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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2300816

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2300816

mardi 6 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2300816
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 mars 2023 et le 10 avril 2023, M. B A, représenté par Me Venezia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 février 2023 par lequel la préfète de Vaucluse a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Vaucluse de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 250 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 250 euros par jour de retard.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est signée par une autorité qui n'est pas habilitée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

La procédure a été communiquée à la préfète de Vaucluse, qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Aymard,

- les observations de Me Venezia représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 17 août 2020, est entré en France le 30 août 2019 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour " étudiant ", puis a bénéficié du renouvellement à deux reprises de son titre de séjour " étudiant ", le dernier titre ayant été valable du 10 décembre 2021 au 9 décembre 2022. Par une demande présentée le 19 janvier 2023, l'intéressé a sollicité le renouvellement de son titre de séjour " étudiant ". Par un arrêté du 8 février 2023, la préfète de Vaucluse a rejeté cette demande d'admission au séjour, a obligé l'intéressé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. Christian Guyard, secrétaire général de la préfecture de Vaucluse, qui disposait, aux termes d'un arrêté de la préfète de Vaucluse du 9 décembre 2022, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du 14 décembre 2022, d'une délégation à l'effet de signer notamment tous arrêtés ou décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de Vaucluse, à l'exception des arrêtés et décisions de désaffectation des lieux cultuels et des arrêtés de conflit. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ". Il résulte de ces dispositions que le renouvellement de la carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'il déclare suivre.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France en août 2019 pour y suivre des études en première année de licence " sciences, technologies, santé ", mention informatique, à l'université d'Avignon, qu'il a recommencée à deux reprises sans obtenir de diplôme et en connaissant une progression très limitée. Lors de l'année universitaire 2022-2023, l'intéressé a commencé un cursus de BTS gestion de PME au sein du centre Alternance Var Vaucluse situé à Avignon, le requérant produisant à l'instance son relevé de notes, mentionnant une moyenne de 12,07 sur 20 au titre du premier semestre, et des attestations favorables de certains enseignants. Toutefois, dès lors qu'à la date de la décision attaquée M. A n'a pas obtenu de diplôme après trois ans et demi d'études supérieures en France et que son nouveau cursus en BTS est dépourvu de lien avec ses précédentes études, la préfète de Vaucluse n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en considérant que M. A ne justifiait pas du caractère réel et sérieux de ses études. Ainsi, les moyens tirés de la méconnaissance de ces dispositions et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Si le requérant a étudié en France au cours des années universitaires 2019-2020 à 2022-2023, l'intéressé est célibataire et sans charges de famille. Par ailleurs, il ne démontre pas une insertion socio-professionnelle notable en France. Enfin, si le requérant se prévaut de la présence en France de ses frères, il ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales et privées dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision en litige n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A une atteinte disproportionnée aux buts d'intérêt public en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. Si le requérant invoque en page 8 de sa requête l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ce moyen n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé et doit, dès lors, être écarté. En tout état de cause, le requérant ne verse aucune pièce de nature à établir qu'il serait personnellement soumis à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

10. Dès lors que la demande d'admission au séjour présentée par M. A n'est pas fondée sur les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que la préfète de Vaucluse ne s'est pas placée sur le terrain de ces dispositions pour prendre la décision attaquée, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant et ne peut, dès lors, qu'être écarté. En tout état de cause, les éléments relatifs à la situation de M. A tels qu'examinés aux points 4 et 6, ne peuvent être regardés comme présentant le caractère de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Vaucluse aurait méconnu ces dispositions.

11. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à contester la décision portant refus de titre de séjour dont il a fait l'objet.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision portant refus de séjour étant rejetées, M. A ne saurait utilement se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision pour soutenir que l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français serait privée de base légale.

13. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux précédemment exposés aux points 4 et 6, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à contester la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

15. Le requérant soutient que cette décision doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Toutefois, eu égard à ce qu'il a été dit au point 14, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi.

18. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions qu'il conteste.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

19. Dès lors que les conclusions à fin d'annulation du requérant sont rejetées, les conclusions de la requête à fin d'injonction sous astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Bourjade, première conseillère,

M. Aymard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.

Le rapporteur,

F. AYMARD

Le président,

J. B. BROSSIER

La greffière,

A. NOGUERO

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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