), des sous-chefs de musiques, et des militaires du rang, d'active et de réserve n° 0001D19036387/ARM/SGA/DRH-MD/SDPEP ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Chamot, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience publique, au cours de laquelle ont été entendus :

- le rapport de Mme Chamot ;

- les conclusions de Mme Bala ;

- les observations de Me Tournier Barnier.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, sous-officier de l'armée de l'air et de l'espace depuis le 1er décembre 2020, est affecté au sein du commando parachutiste air (CPA 20 - 20566) stationné sur la base aérienne 115 d'Orange. Le 26 avril 2022, il lui a été notifié son bulletin de notation annuelle " millésime 2022 ", établi par le capitaine B. Le jour même, le requérant a demandé la révision de sa notation. Le 18 mai 2022 le capitaine B a décidé de maintenir la notation précédente. Le recours administratif préalable obligatoire formé par M. C à l'encontre de cette décision a été rejeté par une décision du ministre des armées le 24 janvier 2023. Par la présente requête, l'intéressé demande au tribunal d'annuler cette décision du 24 janvier 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 4135-1 du code de la défense : " Les militaires sont notés au moins une fois par an. La notation est traduite par des notes et des appréciations qui sont obligatoirement communiquées chaque année aux militaires. A l'occasion de la notation, le chef fait connaître à chacun de ses subordonnés directs son appréciation sur sa manière de servir () ". L'article R. 4135-1 de ce code dispose : " La notation est une évaluation par l'autorité hiérarchique des qualités morales, intellectuelles et professionnelles du militaire, de son aptitude physique, de sa manière de servir pendant une période déterminée et de son aptitude à tenir dans l'immédiat et ultérieurement des emplois de niveau plus élevé. ". En application de l'article R. 4135-2 du même code : " La notation est traduite : / 1° Par des appréciations générales, qui doivent notamment comporter les appréciations littérales données par l'une au moins des autorités chargées de la notation ; / 2° Par des niveaux de valeur ou par des notes chiffrées respectivement déterminées selon une échelle ou selon une cotation définie, dans chaque force armée ou formation rattachée, en fonction des corps qui la composent. / La notation est distincte des propositions pour l'avancement. ". Enfin aux termes de l'article R 4135-3 du même code " Le militaire est noté à un ou plusieurs degrés par les autorités militaires ou civiles dont il relève. Le nombre de degrés de notation et la désignation des autorités correspondantes sont déterminés par arrêté du ministre de la défense () Pour établir la notation du militaire, ces autorités doivent prendre en considération l'ensemble des activités liées au service exécutées par l'intéressé au cours de la période de notation () ".

3. Il résulte de ces dispositions que la notation d'un militaire constitue une appréciation par l'autorité hiérarchique des qualités et des aptitudes dont il a fait preuve pendant la période de notation. Il appartient au juge administratif de vérifier si l'évaluation professionnelle dont a fait l'objet un agent public ne repose pas sur des faits matériellement inexacts ou contradictoires et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Afin de contrôler si l'appréciation portée par l'autorité investie du pouvoir d'évaluation professionnelle est ou non entachée d'erreur manifeste d'appréciation, le juge administratif doit examiner s'il existe une disproportion ou une contradiction flagrante entre les éléments de cette évaluation professionnelle et l'appréciation littérale.

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la notation annuelle de M. C pour l'année 2022 s'appuie sur des faits circonstanciés et, pour certains, retranscrits dans les rapports hiérarchiques du 7 et 10 février 2022. Les attestations produites par le requérant, postérieures à la notation litigieuse et relatives à sa manière de servir et à ses qualités humaines et pédagogiques, ne sont pas de nature à établir l'inexactitude matérielle des faits reprochés.

5. En second lieu, la notation de M. C comporte six points " fort ", trois points " normal " s'agissant des items " adhésion à l'institution ", " disponibilité " et " capacité à rendre compte " et quatre " points perfectibles " s'agissant des items " discipline ", " rigueur formelle ", " sens de l'organisation " et " maitrise de soi ". D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. C n'a pas validé son test d'aptitude physique en 2021, alors que onze séances d'épreuves ont été organisées avant celles de décembre correspondant à ses dates de congé de maladie. En outre, il ressort des rapports hiérarchiques des 7 et 10 février 2022 que le requérant a montré une attitude nonchalante nuisant à sa crédibilité à l'égard de ses subordonnés et de ses supérieurs et un défaut de sérieux. Il n'est d'ailleurs pas contesté que M. C s'est emporté en présence de sa hiérarchie au cours de deux évènements en février 2022, justifiant ainsi que les critères " maitrise de soi " et " rigueur formelle " puissent être jugés comme perfectibles. D'autre part, aucune incohérence manifeste n'existe entre l'évaluation de ses compétences, les appréciations littérales portées par les autorités notant au premier et second degré, sa notation chiffrée de 3 et l'appréciation générale " passable " de la qualité des services rendus. Par ailleurs, la circonstance que le requérant n'a jamais fait l'objet d'une sanction disciplinaire ne fait pas obstacle à ce que l'appréciation portée sur le critère " discipline " puisse être jugée par l'autorité administrative comme perfectible. Enfin, les pièces du dossier ne permettent pas non plus d'établir que, concernant les critères " sens de l'organisation ", et " adhésion à l'institution ", les appréciations portées n'auraient pas pris en compte la manière de servir de l'agent sur la totalité de l'année évaluée.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait ni d'une erreur manifeste d'appréciation, ni, par suite à demander l'annulation de la décision du ministre des armées du 24 janvier 2023 rejetant son recours administratif préalable contre le bulletin de notation annuelle du millésime 2022. Par suite, la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses prétentions.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de la décision attaquée, n'implique aucune mesure particulière d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Par suite, les conclusions du requérant à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. C une quelconque somme au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er: La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre des armées et des anciens combattants.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.

La magistrate désignée,

C. CHAMOTLa greffière,

F. BELKAÏD

La République mande et ordonne au ministre des armées et des anciens combattants en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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