jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2300817 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 mars 2023, Mme A B, représentée par Me Carmier, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de Vaucluse a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation en lui délivrant, dans l'attente de sa décision, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable dès lors que la décision du 20 décembre 2022 lui accordant le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale lui a été adressée moins de deux mois avant l'enregistrement de sa requête ;
- la décision implicite de rejet attaquée méconnaît l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;
- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa vie privée et familiale.
La requête a été communiquée au préfet de Vaucluse qui n'a pas produit de mémoire en défense, malgré une mise en demeure de produire dans le délai d'un mois qui lui a été notifiée le 24 avril 2024.
Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Chaussard.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissante algérienne née le 10 juillet 1976, Mme B est entrée en France le 13 août 2016 sous couvert d'un visa de type C et déclare s'y être maintenue depuis lors. Par un courrier du 15 juin 2022, le préfet de Vaucluse indiquait, d'une part, avoir accusé réception le 14 juin 2022 de la demande de régularisation de sa situation administrative et, d'autre part, qu'en l'absence de réponse au plus tard le 14 octobre 2022 cette demande serait réputée rejetée. Le silence gardé pendant plus de quatre mois par le préfet de Vaucluse a donné naissance à une décision implicite de rejet en vertu des dispositions des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mme B demande au tribunal l'annulation de cette décision implicite de rejet.
Sur l'acquiescement aux faits :
2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ".
3. Le préfet de Vaucluse, qui n'a produit aucune observation en défense avant la clôture de l'instruction malgré la mise en demeure qui lui a été adressée, doit être réputé avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête en application des dispositions citées au point 2. Cette circonstance ne dispense toutefois pas le tribunal, d'une part, de vérifier que les faits allégués par les requérants ne sont pas contredits par les autres pièces versées au dossier, d'autre part, de se prononcer sur les moyens de droit que soulève l'examen de l'affaire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
5. Mme B soutient qu'elle réside de manière continue en France depuis qu'elle y est entrée pour la dernière fois 13 août 2016, que ses quatre enfants, dont trois sont nés en Algérie le 3 septembre 2003, le 10 octobre 2005 et le 31 mai 2008 alors que le plus jeune est né à Avignon le 16 avril 2018, sont régulièrement scolarisés en France depuis cette date, qu'elle est dépourvue d'attaches familiales en Algérie et qu'elle est parfaitement intégrée à la société française. Les pièces produites par l'intéressée confirment l'ancienneté de sa présence en France. A cet égard, figurent notamment dans les pièces du dossier les certificats de scolarité annuels pour chacun des enfants de Mme B, depuis le mois de septembre 2016 pour ses trois premiers enfants et pour l'année scolaire 2021-2022 pour le plus jeune, ainsi que les attestations des chefs d'établissements où sont scolarisés ses enfants pour les périodes précitées qui précisent que l'intéressée était présente pour l'éducation de ses enfants durant les périodes considérées. Enfin, les affirmations de Mme B ne sont pas contestées par le préfet de Vaucluse qui n'a pas produit de mémoire en défense alors qu'il y était invité. Par suite, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de Vaucluse a porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme B une atteinte disproportionnée en violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.
6. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision implicite qu'elle conteste.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Eu égard aux motifs d'annulation mentionnés au point 5, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet de Vaucluse délivre à Mme B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. Il y lieu, dans les circonstances de l'espèce, de lui enjoindre d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Carmier, avocat de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée, de mettre à la charge de l'Etat le versement à cet avocat, de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La décision par laquelle le préfet de Vaucluse a implicitement refusé de délivrer à Mme B un titre de séjour est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Vaucluse de délivrer à Mme B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Carmier une somme de 1 000 euros au titre de l'application combinée des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Carmier renonce à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié Mme A B et au préfet de Vaucluse.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Roux, président,
Mme Conesa Terrade, première conseillère,
M. Chaussard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.
Le rapporteur,
M. CHAUSSARD
Le président,
G. ROUX
La greffière,
F. DESMOULIÈRES
La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026